Le 27 juin 2026, le quotidien sud-africain The Citizen alertait sur une menace grandissante pour Johannesburg : l’exploitation minière illégale, pratiquée par des mineurs clandestins surnommés « zama zama », fragilise les infrastructures de la ville, au point de compromettre la stabilité de ses axes routiers majeurs. Selon Courrier International, cette activité incontrôlée a déjà creusé des cavités sous des ponts et des routes, dont l’autoroute M2, l’une des principales artères de la capitale économique sud-africaine.

Ce qu'il faut retenir

  • Une excavation illégale sous le pont de l’autoroute M2 a été identifiée fin juin 2026, révélant l’ampleur des dégâts causés par les mineurs clandestins.
  • Johannesburg repose sur un sous-sol minier exploité depuis plus de 150 ans, laissant des milliers de galeries abandonnées et instables.
  • Des effondrements de routes, des dolines sous des bâtiments et la fragilisation de structures ont déjà été observés dans plusieurs quartiers.
  • Les autorités municipales et les agences routières tirent la sonnette d’alarme face à l’absence de contrôle sur ces activités illégales.

La photo publiée par The Citizen aux côtés de l’article montre un trou béant de plusieurs mètres de profondeur, creusé au pied d’un pilier soutenant le pont de l’autoroute M2. « Ce que vous voyez ici est une excavation illégale et délibérée sous le pont de la M2 », a déploré l’agence chargée de l’entretien des routes de la municipalité de Johannesburg sur son compte Facebook. Pourtant, ce cas n’est que « la face émergée de l’iceberg », comme le souligne le média sud-africain IOL, qui évoque des centaines de sites similaires disséminés sous la ville.

Johannesburg, fondée à la fin du XIXe siècle après la découverte de gisements d’or dans la région du Witwatersrand, a toujours reposé sur une exploitation minière intensive. Les dernières grandes compagnies minières ont quitté la ville dans les années 2000, laissant derrière elles un réseau de galeries et de tunnels abandonnés. Mais depuis, des milliers de mineurs clandestins, souvent sans équipement de sécurité ni autorisation, continuent d’extraire de l’or ou d’autres minerais dans des conditions dangereuses, creusant parfois à proximité immédiate des infrastructures urbaines.

Les conséquences de cette exploitation illégale se multiplient. « Les routes se sont effondrées, des dolines sont apparues sous des commerces et des zones résidentielles, des structures de ponts ont été fragilisées et des axes de transport ont été abandonnés », détaille un rapport interne cité par Courrier International. À titre d’exemple, en 2025, un effondrement partiel de la chaussée sur la M1, une autre autoroute majeure de la ville, avait provoqué des perturbations majeures pendant plusieurs semaines. Les autorités locales estiment que les coûts de réparation pourraient atteindre plusieurs millions de rands (la monnaie sud-africaine) chaque année, sans compter les risques humains encourus par les riverains.

Le phénomène des « zama zama » – terme zoulou signifiant « essaye, tente ta chance » – s’est amplifié ces dernières années en raison de la pauvreté et du chômage endémique en Afrique du Sud. Ces mineurs opèrent dans des conditions souvent mortelles, avec des risques d’effondrements, d’inondations ou d’intoxication par des gaz. Leur activité illégale, bien que réprimée par les autorités, persiste en raison de la demande mondiale en or et en métaux précieux, ainsi que de l’absence de solutions alternatives pour une partie de la population.

Un héritage minier devenu un casse-tête urbain

Le sous-sol de Johannesburg est un véritable gruyère, truffé de galeries abandonnées, de puits non sécurisés et de zones d’affaissement. Selon des estimations géologiques, plus de 6 000 kilomètres de tunnels et de cavités s’étendraient sous la ville, certains datant de l’époque coloniale. « Depuis plus de cent cinquante ans, des hommes creusent ses entrailles », rappelle un géologue cité par IOL. Or, avec le temps, ces vides souterrains se comblent naturellement ou s’effondrent sous le poids des constructions et des précipitations, accélérant la formation de dolines en surface.

