L’actrice Eye Haïdara était l’invitée de l’émission « Le monde d’Élodie » sur Franceinfo, jeudi 28 mai 2026, pour évoquer son rôle dans le film Mata, réalisé par Rachel Lang. À cette occasion, elle a partagé son approche du métier d’actrice, son rapport au doute, et sa vision de la responsabilité des artistes dans la société contemporaine. Comme le rapporte Franceinfo - Culture, cette discussion a permis de revenir sur une carrière marquée par une exigence constante et une volonté de ne pas se laisser enfermer dans des stéréotypes.

Ce qu'il faut retenir

  • Eye Haïdara incarne Mata dans le film de Rachel Lang, sorti en salles le 27 mai 2026, où elle joue une agente du service action de la DGSE blessée après une mission.
  • Le personnage de Mata, tiraillée entre son devoir professionnel et ses doutes personnels, reflète les contradictions que l’actrice aime explorer dans ses rôles.
  • Haïdara a déclaré avoir pris conscience, après un tournage précédent, de l’importance de ne pas « se faire mal » pour jouer, privilégiant l’efficacité à la brutalité physique.
  • Lors de son passage à Cannes en 2026, elle a souligné le rôle du cinéma comme lien entre les êtres humains, tout en rejetant l’idée d’une « responsabilité » spécifique des artistes.
  • Interrogée sur les critiques et les propos racistes subis en ligne, elle a choisi de ne pas s’y attarder, préférant chercher à comprendre les sources de cette haine.

Un personnage complexe, miroir des contradictions humaines

Dans Mata, Eye Haïdara interprète une agente du service action de la DGSE, de retour d’une mission où son partenaire est resté en otage. Le film, réalisé par Rachel Lang, suit cette femme qui découvre peu à peu que l’embuscade dont elle a été victime était en réalité une manipulation orchestrée par ses supérieurs. « Mata, c’est une femme qui évolue dans un milieu où la hiérarchie, les ordres et l’obéissance la maintiennent, explique l’actrice. En même temps, elle a ce dilemme plus intime : elle perd son camarade, son frère d’armes, et là, on n’arrive plus à répondre à l’exigence qu’on s’est toujours mise dans le métier. » Selon Franceinfo - Culture, ce rôle illustre parfaitement la quête de Haïdara : interpréter des personnages qui, sous des apparences de force, cachent une profondeur de doutes et de contradictions.

« J’aime interpréter les personnages qui racontent beaucoup de choses, précise-t-elle. J’aime bien avoir plusieurs aspects, et même des choses qui se contredisent, parce que l’être humain est fait de contradictions. » Cette approche lui permet d’explorer des facettes variées de l’humanité, sans jamais tomber dans la caricature. Le personnage de Mata, en particulier, incarne cette dualité entre le devoir et l’intime, entre l’action et la blessure intérieure.

Le doute, un « compagnon de galère » à apprivoiser

Eye Haïdara n’hésite pas à reconnaître que le doute fait partie intégrante de sa personnalité. « Je l’appelle mon compagnon de galère, maintenant, parce que je suis obligée de composer avec, confie-t-elle. Je me dis que, peut-être, il y a des moments où, finalement, il me sert et ne me fait pas toujours être en confiance et ne pas tout maîtriser. » Pour l’actrice, ce doute, loin d’être un frein, devient un outil de liberté. « Je crois qu’il ne faut pas tout maîtriser, et en même temps le doute me permet un peu de liberté. » Une position qui tranche avec l’image parfois attendue d’une actrice sûre d’elle et infaillible.

Ce rapport au doute s’est forgé au fil des tournages et des rôles. Elle évoque notamment son expérience sur le film La Taularde, aux côtés de Sophie Marceau. « Je suis rentrée vraiment dans le truc, je mettais des coups partout, j’avais quelque chose de très physique. À la fin de ce tournage, je me suis dit : il faut arrêter de se faire mal. Ce n’est pas la peine de mettre un vrai coup dans une porte, tu vas arrêter tout le monde pendant trois heures alors que si je fais semblant, ça passe aussi. » Une prise de conscience qui a marqué un tournant dans sa manière d’aborder son métier.

