Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), reste l’une des personnalités politiques les plus influentes de la gauche française. Selon BFM - Politique, son parcours, marqué par des investitures, des prises de position controversées et des alliances tendues, dessine le visage d’un parti en quête de réinvention face aux défis politiques et sociaux de ces dernières années.
Ce qu'il faut retenir
- Fabien Roussel a été investi candidat du PCF pour la présidentielle 2022 avec plus de 82 % des adhérents.
- Il prône une « Sécurité sociale de l’emploi et de la formation » et la fin du RSA, tout en refusant une alliance avec La France insoumise (LFI).
- Après la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, il critique vivement Emmanuel Macron et appelle à « laisser gouverner » le Nouveau Front populaire (NFP).
- Il s’est opposé à plusieurs reprises aux propositions de Jean-Luc Mélenchon, qu’il exclut pour 2027.
- Député puis maire de Saint-Amand-les-Eaux, il s’inscrira prochainement au chômage des députés après sa défaite aux législatives de 2024.
Un parcours politique marqué par les investitures et les ruptures
Fabien Roussel, député PCF du Nord puis maire de Saint-Amand-les-Eaux, a été officiellement investi comme candidat du PCF pour l’élection présidentielle de 2022. Selon BFM - Politique, cette investiture a obtenu le soutien de plus de 82 % des adhérents du parti. Pourtant, dès cette période, Roussel a clairement affiché sa distance avec La France insoumise (LFI), évoquant une « rupture » et refusant de saisir la « main tendue » de Jean-Luc Mélenchon. Cette position s’est confirmée lors des négociations pour les élections législatives anticipées de 2024, où il a appelé la gauche à « préparer les municipales » plutôt qu’à s’engager dans des « tours de table prématurés » pour 2027.
Le secrétaire national du PCF a également critiqué à plusieurs reprises le fonctionnement interne de LFI, qu’il a qualifié de « secte sous l’emprise d’un couple », en référence aux dirigeants du mouvement. Ces tensions ont culminé avec la publication d’un livre-enquête sur LFI, dont des extraits ont été relayés par la presse. Roussel a dénoncé un manque de démocratie interne et des « outrances verbales » de la part des insoumis, allant jusqu’à écrire à ses militants pour les alerter sur une « escalade mortifère d’actes et de paroles » qui pourrait « provoquer des drames ».
Un positionnement économique et social radical
Dans son dernier ouvrage, Fabien Roussel défend une refonte ambitieuse du modèle social français. Il propose notamment la suppression du Revenu de solidarité active (RSA) et son remplacement par une « Sécurité sociale de l’emploi et de la formation ». Selon ses propos rapportés par BFM - Politique, le travail ne doit plus être considéré comme un « coût » mais comme un « investissement ». Il justifie cette mesure par le constat que la France devient « un pays de salariés pauvres », avec des salaires inférieurs à ceux de plusieurs pays voisins.
Sur le plan économique, il s’est également prononcé pour un « fonds de compensation » pour les petites et moyennes entreprises (PME) en cas d’augmentation du Smic à 1 600 euros. Cette proposition s’inscrit dans un débat plus large sur le chiffrage du programme économique de la gauche, où Roussel a défendu une approche qu’il juge plus réaliste que celle de ses partenaires. Ces prises de position tranchées lui valent à la fois des soutiens et des critiques, notamment de la part des députés LFI, qui l’accusent de « banaliser des notions venues de l’extrême droite » en évoquant, par exemple, l’existence d’un « racisme antiblanc ».
Une opposition ferme à Emmanuel Macron et un refus de la Nupes
Fabien Roussel s’est illustré par une opposition virulente à la politique d’Emmanuel Macron, qu’il accuse régulièrement de « se comporter en serpillière » après des décisions comme le départ du commissaire européen Thierry Breton. Il a également dénoncé le « chaos » semé par la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, déclarant à l’adresse du président : « Ne comptez pas sur nous pour vous apporter le moindre soutien, ni aujourd’hui, ni demain ». Ces critiques s’étendent à la gestion de la crise démocratique, où il dénonce une « crise démocratique extrêmement grave » et exige la nomination d’un gouvernement issu du Nouveau Front populaire, coalition arrivée en tête aux législatives de 2024.
