Près de 2 300 Mexicains ont été expulsés vers le Guatemala en 2026, tandis que plusieurs dizaines d’autres ont été renvoyés au Honduras, selon nos confrères de RFI. Une pratique désormais normalisée par l’administration américaine, qui y voit une stratégie pour exercer une pression accrue sur le Mexique. Si Washington justifie ces expulsions par la recherche de « pays tiers sûrs », les organisations de défense des droits humains dénoncent une violation du droit international.
Ce qu'il faut retenir
- 2 300 Mexicains expulsés vers le Guatemala en 2026, et plusieurs dizaines vers le Honduras, selon les chiffres communiqués par RFI.
- L’administration américaine présente ces expulsions comme des mesures vers des « pays tiers sûrs », une politique qui s’inscrit dans la continuité de sa gestion migratoire.
- Les organisations civiles dénoncent une manœuvre visant à faire pression sur le Mexique, en contournant les procédures légales d’asile.
- Le président guatémaltèque qualifie ces transferts de « simples escales de transit », une qualification contestée par les défenseurs des droits humains.
- Cette politique interroge sur le respect des conventions internationales en matière de protection des migrants.
Une stratégie migratoire controversée
Depuis le début de l’année 2026, les États-Unis ont accéléré les expulsions de migrants mexicains vers des pays tiers, principalement le Guatemala et, dans une moindre mesure, le Honduras. Cette pratique, désormais systématisée, s’inscrit dans le cadre d’un durcissement de la politique migratoire américaine, sous couvert de la recherche de « destinations sûres » pour les personnes en situation irrégulière.
Les autorités américaines affirment que ces transferts répondent à des accords bilatéraux ou régionaux, permettant d’éviter le retour immédiat des migrants vers leur pays d’origine. Pourtant, les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch, y voient une manœuvre pour contourner les obligations légales des États-Unis en matière d’asile et de protection des réfugiés.
Mexico sous pression, Guatemala en première ligne
D’après RFI, cette politique migratoire aurait pour objectif implicite de faire pression sur le gouvernement mexicain. En effet, le Mexique, souvent considéré comme une porte d’entrée vers les États-Unis pour de nombreux migrants d’Amérique centrale, se retrouve directement impacté par ces expulsions massives. Washington espère ainsi inciter Mexico à renforcer ses contrôles frontaliers ou à accepter davantage de retours de migrants, sous peine de voir ces transferts vers des pays tiers s’intensifier.
Côté guatémaltèque, la réaction officielle reste prudente. Le président Bernardo Arévalo a qualifié ces expulsions de « simples escales de transit », une formulation qui minimise la portée réelle de ces transferts. Pourtant, les autorités locales et les associations locales s’inquiètent de la capacité des structures d’accueil à absorber un tel afflux, alors que le Guatemala fait déjà face à des défis majeurs en matière de gestion des migrations et de sécurité.
« Ces expulsions ne sont pas des solutions durables. Elles déplacent simplement le problème d’un pays à l’autre, sans résoudre la question fondamentale de la protection des droits des migrants. »
— Cecilia Chavez, porte-parole de l’ONG mexicaine « Migrantes en Movimiento »
Des expulsions dans un cadre juridique flou
Le recours à des « pays tiers sûrs » par l’administration américaine soulève des questions juridiques complexes. Selon le droit international, notamment la Convention de Genève relative aux réfugiés, les États ont l’obligation de ne pas expulser une personne vers un territoire où sa vie ou sa liberté serait menacée. Or, les conditions de sécurité au Guatemala et au Honduras restent précaires, avec des taux de violence élevés et des systèmes judiciaires fragiles.
Les défenseurs des droits humains rappellent que les États-Unis ont signé plusieurs traités internationaux interdisant les expulsions collectives et garantissant le droit à une procédure d’asile équitable. Pourtant, la multiplication de ces transferts vers des pays tiers semble indiquer une volonté de contourner ces obligations, en externalisant la gestion des flux migratoires vers des nations moins regardantes sur le respect des droits fondamentaux.
Cette politique migratoire, si elle permet à l’administration américaine de réduire temporairement les flux vers ses frontières, pose la question de sa durabilité. Autant dire que les prochains mois seront déterminants, tant pour les migrants concernés que pour les équilibres géopolitiques en Amérique centrale.