Cinq États membres de l’Union européenne accélèrent la mise en place de « return hubs » pour externaliser le traitement des migrants en situation irrégulière, mais les obstacles juridiques et pratiques s’accumulent, selon nos confrères de Euronews FR.
Cette stratégie, au cœur du Règlement sur les retours adopté par les institutions européennes, vise à installer des centres de rapatriement dans des pays tiers. Pourtant, les exemples concrets – de l’Albanie au Rwanda – révèlent des écueils majeurs, entre coûts exorbitants, recours judiciaires et incertitudes sur les garanties des droits humains.
Ce qu'il faut retenir
- Cinq pays de l’UE (Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce, Pays-Bas) négocient activement avec l’Ouganda et le Rwanda pour implanter des « return hubs » d’ici 2027, avec un premier centre opérationnel envisagé dès 2027.
- L’Italie a déjà testé le modèle en Albanie, mais son centre, initialement prévu pour des demandeurs d’asile, a été transformé en plateforme d’expulsion en mars 2025 – malgré des échecs judiciaires et des coûts dépassant les 670 millions d’euros.
- Le Règlement sur les retours, adopté politiquement, doit encore être publié au Journal officiel de l’UE, avec une entrée en vigueur attendue à l’automne 2026.
- Les experts soulignent le manque de garanties juridiques : le Royaume-Uni a abandonné son projet avec le Rwanda en 2023 après un avis défavorable de sa Cour suprême, et l’Italie fait face à des recours devant la Cour de justice de l’UE.
- Les évaluations d’impact sur les droits humains, pourtant exigées par le Conseil de l’Europe, restent lacunaires, selon des ONG comme Euromed Rights.
Des centres de rapatriement externalisés : le nouveau mantra de l’UE
La Commission européenne et dix-neuf États membres défendent l’idée des « return hubs » comme une solution « innovante » pour gérer les migrations, comme l’a rappelé Giorgia Meloni (Italie) et Mette Frederiksen (Danemark) dans une déclaration conjointe publiée fin juillet 2026. Selon eux, ces structures, situées hors de l’UE, permettraient de traiter plus efficacement les demandes de retour des migrants en situation irrégulière.
Pourtant, le terme même de « return hubs » n’apparaît pas dans le texte final du Règlement sur les retours, qui doit encore être publié au Journal officiel de l’UE. Ce texte encadre les accords entre États membres et pays tiers, mais il incombe à chaque gouvernement de négocier les modalités pratiques. L’Italie a pris les devants avec l’Albanie, où un centre a été inauguré en octobre 2024 pour accueillir des migrants secourus en mer. Initialement conçu comme un site de traitement des demandes d’asile externalisées, il a été reconverti en mars 2025 en plateforme d’expulsion après des recours en justice.
Ouganda, Rwanda, Albanie : les candidats sous le feu des critiques
Cinq pays européens – l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas – mènent des discussions avancées avec l’Ouganda pour y implanter un premier « return hub » dès 2027, selon le quotidien grec Kathimerini. Le Rwanda est également évoqué par le magazine allemand Der Spiegel, bien que ce pays ait déjà été au cœur d’un projet britannique abandonné en 2023 après un avis négatif de sa Cour suprême.
L’Albanie, quant à elle, sert de laboratoire à l’Italie. Le centre de Shëngjin, initialement destiné à des demandeurs d’asile, a été transformé en lieu de rétention pour migrants en situation irrégulière. Pourtant, cette initiative a accumulé les déboires : seulement 500 migrants y ont été hébergés depuis mars 2025, contre les 3 000 prévus mensuellement. Les coûts ont explosé, atteignant 670 millions d’euros, et une étude universitaire italienne révèle que la rétention en Albanie est plus chère que sur le sol italien. La Cour de justice de l’UE doit encore trancher sur la légalité de ces transferts.
Des obstacles juridiques et pratiques difficilement surmontables
Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a alerté en août 2026 sur l’absence d’évaluations d’impact préalables concernant les droits humains dans les pays pressentis. Le Règlement sur les retours impose pourtant le respect des « normes internationales », dont le principe de non-refoulement. Or, des exemples passés montrent que ces garanties sont souvent insuffisantes : la Cour suprême britannique avait jugé le Rwanda « non sûr » en novembre 2023, et des juges italiens ont contesté la qualification de « pays sûrs » pour le Bangladesh et l’Égypte.
Pour Sara Prestianni, directrice du plaidoyer à l’ONG Euromed Rights, « une évaluation des droits humains prend du temps, tandis que les pays de l’UE se précipitent pour signer des accords ». Elle met en garde contre les risques de violations dans des pays comme l’Ouganda ou le Rwanda, connus pour leurs restrictions sur les libertés fondamentales. De son côté, Davide Colombi, chercheur au CEPS (think tank bruxellois), s’interroge sur les contreparties attendues par les pays tiers : « On peut se demander ce qu’ils demanderont en échange de l’accueil de personnes qui ne sont pas leurs ressortissants. »
Un modèle coûteux et peu efficace
Les précédentes expériences d’externalisation des migrations ont toutes échoué. Le projet britannique de relocalisation de demandeurs d’asile vers le Rwanda n’a permis le transfert que de quatre personnes avant son abandon. En Albanie, les résultats sont décevants : malgré un investissement massif, le centre peine à atteindre ses objectifs. Une étude italienne souligne que la rétention y est plus onéreuse que dans les structures nationales, avec un coût bien supérieur aux 670 millions d’euros déjà dépensés.
Les partisans des « return hubs » estiment que ces échecs sont temporaires et que les obstacles juridiques pourront être levés avec le temps. Ils rappellent que le Règlement sur les retours, bien qu’adopté politiquement, n’est pas encore entré en vigueur. Selon un responsable européen cité par Euronews FR, « l’adoption définitive est attendue à l’automne 2026, après un contrôle juridique ».
La question reste entière : ces « return hubs » parviendront-ils à concilier efficacité migratoire et respect des droits fondamentaux, ou ne seront-ils qu’un nouvel exemple de politique migratoire coûteuse et contestée ?
Un « return hub » est un centre situé dans un pays tiers (hors UE) où sont transférés des migrants en situation irrégulière ayant fait l’objet d’une décision de retour. Ces structures peuvent servir de lieu de transit en attendant un rapatriement, ou de lieu de rétention sans garantie de retour. Elles nécessitent un accord entre un ou plusieurs États membres de l’UE et le pays hôte, comme l’exige le Règlement sur les retours.