Avec plus d’un million de réfugiés accueillis sur son sol, l’Éthiopie franchit une étape majeure dans leur intégration. Selon nos confrères de France 24, le gouvernement éthiopien et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) viennent de lancer un système innovant de cartes d’identité. L’objectif ? Mettre fin au confinement des réfugiés dans des camps en leur offrant une liberté de mouvement, un accès à l’éducation et à l’emploi. Une avancée saluée par la communauté internationale, alors que le pays fait face à l’une des plus grandes crises migratoires d’Afrique.
Ce qu'il faut retenir
- Plus d’un million de réfugiés sont actuellement présents en Éthiopie, un chiffre qui place le pays parmi les principaux pays d’accueil du continent africain.
- Le gouvernement éthiopien et le HCR ont mis en place un système de cartes d’identité pour faciliter leur intégration.
- Ces cartes doivent permettre aux réfugiés d’accéder à la liberté de mouvement, à l’éducation et au marché du travail.
- Jusqu’ici, la majorité des réfugiés étaient cantonnés dans des camps, limitant leurs opportunités sociales et économiques.
Un système inédit pour briser les barrières administratives
Depuis des années, les réfugiés en Éthiopie étaient principalement installés dans des camps, souvent dans des zones rurales isolées. Selon le HCR, 85 % des réfugiés vivaient encore dans ces structures en 2025, malgré les appels répétés de l’ONU à favoriser leur intégration. Le nouveau système de cartes d’identité, introduit officiellement en septembre 2026, vise à changer cette donne. Ces documents officiels, reconnus par les autorités locales, permettront aux réfugiés de circuler librement, d’ouvrir un compte bancaire ou encore de signer un contrat de travail, autant de droits jusqu’ici quasi inaccessibles.
Pour le gouvernement éthiopien, cette mesure s’inscrit dans une volonté plus large de répondre aux besoins des populations déplacées tout en soulageant les communautés d’accueil. « Nous ne pouvons plus laisser des centaines de milliers de personnes vivre dans l’ombre administrative », a déclaré le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Taye Atske Selassie, lors de la présentation du projet. « Ces cartes sont une première étape vers une intégration durable ».
Des défis persistants malgré les avancées
Si l’initiative est saluée, elle ne résout pas tous les obstacles. Les camps de réfugiés, comme celui de Kobane ou de Jijiga, restent des lieux de vie précaires, avec des infrastructures sanitaires et éducatives souvent insuffisantes. Le HCR rappelle que plus de 60 % des réfugiés en Éthiopie viennent de Somalie, du Soudan du Sud et d’Érythrée, des pays en proie à des conflits prolongés. Leur intégration dépendra aussi de la capacité des autorités à leur fournir un logement décent et des formations professionnelles adaptées.
Par ailleurs, l’accès à l’emploi reste un casse-tête pour de nombreux réfugiés. Malgré les cartes d’identité, certains employeurs hésitent encore à les embaucher, craignant des complications administratives ou des pressions locales. Le HCR a lancé des campagnes de sensibilisation pour encourager les entreprises à recruter ces nouveaux travailleurs, mais les résultats prendront du temps. Seulement 15 % des réfugiés en âge de travailler occupaient un emploi en 2025, selon les dernières données disponibles.
Une politique migratoire sous le feu des critiques
L’Éthiopie n’est pas le premier pays africain à tenter d’intégrer ses réfugiés, mais son approche suscite des débats. Certains observateurs soulignent que le système de cartes d’identité pourrait aggraver les tensions avec les populations locales, déjà confrontées à des pénuries de terres et de ressources. D’autres estiment au contraire que cette mesure est un modèle pour le continent, où les réfugiés sont souvent perçus comme une charge plutôt que comme une opportunité. « L’intégration n’est pas une faveur, c’est une nécessité », a rappelé un représentant du HCR en Éthiopie, Caroline van Buren. « Ces personnes ont fui des guerres, elles méritent une chance de reconstruire leur vie ».
Sur le plan international, l’initiative éthiopienne a été saluée par l’Union africaine, qui encourage ses membres à adopter des politiques similaires. Pourtant, des questions subsistent sur le financement à long terme du projet. Le HCR a lancé un appel aux dons pour soutenir l’intégration des réfugiés, estimant que les besoins financiers s’élèvent à 500 millions de dollars sur trois ans.
Avec cette réforme, l’Éthiopie se positionne en pionnière sur la question des réfugiés en Afrique. Une avancée qui, si elle est pleinement menée, pourrait redéfinir la place de ces populations dans la société. Pour l’instant, une seule chose est sûre : l’espoir, pour ces centaines de milliers de personnes, a enfin un visage officiel.
D'après nos confrères de France 24, la majorité des réfugiés en Éthiopie proviennent de trois pays : la Somalie (30 %), le Soudan du Sud (25 %) et l'Érythrée (15 %). Ces trois pays, en proie à des conflits prolongés, alimentent depuis des années l'afflux de déplacés vers l'Éthiopie, qui compte désormais plus d'un million de réfugiés sur son territoire.