Zina Malas, une jeune Libanaise de 24 ans, a fait le choix de quitter Beyrouth en 2022 pour tenter une nouvelle vie à Montréal, attirée par la réputation du Canada en matière de stabilité et d’opportunités professionnelles. Pourtant, comme le rapporte Courrier International, son expérience s’est révélée bien différente de ses attentes. Entre échecs répétés sur le marché de l’emploi, sentiment de solitude et coût de la vie élevé, elle a finalement choisi de rentrer au Liban en septembre 2025, où elle a lancé sa propre entreprise. Son parcours illustre les difficultés rencontrées par de nombreux expatriés, malgré les promesses d’une vie meilleure.
Ce qu'il faut retenir
- Zina Malas, 24 ans, a quitté le Liban en 2022 pour Montréal avec l’espoir d’échapper aux traumatismes de son enfance marquée par la guerre.
- Malgré une expérience en marketing, médias et développement commercial, elle n’a reçu aucune réponse positive à près de 200 candidatures envoyées.
- Le marché de l’emploi canadien s’est révélé « absolument horrible » selon ses mots, avec des recruteurs remettant en cause son expérience « non canadienne ».
- Le coût de la vie à Montréal, combiné à un salaire ne laissant aucune marge, a renforcé son sentiment d’échec malgré la sécurité matérielle.
- Son retour au Liban en 2025 a marqué la création de Tawlé Consultancy, une entreprise d’accompagnement pour les sociétés en difficulté au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
- Son témoignage met en lumière le contraste entre la culture individualiste canadienne et le tissu social dense du Liban, malgré l’instabilité politique.
Un départ motivé par l’espoir d’une vie plus stable
Zina Malas est née et a grandi à Beyrouth, une ville marquée par des décennies de conflits et d’attentats. « J’étais désespérée de quitter le Liban. Vivre là-bas était un combat », confie-t-elle dans un entretien accordé à Business Insider et repris par Courrier International. En 2022, à 22 ans, elle décide de tenter sa chance à Montréal, attirée par la promesse d’un environnement plus sûr et d’opportunités professionnelles. Son objectif ? Retrouver une forme de sérénité et donner un nouveau sens à sa vie, après avoir « perdu sa jeunesse » dans un pays en proie à l’instabilité.
Son projet s’inscrit dans une tendance plus large : celle des jeunes Libanais cherchant à s’expatrier pour échapper à une crise économique et politique endémique. Pourtant, malgré des diplômes et une expérience solide en marketing, médias et développement commercial, le choc culturel et professionnel s’avère brutal. « J’avais l’impression d’avoir perdu ma jeunesse, et j’étais prête à accepter un salaire minimum », explique-t-elle. Mais la réalité canadienne, elle, n’a rien d’enviable.
Un marché de l’emploi canadien impitoyable pour les étrangers
Dès son arrivée, Zina Malas se heurte à un marché du travail qu’elle imaginait plus accessible. Malgré son profil, elle envoie près de 200 candidatures sans obtenir le moindre entretien. Les raisons évoquées par les recruteurs ? Une expérience professionnelle jugée « non canadienne » ou inadaptée. « Certains m’ont dit que je n’avais pas la bonne expérience. Je ne sais pas si c’était parce que mon expérience était libanaise ou non canadienne, mais j’avais l’impression que l’on me considérait comme si je n’avais aucun passé professionnel », déclare-t-elle.
Le contraste avec le Liban est saisissant. Là-bas, une simple candidature ou un message sur les réseaux sociaux suffisait pour décrocher un entretien le lendemain. À Montréal, les portes restent désespérément closes. « Le marché de l’emploi s’est révélé absolument horrible », résume-t-elle. Cette expérience met en lumière une réalité souvent ignorée : même dans un pays réputé pour son ouverture, les barrières à l’embauche pour les étrangers, et plus encore pour les ressortissants de pays en crise, restent élevées. Les employeurs canadiens privilégient-ils systématiquement les profils locaux ? La question reste ouverte, mais le témoignage de Zina Malas suggère que la discrimination à l’embauche, qu’elle soit consciente ou non, joue un rôle non négligeable.
