À peine trois semaines après l’entrée au Panthéon de Marc Bloch et de son épouse Simonne, le Centre des monuments nationaux consacre une exposition exhaustive à cet historien majeur du XXe siècle. Installée dans la crypte du monument parisien, « Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire » ouvre ses portes au public jusqu’au 10 janvier 2027, comme le rapporte Franceinfo - Culture.
Le parcours, conçu pour mettre en lumière à la fois l’homme et son œuvre, s’articule autour de trois travées thématiques. Il prend place à proximité des cénotaphes des Bloch, où une épitaphe gravée résume l’engagement de l’historien : « Dilexit Veritatem » – « Il a chéri la vérité ». « Après la cérémonie, le travail de mémoire ne fait que commencer », souligne Barbara Wolffer, administratrice du Panthéon. « Marc Bloch est très connu des historiens mais relativement peu du public, comme c’était le cas pour Jean Moulin. On espère que la panthéonisation et l’exposition contribueront à le faire mieux connaître. »
Ce qu'il faut retenir
- Une exposition inédite au Panthéon jusqu’au 10 janvier 2027, à proximité des cénotaphes de Marc Bloch et Simonne Vidal, entrés au monument le 23 juin 2026.
- Un parcours scénographique divisé en trois travées, mêlant archives personnelles, documents historiques et reconstitutions.
- La présentation de pièces rares : testament spirituel de 1941, lettres échangées avec Lucien Febvre, cartes d’identité falsifiées de 1942-1943.
- Marc Bloch, né le 6 juillet 1886 à Lyon, historien médiéviste, résistant et cofondateur en 1929 de la revue Annales. Histoire, Sciences sociales.
- Tarifs : 13 € pour les adultes, gratuit pour les moins de 18 ans.
Une scénographie immersive dans l’intimité de l’historien
L’exposition, installée dans la longue crypte du Panthéon, mise sur une mise en scène feutrée et élégante. « Le parcours est à la fois chronologique et thématique. Il s’agit de découvrir Marc Bloch à travers ses archives mais aussi son œuvre », explique Yann Potin, conservateur en chef du patrimoine aux Archives nationales et commissaire de l’exposition. « C’est un athée laïque issu d’une famille de Juifs de France, l’historien français le plus traduit au monde, dans 40 espaces linguistiques, bien qu’il n’ait écrit que six livres, dont deux posthumes. »
Le visiteur découvre d’abord les origines de Bloch. Fils d’un professeur d’histoire antique, il est présenté enfant, à 7 ans, brandissant un drapeau tricolore. Une vitrine expose ses premiers travaux : son livret scolaire, ses dissertations de philosophie et d’histoire, rédigées d’une écriture régulière et appliquée. « Il s’agit de matérialiser la source du savoir de l’historien », décrypte Yann Potin. En 1904, Marc Bloch intègre l’École normale supérieure, avant de devancer l’appel du service militaire en 1905. À 20 ans, il découvre ses premiers documents médiévaux aux Archives nationales, dont un cartulaire présenté dans l’exposition.
De la guerre à la Résistance : l’engagement d’une vie
La deuxième travée plonge dans l’expérience des conflits qui ont marqué Bloch. Mobilisé en 1914 comme professeur au lycée d’Amiens, il participe à la Grande Guerre et rédige, le 1er juin 1915, une lettre testamentaire où il affirme : « Quand vous lirez cette lettre, j’aurai cessé de vivre. Je serai mort à l’ennemi. » Le document, manuscrit, figure parmi les pièces exposées. « J’ai fait en partant le sacrifice de moi-même, c’est la plus belle des fins », écrit-il alors. Il survivra pourtant au conflit, ce qui lui permettra de poursuivre une carrière académique brillante.
C’est cependant son engagement dans la Résistance qui scelle son destin. Arrêté le 28 mai 1944 à Lyon, il est interrogé au Fort Montluc. L’exposition présente notamment une copie du procès-verbal de son interrogatoire. Mais c’est surtout la découverte récente de documents cachés qui retient l’attention. « Les archives ne se laissent pas facilement dompter », déclare Yann Potin en évoquant trois pièces inédites, redécouvertes en 2025 dans une villa de l’Aude. Parmi elles, sa dernière carte d’identité, établie à Montpellier le 15 avril 1942, puis renouvelée le 14 juin 1943 dans la Creuse – alors qu’il vit déjà dans la clandestinité à Lyon depuis plusieurs mois.
Le document porte le tampon rouge « Juif » et mentionne des caractéristiques physiques : nez « rectiligne » et teint « mat ». Deux autres pièces attirent l’attention : une fausse carte d’identité au nom de Maurice Petit, probablement l’un de ses premiers pseudonymes en Résistance, et une carte vierge datée de 1943-1944. « Cette carte est intéressante car elle donne un pseudonyme inconnu, sans doute le premier utilisé par Marc Bloch », précise Yann Potin. Ce nom pourrait être une association des parrains en Résistance de l’historien : Maurice Pessis et Claudius Petit.
L’héritage intellectuel : des carnets aux Annales
La troisième et dernière travée est consacrée à l’œuvre de Bloch, notamment Les Rois thaumaturges, paru en 1924, considéré comme son chef-d’œuvre. Le manuscrit original de l’Apologie pour l’histoire, texte testamentaire publié à titre posthume, y est exposé aux côtés de ses carnets de notes. « On est peut-être plus ému par ces petits carnets que par le manuscrit de l’Apologie », confie Yann Potin.
L’exposition revient également sur la collaboration avec Lucien Febvre, cofondateur des Annales. Les 524 lettres échangées entre 1928 et 1943 sont réunies pour illustrer « la densité d’une amitié et sa complexité ». Un portrait de Bloch, dessiné à la pierre noire par Ernest Pignon-Ernest, domine la salle. L’ensemble restitue l’atelier personnel de l’historien, mêlant enseignement et publications sur l’histoire rurale européenne.
Installée jusqu’au 10 janvier 2027 dans la crypte du Panthéon, place du Panthéon à Paris, l’exposition « Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire » offre une plongée sans équivalent dans la vie et l’œuvre de cet historien engagé. Entre archives personnelles, documents rares et reconstitutions, elle permet de redécouvrir un homme dont la devise – « Dilexit Veritatem » – résume à elle seule l’engagement : celui d’un esprit libre au service de la vérité.
Le titre « Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire » a été arrêté avant que sa panthéonisation ne soit envisagée, comme l’explique Yann Potin, commissaire de l’exposition. « Quand nous avons commencé à la préparer, il n’était pas encore question qu’elle soit associée à Marc Bloch. Cette association est le vœu de la famille. » La présence de Simonne Bloch est cependant matérialisée dans l’exposition par une lumière rouge dans l’espace de travail commun du couple, reconstitue au sein de la crypte.