Roussel a également reproché à Macron d’exécuter les ordres de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, notamment après le départ de Breton. Il a qualifié ces décisions de « déni de réalité » et appelé le chef de l’État à « accepter le résultat des urnes » pour permettre à l’Assemblée de fonctionner avec une majorité relative. Ces positions ont été défendues lors de consultations à Matignon, où les communistes étaient les seuls membres du NFP reçus par Michel Barnier, alors Premier ministre. Malgré un ton « combatif » et « constructif », Roussel a souligné que son parti venait « sans illusions » et voterait la censure.
Les tensions avec LFI et la question de 2027
Fabien Roussel a multiplié les déclarations pour marquer sa différence avec Jean-Luc Mélenchon, qu’il exclut comme candidat possible pour 2027. Il a affirmé : « La gauche ne gagnera pas avec Mélenchon » et a défendu la candidature d’Huguette Bello pour Matignon, avant de proposer qu’elle soit soumise au vote des députés du NFP. Ces tensions ont été exacerbées par des déclarations controversées de Roussel, comme sa comparaison entre la situation à Gaza et le ghetto de Varsovie, qu’il a finalement qualifiée de « n’a pas lieu d’être » après des critiques unanimes.
Il a également critiqué les « propos excessifs » de Mélenchon concernant une marche contre l’antisémitisme, assurant que le PCF avait « coupé » avec LFI. Roussel et François Ruffin, autre figure de la gauche, se sont tous deux déclarés « capables » d’être Premier ministre, une position qui illustre les divisions persistantes au sein du NFP. Ces querelles internes ont conduit Roussel à déclarer : « C’est fini, la Nupes est terminée », marquant une rupture définitive avec l’alliance de 2022.
Un avenir incertain pour le PCF et son secrétaire national
Après la défaite du PCF dans sa circonscription historique du Nord face au Rassemblement national (RN) lors des législatives de 2024, Fabien Roussel a perdu son mandat de député. Il s’inscrira prochainement au chômage des députés, une caisse spéciale fonctionnant selon les mêmes critères que France Travail. Malgré cette perte électorale, il reste une figure incontournable du paysage politique, comme en témoignent ses interventions régulières dans les médias et ses prises de position sur des sujets variés, de l’aide à l’Ukraine à la réforme des retraites.
Il a, par exemple, justifié son vote contre l’accord bilatéral de sécurité entre la France et l’Ukraine en dénonçant un soutien « sans lignes rouges » à Kiev. Il a également critiqué les propos d’Emmanuel Macron sur un éventuel envoi de troupes en Ukraine, les qualifiant de « grave et dangereux » et accusant le président de préparer les esprits à une entrée en guerre. Sur le plan intérieur, Roussel a appelé à une « convergence des colères » pour peser contre le gouvernement, notamment dans le cadre de la crise agricole, et a dénoncé un gouvernement qu’il accuse de « racketer » les Français sur l’électricité et les médicaments.
Pour l’heure, Fabien Roussel reste un acteur clé de la gauche française, dont les prises de position continueront de façonner le débat politique dans les mois à venir. Son refus des alliances avec LFI et son opposition frontale à Macron pourraient, selon les observateurs, soit marginaliser le PCF à moyen terme, soit le positionner comme un acteur incontournable dans une recomposition de la gauche autour de ses propositions économiques et sociales.
Fabien Roussel critique ouvertement le fonctionnement interne de LFI, qu’il qualifie de « secte sous l’emprise d’un couple », et dénonce un manque de démocratie interne. Il rejette également les « outrances verbales » des insoumis, notamment celles de Jean-Luc Mélenchon, et estime que la gauche ne peut gagner en 2027 avec ce dernier en tête de liste.
Le PCF et Fabien Roussel devront se positionner clairement sur la préparation des municipales de 2026, où Roussel appelle à une union de la gauche sans LFI. Ils devront également trancher sur des sujets comme la reconnaissance de la Palestine ou la réforme des retraites, tout en surveillant l’évolution des sondages pour 2027, où la gauche reste très fragmentée.