Le cinéma comme lien, non comme devoir

Lors de son intervention dans « Le monde d’Élodie », Eye Haïdara a également abordé la question de la responsabilité des artistes. Une thématique qui lui tient à cœur, notamment après son discours remarqué à Cannes en 2026. « Une responsabilité, je n’emploierais pas ce mot-là parce que je ne le trouve pas forcément approprié, a-t-elle souligné. Responsabilité, ça veut dire devoir quelque part, et je pense qu’il faut laisser la liberté aux artistes de s’exprimer. » Pour elle, le cinéma est avant tout un moyen de communication et de connexion entre les êtres humains, bien plus qu’un outil de transmission d’un message imposé.

« Souvent, je me rends compte que j’ai envie de dire tellement de choses, il y a tellement de choses qui me mettent hors de moi, il y a tellement de choses qui me peinent, et je me dis que si j’avais le devoir d’en parler, si j’avais le devoir d’agir, je tremblerais, explique-t-elle. En tant qu’artiste, faire un film, choisir un film, c’est un choix. Et des fois, ça me permet de dire à travers des mots, à travers tout un ensemble de gens — une équipe de tournage, un metteur en scène, un producteur — une chose : mettre la lumière sur un mot, une situation, un conflit qu’on a envie de mettre en lumière ou qu’on a envie de défendre quelque part. »

Face aux critiques et à la haine en ligne : une distance calculée

Interrogée sur les propos racistes dont elle est régulièrement la cible sur les réseaux sociaux, Eye Haïdara a adopté une posture mesurée. « Je ne les regarde pas, j’ai une façon assez distante avec la haine, a-t-elle indiqué. J’ai beaucoup de peine parce que ça demande énormément d’efforts d’être haineux. Je me dis qu’il y a quelque chose à un endroit qui ne va pas. Souvent, j’ai envie de m’arrêter et de regarder et de dire : parlons-nous, qu’est-ce qui ne va pas ? » Une réponse qui illustre son refus de se laisser définir par la haine, préférant chercher à comprendre ses racines plutôt que de s’y opposer frontalement.

Cette attitude reflète une philosophie de vie où la bienveillance et la curiosité priment sur la confrontation. « Je crois qu’il ne faut pas charger les artistes de se devoir de relayer ou de parler ou de commenter à chaque fois les actualités, ajoute-t-elle. On peut se faire rattraper, on peut déformer aussi nos mots. » Une position qui souligne l’importance, pour elle, de préserver la liberté de création sans se sentir obligé de répondre à des attentes extérieures.

Et maintenant ?

Eye Haïdara poursuit son chemin artistique, comme elle le décrit elle-même : « J’avance sur un chemin que je ne maîtrise pas forcément, mais qui, j’espère, a pour moi plein de surprises. » Son prochain rôle, comme celui de Mata, devrait continuer à explorer des personnages complexes, où la force se mêle à la vulnérabilité. Parallèlement, son passage remarqué à Cannes en 2026 pourrait lui ouvrir de nouvelles opportunités, tant en France qu’à l’international. Reste à voir si ces projets confirmeront son statut d’actrice incontournable, tout en lui permettant de préserver cette exigence qui la caractérise.

Son approche du métier, entre doute et liberté, entre force et fragilité, continue de séduire un public et une critique en quête d’authenticité. Avec Mata, elle prouve une fois de plus qu’elle sait incarner des rôles où l’humanité prime sur les effets de style — une qualité rare dans un paysage cinématographique souvent marqué par l’hyperbole.

Dans Mata, Eye Haïdara incarne une agente du service action de la DGSE qui, après une mission ayant coûté la vie à son partenaire et laissé celui-ci en otage, est affectée à une mission de contre-espionnage dans les Alpes. Elle découvre alors que cette affaire était une embuscade et que ses supérieurs lui cachent une partie de la vérité. Le film explore les thèmes de la trahison, du devoir et de la reconstruction personnelle.

Lors de son passage dans « Le monde d’Élodie » le 28 mai 2026, l’actrice n’a pas évoqué de projet précis en préparation. Elle a simplement indiqué avancer « sur un chemin qu’elle ne maîtrise pas », suggérant une approche ouverte et exploratoire pour ses futurs rôles.