Le problème n’est pas nouveau, mais il s’aggrave. Les années 1990 et 2000 ont vu le nombre de mines légales diminuer, tandis que l’exploitation clandestine explosait. Les autorités tentent de réagir : en 2024, la municipalité de Johannesburg avait lancé un plan de cartographie des zones à risque, en collaboration avec le Council for Geoscience, l’organisme national en charge de la surveillance géologique. Pourtant, les moyens manquent pour couvrir l’ensemble du territoire urbain, et les interventions se limitent souvent à des réparations d’urgence après un effondrement.

« Nous ne pouvons pas surveiller chaque mètre carré de la ville », a reconnu un responsable de la municipalité sous couvert d’anonymat. Les ressources sont insuffisantes, et les mineurs illégaux, qui opèrent de nuit et se déplacent constamment, sont difficiles à localiser. Les arrestations, bien que fréquentes, ne suffisent pas à endiguer le phénomène. Certaines communautés locales, désespérées, tolèrent même ces activités par nécessité économique, malgré les dangers qu’elles représentent.

Des solutions en débat, mais aucune réponse miracle

Face à l’urgence, plusieurs pistes sont envisagées pour limiter les risques. La première consiste à renforcer les contrôles et à utiliser des technologies de détection, comme des scanners souterrains ou des drones équipés de capteurs, pour identifier les excavations illégales avant qu’elles ne provoquent des dégâts. Une unité spécialisée, composée de géologues et d’ingénieurs, a été créée en 2025 par le gouvernement provincial du Gauteng, où se situe Johannesburg. « Nous devons agir avant que les effondrements ne deviennent ingérables », a expliqué un membre de cette unité lors d’une conférence de presse en mars 2026.

Une autre approche consiste à régulariser partiellement l’activité des « zama zama », en leur accordant des licences sous contrôle strict. Cette solution, déjà testée dans certaines provinces, vise à réduire les risques tout en offrant une alternative légale aux mineurs. Cependant, elle se heurte à des obstacles politiques et logistiques, notamment la corruption qui gangrène parfois les services chargés de délivrer ces autorisations.

Enfin, des projets de réhabilitation des anciennes mines sont en cours, avec pour objectif de combler les galeries les plus dangereuses. Ces travaux, financés par l’État et des partenariats public-privé, pourraient prendre des décennies et coûter plusieurs milliards de rands. « C’est un investissement nécessaire, mais il faudra des années pour voir des résultats concrets », tempère un expert en ingénierie minière contacté par Courrier International.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, la municipalité de Johannesburg prévoit de publier une carte détaillée des zones les plus à risque, afin d’alerter les habitants et d’orienter les travaux de sécurisation. Un fonds d’urgence de 500 millions de rands (environ 25 millions d’euros) a également été annoncé pour financer des réparations immédiates sur les infrastructures critiques, comme l’autoroute M2. Reste à savoir si ces mesures suffiront à éviter une crise majeure dans les années à venir.

Le gouvernement provincial du Gauteng devrait, quant à lui, rendre publics d’ici le premier trimestre 2027 les résultats d’une étude sur l’impact économique global de l’exploitation minière illégale. Les conclusions pourraient influencer les politiques publiques et accélérer la mise en place de solutions durables, ou, au contraire, révéler l’ampleur insoupçonnée de la menace.

Une chose est sûre : Johannesburg, ville symbole de la ruée vers l’or, paie aujourd’hui le prix de décennies d’exploitation minière non régulée. Entre héritage industriel et précarité sociale, le défi est de taille pour éviter que la métropole ne s’effondre… littéralement.

Le sous-sol de Johannesburg est criblé de galeries et de tunnels abandonnés depuis plus de 150 ans. Les « zama zama » creusent de nouvelles excavations ou réactivent des zones instables sans mesures de sécurité, accélérant les effondrements en surface. Selon les autorités locales, ces activités illégales ont déjà provoqué des dolines sous des bâtiments et fragilisé des axes routiers majeurs.