Selon Courrier International, l’administration américaine vient de restreindre drastiquement le réseau de ses ambassades et consulats chargés de centraliser les demandes de visas pour l’ensemble des 54 pays africains. Désormais, seules 20 villes réparties dans 19 pays du continent seront habilitées à traiter ces dossiers, contre 50 représentations diplomatiques auparavant.
Ce qu'il faut retenir
- L’administration américaine réduit de 60 % le nombre d’ambassades et consulats traitant les visas africains, passant de 50 à 20 sites
- Les demandeurs seront redirigés vers des plateformes consulaires spécifiques selon leur région d’origine
- Cette mesure pourrait concerner près de la moitié de la population africaine, forcée de voyager à l’étranger pour obtenir un visa
- Washington justifie cette décision par un renforcement des mesures de sécurité et du contrôle des dossiers
- Plusieurs pays africains dénoncent une politique perçue comme discriminatoire et restrictive
Cette annonce, révélée début juin par l’agence Associated Press puis reprise par la presse africaine et internationale, marque un tournant dans la politique américaine des visas. Les ambassades concernées se trouvent à Abidjan (Côte d’Ivoire), Accra (Ghana), Addis-Abeba (Éthiopie), Le Cap et Johannesburg (Afrique du Sud), Dakar (Sénégal), Dar es-Salaam (Tanzanie), Djibouti (Djibouti), Kampala (Ouganda), Kigali (Rwanda), Kinshasa (RDC), Lagos (Nigeria), Lomé (Togo), Luanda (Angola), Malabo (Guinée équatoriale), Monrovia (Liberia), Nairobi (Kenya), Port-Louis (Maurice), Praia (Cap-Vert) et Yaoundé (Cameroun), comme le détaille le site kényan Capital FM.
Concrètement, cette centralisation va imposer aux demandeurs africains de se déplacer dans des pays voisins pour déposer leur dossier. Ainsi, les ressortissants d’Afrique australe devront se rendre en Afrique du Sud, tandis que ceux d’Afrique de l’Ouest se verront orientés vers le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore le Nigeria. « Cela signifie que près de la moitié de la population du continent devra se rendre dans un autre pays pour obtenir un visa américain », souligne The Continent, un média panafricain.
Si aucune date officielle n’a encore été fixée pour l’entrée en vigueur de cette réforme, le South China Morning Post indique, citant des responsables américains sous couvert d’anonymat, qu’elle pourrait débuter dès ce mois de juin 2026. Pour Business Insider Africa, il s’agit de « l’un des changements les plus importants apportés à la politique américaine de visas », créant une nouvelle carte des centres régionaux tout en réduisant l’accès direct aux services consulaires.
« Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’hostilité croissante des États-Unis envers les personnes souhaitant traverser l’Atlantique. »
Washington justifie cette décision par la nécessité d’améliorer le contrôle et les mesures de sécurité. Pourtant, cette restriction s’ajoute à d’autres mesures récentes jugées discriminatoires. Il y a deux mois, les États-Unis ont en effet imposé le versement d’une caution pouvant atteindre 15 000 dollars (13 000 euros) aux ressortissants de 30 pays africains pour les visas d’affaires et de tourisme, comme le rappelle The Continent.
Cette centralisation des visas risque de compliquer davantage l’obtention du précieux sésame, notamment à l’approche de la Coupe du monde de football qui débute le 11 juin 2026. Déjà, les délais d’attente de six à huit mois pour obtenir un rendez-vous à l’ambassade rendent les voyages vers les États-Unis « pratiquement impossibles » pour les Africains, estime Loren Landau, professeur en migration à l’université d’Oxford, interrogé par l’hebdomadaire sud-africain City Press.
Pour les candidats résidant dans des pays ne disposant plus de services consulaires, cette réforme pourrait entraîner des déplacements transfrontaliers coûteux et complexes. « Ces changements pourraient impliquer des voyages onéreux et des trajets longs », met en garde Capital FM, soulignant les difficultés supplémentaires pour les demandeurs.
Des réactions contrastées entre satisfaction et inquiétude
Toutefois, certaines capitales africaines se réjouissent de figurer parmi les villes sélectionnées. À Monrovia, au Liberia, la nouvelle est perçue comme une « étape diplomatique majeure », reflétant « une reconnaissance croissante de l’importance stratégique du pays pour Washington », selon le Liberian Observer. Même tonalité positive à Lomé, où l’Agence Ecofin note que l’ambassade américaine de la capitale togolaise voit son rôle régional renforcé depuis la suspension en 2025 de certains services consulaires au Burkina Faso.
À l’inverse, d’autres voix s’alarment de l’impact de cette mesure sur la mobilité des Africains et leur participation aux événements internationaux. The Independent souligne ainsi que les obstacles à l’obtention de visas risquent d’empêcher des pays africains parmi les plus vulnérables au changement climatique de participer à la conférence de Bonn sur les changements climatiques, organisée par l’ONU du 8 au 18 juin 2026. Des pays comme le Soudan, le Yémen, la Sierra Leone, le Sénégal ou la Gambie ont déjà signalé leur difficulté à envoyer des délégations complètes en raison de ces barrières administratives.
Un mouvement inverse en Afrique : vers une libre circulation continentale
Pourtant, cette restriction américaine contraste avec une dynamique africaine opposée : l’ouverture progressive des frontières au sein du continent. Le 18 mai 2026, le Togo a ainsi dispensé de visa tout ressortissant africain titulaire d’un passeport national valide, comme le rapporte Africanews. Un mois plus tôt, le Rwanda avait adopté la même mesure. Ces initiatives visent à faciliter l’intégration économique panafricaine, en opposition directe avec les restrictions américaines.
Cette divergence entre les politiques américaines et africaines met en lumière les enjeux de mobilité sur le continent. Alors que les États-Unis durcissent leurs conditions d’accès, plusieurs pays africains accélèrent leur processus d’intégration, comme en témoigne également la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur progressivement depuis 2021.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour des visas pour les ressortissants africains. Depuis plusieurs années, les délais d’attente et les exigences administratives se sont multipliés, rendant les voyages vers les États-Unis de plus en plus inaccessibles pour une grande partie de la population africaine. Avec la Coupe du monde de football qui s’ouvre sous peu, cette mesure risque d’être particulièrement scrutée, tant pour son impact pratique que symbolique.
Enfin, cette réforme interroge sur la place des États-Unis dans les relations avec l’Afrique. Alors que le continent cherche à renforcer ses liens économiques et politiques avec d’autres partenaires – notamment la Chine et l’Inde –, cette politique restrictive pourrait être perçue comme un désengagement ou une méfiance accrue envers les Africains souhaitant se rendre en Amérique.
Les ambassades américaines dans 35 pays africains ne seront plus habilitées à traiter les demandes de visas. Parmi eux figurent le Botswana, le Zimbabwe, la Namibie, la Zambie, le Malawi, Madagascar, la Guinée-Bissau, la Guinée, le Libéria (sauf Monrovia), le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, la Centrafrique, le Cameroun (sauf Yaoundé), le Gabon, la Guinée équatoriale (sauf Malabo), l’Éthiopie (sauf Addis-Abeba), l’Érythrée, la Somalie, le Kenya (sauf Nairobi), l’Ouganda (sauf Kampala), la Tanzanie (sauf Dar es-Salaam), le Mozambique, le Malawi, l’Eswatini et le Lesotho.
Si aucune date officielle n’a été communiquée, des sources anonymes citées par le South China Morning Post évoquent un début d’application dès juin 2026. Les délais pourraient varier selon les pays et les services consulaires concernés.