Selon Le Figaro, l’Europe traverse une période charnière de son histoire, marquée par des crises multidimensionnelles et une remise en question de son rôle sur la scène internationale. Dans une chronique publiée ce week-end, l’éditorialiste Nicolas Baverez souligne que la destruction de la stabilité, de la prospérité et de la sécurité européennes par les États-Unis, bien qu’étant un « traumatisme inouï », pourrait aussi constituer une « chance historique » pour le continent. Une opportunité qui dépendra, précise-t-il, de la capacité des nations européennes à surmonter leur paralysie actuelle.
Ce qu'il faut retenir
- Un appel urgent à l’Europe : lors du 8e sommet de la Communauté politique européenne à Erevan (Arménie) le 4 mai 2026, Mark Carney, Premier ministre du Canada, a exhorté l’Europe à soutenir l’Ukraine et à s’affirmer comme une puissance géopolitique.
- Un nouveau contexte géopolitique : les guerres en Ukraine et en Iran symbolisent le basculement du XXIe siècle vers un « nouvel âge des empires », où l’ordre international sera « reconstruit à partir de l’Europe ».
- Une Europe fragilisée : le continent cumule effondrement démographique, stagnation économique et vulnérabilité stratégique, aggravées par des chocs pétroliers et des tensions géopolitiques.
- Des menaces multiples : l’Europe fait face à un renchérissement des hydrocarbures, des pénuries de matières stratégiques, à la stagflation et à la fermeture des routes maritimes essentielles à son approvisionnement.
- Un rôle militaire en retrait : bien que l’Europe reste à l’écart des opérations militaires, sa passivité l’expose davantage aux conséquences des conflits mondiaux.
Un appel à l’Europe pour qu’elle assume son destin géopolitique
Lors du sommet de la Communauté politique européenne organisé à Erevan le 4 mai 2026, Mark Carney, Premier ministre canadien, a lancé un avertissement solennel aux dirigeants européens. « L’ordre international sera reconstruit, et il sera reconstruit à partir de l’Europe », a-t-il déclaré, selon les comptes-rendus du Figaro. Une phrase qui résume l’urgence pour l’Europe de se repositionner dans un monde où les équilibres traditionnels sont bouleversés. Carney a insisté sur la nécessité pour l’Europe de soutenir activement l’Ukraine face à l’invasion russe, tout en renforçant sa propre autonomie stratégique.
Un continent sous pression : démographie, économie et sécurité
L’Europe traverse une crise multidimensionnelle, comme l’analyse Nicolas Baverez dans sa chronique. Le premier défi est démographique : le continent connaît un effondrement de sa population active, une tendance qui menace sa croissance économique à long terme. Parallèlement, la stagnation économique s’installe, avec des taux de croissance atones et un chômage structurel dans plusieurs États membres. Ces difficultés sont aggravées par une vulnérabilité stratégique accrue, alors que les tensions géopolitiques s’intensifient.
Les récents chocs pétroliers et les tensions autour du détroit d’Ormuz aggravent encore cette situation. « Le choc pétrolier et le blocage du détroit d’Ormuz semblent lui porter le coup de grâce », écrit Baverez. L’Europe, dépendante des importations d’hydrocarbures et de matières premières, se retrouve en première ligne face à ces perturbations. La fermeture des routes maritimes, vitales pour son approvisionnement, et la hausse des prix de l’énergie menacent de plonger le continent dans une stagflation – une combinaison inédite de stagnation économique et d’inflation.
Une Europe à l’écart des champs de bataille, mais exposée aux conséquences
Contrairement aux États-Unis ou à la Chine, l’Europe reste en retrait des opérations militaires directes. Pourtant, cette neutralité apparente ne la protège pas des répercussions des conflits mondiaux. Les guerres en Ukraine et en Iran illustrent cette nouvelle ère des rivalités entre empires, où les enjeux énergétiques et commerciaux priment. « Sous les guerres d’Ukraine et d’Iran pointe en effet le basculement de l’histoire du XXIe siècle dans un nouvel âge des empires », rappelle Le Figaro.
Cette exposition aux crises externes s’ajoute à des défis internes majeurs. La dépendance aux hydrocarbures russes avant la guerre en Ukraine a révélé une faille structurelle. Aujourd’hui, la transition énergétique, bien qu’accélérée, reste incomplète, laissant l’Europe vulnérable aux aléas géopolitiques. Les pénuries de terres rares, essentielles à la production high-tech, et les tensions sur les approvisionnements alimentaires ajoutent à cette instabilité.
L’urgence d’une refonte politique et stratégique
Face à ce tableau alarmant, Nicolas Baverez insiste sur la nécessité d’une « réinvention » européenne. Pour lui, le continent dispose d’une « chance historique » de se réinventer, à condition de sortir de sa paralysie politique. Plusieurs pistes sont évoquées :
- Renforcer la défense européenne : malgré des avancées comme la création de la force de réaction rapide de l’UE, les États membres peinent à coordonner leurs efforts militaires. La guerre en Ukraine a montré l’urgence d’une autonomie stratégique, notamment en matière de production d’armements.
- Diversifier les partenariats économiques : réduire la dépendance à la Chine et aux États-Unis en développant des chaînes d’approvisionnement locales et en investissant dans les technologies critiques (semi-conducteurs, batteries, énergies renouvelables).
- Réformer les institutions européennes : pour Baverez, le manque de leadership et les divisions internes paralysent la prise de décision. Une réforme du fonctionnement de l’UE, notamment du Conseil européen, est souvent citée comme une priorité.
Ces réformes supposent une volonté politique forte, actuellement absente dans de nombreux États membres. « Si les nations européennes parviennent à sortir de la paralysie », écrit Baverez, elles pourront transformer cette crise en opportunité. Mais le temps presse.
En conclusion, l’Europe se trouve à un carrefour. Entre la nécessité de se réinventer et la menace d’un déclin accéléré, le continent doit faire des choix stratégiques majeurs. Comme le souligne Le Figaro, la question n’est plus seulement de savoir si l’Europe peut survivre à ces crises, mais si elle saura en tirer profit pour devenir une puissance souveraine et unie.
Selon les analystes, les leviers incluent le renforcement des dépenses militaires (objectif de 2 % du PIB pour chaque État membre), la création d’une industrie européenne de défense intégrée, la diversification des approvisionnements en énergie et en matières premières, ainsi que le développement de technologies critiques comme l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs. La question de la dette commune pour financer ces investissements reste cependant un sujet de division entre les États membres.
Théoriquement, oui, si elle parvient à surmonter ses divisions internes et à mobiliser ses ressources. L’Europe dispose d’un marché unique puissant, d’une monnaie internationale (l’euro) et d’un soft power culturel et diplomatique. Cependant, son retard en matière d’innovation technologique, ses divergences politiques et sa dépendance énergétique actuelle rendent ce scénario incertain sans une refonte profonde de ses politiques.