La solitude et le froid : deux obstacles imprévus
Si l’échec professionnel pèse lourd, ce n’est pas le seul désenchantement de Zina Malas. Elle avait imaginé Montréal comme un lieu où elle pourrait « rencontrer plein de gens et y passer la meilleure période de sa vie ». La réalité est tout autre. À Beyrouth, la vie sociale est dense : une sortie avec un ami mène souvent à de nouvelles rencontres. À Montréal, les interactions s’interrompent aussi rapidement qu’elles ont commencé. « De plus, je ne supportais pas le froid », ajoute-t-elle. Le climat québécois, avec ses hivers rigoureux, devient un fardeau supplémentaire dans une vie déjà marquée par l’isolement.
Cette solitude s’explique en partie par la culture canadienne, souvent décrite comme très individualiste. Les échanges s’arrêtent rapidement, et les liens se construisent moins naturellement qu’au Liban. « La culture canadienne est très individualiste, ce qui amplifie le sentiment de solitude », souligne-t-elle. Un paradoxe pour une jeune femme venue chercher une vie plus épanouie. Le froid et l’éloignement géographique, couplés à un marché du travail impersonnel, transforment son rêve en cauchemar. « J’avais imaginé y rencontrer plein de gens », rappelle-t-elle, mais ses attentes n’ont pas été satisfaites.
Un coût de la vie incompatible avec les salaires locaux
Autre désillusion : le coût de la vie à Montréal. Malgré un salaire jugé « confortable », Zina Malas vit « sans aucune marge » après avoir payé son loyer, ses factures et sa nourriture. Ce constat confirme que la sécurité matérielle ne garantit pas le bien-être. « Même avec un salaire correct, je ne pouvais pas épargner », explique-t-elle. Les loyers élevés, les dépenses incontournables et l’absence de filet social suffisant rendent la vie quotidienne précaire, malgré un emploi stable sur le papier.
Pourtant, son expérience professionnelle au Canada n’était pas totalement négative. Elle a été « très surprise » de recevoir un MacBook et un téléphone professionnel, des outils modernes et une organisation du travail structurée. Mais ces avantages matériels ne compensent pas l’absence de sens et de connexion humaine qu’elle recherchait. Le travail canadien, bien que doté d’outils performants, lui semble impersonnel et déconnecté de ses aspirations profondes. Une critique qui rejoint les débats récurrents sur la qualité de vie au travail et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Un retour au Liban pour retrouver un sens à son action
Face à ces difficultés accumulées, Zina Malas prend une décision radicale : elle rentre au Liban en septembre 2025. Mais ce retour n’est pas un échec. Bien au contraire, il marque le début d’un nouveau projet. Elle fonde Tawlé Consultancy, une entreprise spécialisée dans l’accompagnement des sociétés en difficulté au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. « J’ai lancé l’entreprise au Canada, mais travailler depuis l’Occident me semblait étrange, comme si je disais aux gens quoi faire à distance », explique-t-elle. Depuis Beyrouth, elle peut désormais « s’asseoir avec eux, les aider à trouver de nouvelles idées et sentir que j’ai une influence réelle ».
Son retour illustre un paradoxe frappant : même dans un pays en crise, les opportunités de sens et d’impact personnel restent plus accessibles qu’au Canada. Le Liban, malgré son instabilité politique et économique, offre à sa génération un terrain d’action concret et des interactions humaines plus riches. « Je suis trop libanaise pour vivre ailleurs », conclut-elle. Cette phrase résume toute la complexité de l’expatriation : elle n’est pas toujours synonyme de réussite, et le bonheur ne se mesure pas uniquement à l’aune de la sécurité matérielle ou de la stabilité politique.
Son histoire invite également à réfléchir sur le concept même de « réussite » à l’étranger. Si le Canada promet sécurité et confort matériel, il ne garantit ni épanouissement personnel ni intégration sociale. Pour Zina Malas, le vrai bonheur réside dans un équilibre entre stabilité et sens, deux éléments qu’elle n’a trouvés ni à Montréal ni dans son pays d’origine – du moins, pas dans les mêmes proportions.