Lorsqu’elle a découvert le fonctionnement des universités britanniques, Sonja Miklitz a mesuré à quel point son expérience en Allemagne lui avait semblé solitaire. Dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, cette ancienne étudiante en sciences politiques et études chinoises raconte comment elle s’est « sentie de plus en plus vide » dans un système universitaire allemand marqué par l’individualisation des parcours, comme le rapporte Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- En Allemagne, plus de 50 % des diplômés dépassent la durée réglementaire de leurs études, selon l’Office fédéral des statistiques.
- L’absence d’obligations de présence et de délais stricts favorise la flexibilité, mais fragmente les promotions et limite les interactions sociales.
- Au Royaume-Uni, des frais d’inscription élevés (jusqu’à 10 000 € par an) imposent un rythme collectif et des célébrations communes, créant un sentiment d’appartenance.
- Sonja Miklitz a choisi de rester deux ans dans la même université pour son master, afin de recréer une communauté étudiante qui lui avait manqué.
Originaire d’Allemagne, Sonja Miklitz a passé une partie de ses études à l’étranger, notamment à Bordeaux et à Shanghai. À son retour, elle a été frappée par le contraste avec le système britannique, où son amie Lila suivait un cursus en Erasmus à l’université de Bristol. « Un tel sentiment de communauté, je l’ai rarement ressenti pendant mes études en Allemagne », a-t-elle déclaré dans les pages du quotidien allemand. À Bristol, les étudiants sont contraints par un calendrier académique strict et des frais élevés, qui les obligent à respecter les délais et à participer aux cérémonies de remise de diplômes. « La plupart des étudiants britanniques ne peuvent pas se permettre de dépasser la durée réglementaire des études », souligne-t-elle.
En Allemagne, la situation est bien différente. Selon les chiffres de l’Office fédéral des statistiques, plus de la moitié des diplômés terminent leurs études au-delà de la durée réglementaire. L’absence d’obligation de présence et de délais stricts offre une grande flexibilité, mais elle a aussi un revers : des promotions éclatées, des parcours individuels qui s’allongent, et peu de moments collectifs. « Tout le monde court d’un rendez-vous à l’autre », explique Sonja Miklitz. « Ainsi, étudier devient une activité secondaire. Résultat : pas de fin commune. » Son propre diplôme de licence est arrivé un matin de septembre dans la boîte aux lettres de ses parents, « aussi simplement que cela, mes études étaient terminées – sans cérémonie de remise des diplômes, sans trinquer ensemble, sans célébration. »
« Un tel sentiment de communauté, je l’ai rarement ressenti pendant mes études en Allemagne. »
— Sonja Miklitz, dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung
Son expérience n’a rien d’exceptionnelle. L’individualisation des parcours est une caractéristique majeure du système universitaire allemand, conçu pour s’adapter à des situations de vie variées. Les étudiants peuvent cumuler des doubles cursus, effectuer des semestres à l’étranger ou travailler en parallèle de leurs études. Mais cette liberté a un coût invisible : l’isolement. Sonja Miklitz en a fait l’expérience lors de la rédaction de son mémoire. « Lorsque je me rendais chaque jour seule à la bibliothèque pour travailler un pavé de théorie politique après l’autre, je me sentais de plus en plus vide, jour après jour », a-t-elle confié.
Pour son master, elle a choisi de rompre avec ce modèle. Elle a décidé de rester deux ans au même endroit et de faire de l’université « son centre de vie ». Une manière de recréer la communauté qui lui avait tant manqué. Son choix n’est pas isolé : de nombreux étudiants allemands, confrontés à la solitude, optent pour des parcours plus structurés, quitte à renoncer à une partie de la flexibilité offerte par le système.
Ce témoignage met en lumière un paradoxe du modèle universitaire allemand : sa flexibilité, souvent saluée pour son accessibilité, peut aussi se transformer en un facteur d’isolement. « La flexibilité permet que les études en Allemagne soient possibles pour des personnes dans des situations de vie différentes », reconnaît Sonja Miklitz. « Mais elle a aussi un coût invisible. » Elle ne plaide pas pour une hausse des frais d’inscription, qui rendraient le système plus exclusif, mais elle alerte sur les conséquences de l’individualisation des parcours.
Cette réflexion dépasse le cadre allemand. Dans de nombreux pays, les universités doivent concilier flexibilité et sentiment d’appartenance. Le modèle britannique, avec ses frais élevés et son calendrier strict, offre une piste, mais il pose la question de l’accessibilité. À l’heure où les étudiants sont de plus en plus mobiles et diversifiés, la recherche d’équilibre entre liberté et communauté reste un défi majeur pour les systèmes universitaires à travers le monde.
Le système allemand se distingue par sa flexibilité : les étudiants peuvent adapter leur rythme d’études à leur situation personnelle, cumuler des doubles cursus ou effectuer des semestres à l’étranger. Cette liberté permet aux étudiants de situations variées de poursuivre des études, ce qui en fait un modèle souvent salué pour son accessibilité.
Les frais d’inscription élevés au Royaume-Uni (jusqu’à 10 000 € par an) obligent les étudiants à respecter strictement les délais académiques pour éviter des coûts supplémentaires. Cette contrainte financière synchronise les examens et les cérémonies, créant des moments collectifs et un sentiment d’appartenance fort, selon Sonja Miklitz.