Alors que la transition énergétique accélère la demande en métaux rares, une entreprise canadienne, The Metals Company (TMC), espère obtenir d’ici le premier trimestre 2027 le premier permis d’exploitation minière en haute mer. BFM Business révèle que ce projet, situé dans la zone de Clarion-Clipperton (Pacifique), porte sur une surface de 65 000 km² — l’équivalent du Sri Lanka ou de la Lituanie — et vise à extraire des nodules polymétalliques riches en nickel, cobalt, manganèse et autres métaux stratégiques pour les batteries et les infrastructures électriques.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet pharaonique : TMC ambitionne d’exploiter 619 millions de tonnes de nodules à 4 000-6 000 mètres de profondeur dans le Pacifique, entre Hawaï et le Mexique.
  • Un calendrier serré : Après plusieurs reports, l’entreprise table sur une autorisation d’ici début 2027, soutenue par les États-Unis via une procédure accélérée.
  • Des risques environnementaux majeurs : Les scientifiques alertent sur la destruction d’écosystèmes méconnus, la perturbation du stockage du carbone et l’émission d’oxygène par les nodules, découverte en 2024.
  • Une opposition française ferme : Paris a réaffirmé en 2025 son refus total de l’exploitation des grands fonds marins, qualifiant cette pratique d’« impératif non seulement juridique, mais surtout scientifique et environnemental ».
  • Des modèles économiques encore fragiles : Les coûts, estimés entre 2 milliards d’euros d’investissement initial et 500 à 700 millions d’euros par an, et l’absence de rentabilité avérée inquiètent les experts.
  • Une mobilisation internationale : 72 entreprises, dont Apple, Google, Renault et BMW, ont signé un moratoire, tandis que l’ONU planche sur un nouveau code minier controversé.

Une course aux métaux rares dans les abysses

Depuis 2020, une poignée de sociétés tentent de « dérisquer » l’exploitation des fonds marins pour répondre à la demande croissante en métaux critiques. The Metals Company (TMC), basée à Vancouver, mise sur les nodules polymétalliques, ces galets riches en minerais formés sur des millions d’années. Selon Florent Besson, géologue cité par BFM Business, leur croissance est « l’un des phénomènes géologiques les plus lents connus en milieu marin » — à peine 1 à 10 millimètres par million d’années, d’après l’Élysée. Une fois remontés à la surface par des robots aspirateurs, ces nodules permettraient d’extraire manganèse, nickel, cobalt ou cuivre, essentiels aux technologies vertes.

Mais le projet de TMC, situé dans la zone Clarion-Clipperton, n’est pas isolé. D’autres acteurs, comme le groupe belge DEME (via sa filiale Global Sea Mineral Resources) ou des acteurs japonais, préparent des essais similaires. En Arctique, la Norvège a officialisé en 2024 la prospection de ses fonds marins, tandis que la Chine a mené des tests dans les îles Cook, désormais partenaires des États-Unis. La dorsale de Lomonossov, riche en minerais, cristallise même les tensions géostratégiques entre la Russie et le Groenland.

Des impacts environnementaux sous-estimés ?

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. L’exploitation minière en haute mer pourrait détruire des écosystèmes encore méconnus, générer des nuages de poussières non dispersés et perturber le stockage naturel du carbone. Une découverte majeure de 2024, révélée par l’Ifremer, a montré que les nodules émettent de l’oxygène à 4 000 mètres de profondeur — un phénomène inédit qui remet en question les connaissances sur ces milieux. Greenpeace craint aussi des répercussions sur les communautés côtières du Pacifique, dont les modes de vie dépendent de ces écosystèmes.

Les défenseurs du projet minimisent les risques. TMC affirme que l’impact serait « une fraction de celui des mines terrestres », tandis que DEME évoque « l’équivalent de deux à trois mines classiques » en termes d’émissions. Pourtant, les études manquent pour étayer ces comparaisons. En 2022, le Sénat français soulignait déjà le « caractère immature » du marché, avec des coûts d’exploitation annuels estimés entre 500 et 700 millions d’euros, sans compter les investissements initiaux de 2 milliards d’euros.

Une opposition internationale qui s’organise

Face aux risques écologiques, la France maintient une position intransigeante. Emmanuel Macron avait déclaré en 2022 que « protéger les grands fonds marins est un impératif », une position réitérée en 2025 par l’Élysée. 72 multinationales, dont Apple, Google, Renault et BMW, ont signé un moratoire en 2025, tandis que Eramet évoquait le risque d’« ouvrir une boîte de Pandore ».

Les États-Unis, à l’inverse, soutiennent ces projets. Donald Trump a signé en avril 2025 un décret ouvrant l’extraction en haute mer, contournant l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), compétente en théorie pour réguler ces activités. TMC a d’ailleurs déposé une demande accélérée auprès de la NOAA (agence américaine d’observation océanique), validée début mai 2026 comme « conforme aux règles ». Gerard Barron, PDG de TMC, se réjouit :

« Cette décision marque une étape importante dans le processus transparent de la NOAA et nous rapproche de la capacité à fournir aux États-Unis une source de métaux critiques nouvelle, abondante et à faible impact. »

Un modèle économique encore à prouver

Le financement de ces projets pose question. Selon la Banque mondiale, 500 milliards de dollars d’investissements seront nécessaires d’ici 2040 pour répondre à la demande en métaux, mais certains experts contestent ces chiffres, jugeant les méthodes « pétrolières » inadaptées aux minerais critiques. Le Sénat français soulignait en 2022 l’absence de rentabilité pour les petits chantiers, tandis que les coûts logistiques — transport inclus — restent élevés.

Pourtant, la pression industrielle ne faiblit pas. Les besoins en cuivre, essentiel aux infrastructures électriques, pourraient connaître des pénuries à moyen terme, selon les analystes. Virginie de Chassey, directrice du développement durable d’Eramet, estimait en septembre 2024 dans Les Echos que « l’industrie risquait d’ouvrir une boîte de Pandore », sans alternative viable à court terme.

Et maintenant ?

La décision de la NOAA sur la demande de TMC, attendue pour début 2027, pourrait accélérer ou freiner la course aux fonds marins. Un nouveau code minier, actuellement en négociation sous l’égide de l’ONU, devrait clarifier le cadre juridique d’ici 2027-2028. Dans l’attente, la France et une partie de l’UE devraient maintenir leur opposition, tandis que les États-Unis et certains pays du Pacifique, comme Nauru, continueront de soutenir ces initiatives.

La question reste entière : les mines terrestres suffiront-elles à répondre aux besoins de la transition énergétique, ou les grands fonds marins deviendront-ils une nouvelle frontière minière ? Une chose est sûre, les prochains mois seront décisifs pour trancher entre exploitation et préservation.

Le projet de The Metals Company dans la zone Clarion-Clipperton cible principalement le nickel, le cobalt, le manganèse, le cuivre et le titane, essentiels à la fabrication de batteries, de câbles électriques et d’autres technologies vertes. Ces nodules polymétalliques contiennent aussi du fer, mais leur extraction reste secondaire.

Paris justifie son opposition par la nécessité de protéger des écosystèmes méconnus, dont le rôle dans le stockage du carbone et la production d’oxygène vient d’être mis en lumière. L’État souligne aussi le risque juridique et environnemental lié à une activité encore expérimentale, et rappelle que la France est la deuxième puissance maritime mondiale.