Des combats opposent depuis ce dimanche matin les forces armées éthiopiennes aux milices du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) dans la région du Tigré occidental, près de la frontière soudanaise. Selon Le Figaro, les affrontements, qui ont débuté vers 6 heures locales (3 heures GMT), se déroulent à Shererina et impliquent des moyens d’artillerie lourde. Le numéro deux du TPLF, Amanuel Assefa, a affirmé que l’attaque fédérale était toujours en cours en milieu de journée.

Cette escalade survient alors que les tensions entre Addis-Abeba et les autorités rebelles, déjà élevées depuis des mois, menacent de dégénérer en un nouveau conflit armé. Les deux camps s’accusent mutuellement de vouloir déclencher les hostilités. Le Tigré, région de quelque 6 millions d’habitants, sort à peine d’une guerre civile qui a opposé le TPLF aux forces fédérales entre 2020 et 2022. Selon l’Union africaine, ce conflit a fait au moins 600 000 morts, ce qui en fait l’un des plus meurtriers des dernières décennies.

Ce qu'il faut retenir

  • Des combats en cours depuis ce dimanche 9 août 2026 à Shererina, près de la frontière avec le Soudan, impliquant des moyens d’artillerie lourde.
  • Le Tigré, région de 6 millions d’habitants, sort d’une guerre civile (2020-2022) ayant causé 600 000 morts selon l’Union africaine.
  • Les tensions entre Addis-Abeba et le TPLF, radié de la liste des partis politiques, sont à leur paroxysme depuis plusieurs mois.
  • Le Tigré occidental, zone contestée, est administrée par des nationalistes de l’État régional de l’Amhara.
  • L’Éthiopie accuse le Soudan de soutenir des « mercenaires » du TPLF, tandis que Khartoum évoque des frappes de drone « en provenance du territoire éthiopien ».

Une attaque fédérale déclenchée dès l’aube

D’après les déclarations d’Amanuel Assefa, numéro deux du TPLF, le gouvernement fédéral a lancé une offensive ce dimanche matin à 6 heures locales. « Le gouvernement fédéral a lancé une attaque ce matin contre les forces tigréennes à Shererina », a-t-il affirmé, précisant que les combats, toujours en cours en milieu de journée, mobilisent de l’artillerie lourde. Shererina, localité située près de la frontière soudanaise, est au cœur des tensions depuis plusieurs semaines.

Le TPLF, bien que radié de la liste des partis politiques éthiopiens, conserve une influence majeure dans la région. Dans un communiqué diffusé samedi, l’organisation a dénoncé une « vaste offensive d’infanterie » et accusé les autorités fédérales d’avoir « intensifié ses actions destructrices pour les porter à un niveau supérieur ».

Un contexte régional explosif

Les relations entre Addis-Abeba et le TPLF, déjà exécrables, se sont encore dégradées ces derniers mois. Les autorités fédérales accusent notamment le TPLF de se rapprocher de l’Érythrée, pays avec lequel l’Éthiopie entretient des relations pour le moins tendues. Fin 2025, les premiers affrontements directs avaient déjà opposé les forces tigréennes aux troupes fédérales, marquées par des frappes de drones dans la région.

Parallèlement, les tensions entre l’Éthiopie et le Soudan s’exacerbent. Addis-Abeba accuse Khartoum de financer des « mercenaires » du TPLF, tandis que le gouvernement soudanais dénonce des frappes de drone « en provenance du territoire éthiopien ». Cette guerre des accusations ajoute une dimension régionale à un conflit déjà complexe.

« Il s’agit d’une escalade militaire manifeste, la confrontation la plus grave survenue dans le nord de l’Éthiopie depuis un certain temps. À ce stade, cette attaque pourrait marquer soit le début d’une campagne militaire de plus grande envergure, soit une démonstration de force coercitive visant à dissuader le camp tigréen de poursuivre l’escalade. »
Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région au Oslo New University College

Un conflit aux enjeux multiples

Le Tigré occidental, zone où se déroulent les combats, est une région contestée administrée par des nationalistes de l’État régional de l’Amhara. Cette situation complexe alimente les tensions avec les autorités fédérales, qui accusent le TPLF de chercher à étendre son influence au-delà de ses frontières traditionnelles. La guerre civile de 2020-2022 avait déjà révélé la profondeur des fractures ethniques et politiques en Éthiopie.

L’escalade actuelle intervient alors que le pays tente de se relever économiquement et politiquement. Les sanctions internationales, les crises humanitaires et les divisions internes pèsent lourdement sur la stabilité du pays. Dans ce contexte, une nouvelle confrontation armée risquerait d’aggraver une situation déjà précaire pour des millions de civils.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios sont envisageables dans les prochains jours. Si les combats se poursuivent, ils pourraient s’étendre à d’autres zones du Tigré, risquant d’entraîner une réponse encore plus musclée des forces fédérales. À l’inverse, une désescalade rapide reste possible si l’une des parties accepte de négocier. Les prochaines 48 heures seront déterminantes pour évaluer l’ampleur de cette nouvelle crise.

Les observateurs internationaux appellent à la retenue, craignant que cette escalade ne débouche sur une nouvelle guerre civile. L’Union africaine, qui avait déjà joué un rôle clé lors du conflit précédent, pourrait être amenée à s’impliquer davantage si la situation continue de se dégrader. Pour l’heure, les deux camps semblent déterminés à ne pas reculer, laissant planer le doute sur l’issue de cette confrontation.

Le Tigré occidental est une zone contestée administrée par des nationalistes de l’État régional de l’Amhara, mais revendiquée par le TPLF. Sa position stratégique près de la frontière soudanaise en fait un point chaud des affrontements, d’autant que les ressources locales (terres agricoles, accès à l’eau) sont âprement disputées entre les différentes communautés.