Alors que l’été 2026 est marqué par une vague d’incendies sans précédent dans plusieurs régions françaises, le gouvernement français a choisi de désigner un coupable idéal : le pyromane. Une stratégie vieille de deux siècles, analysée par la philosophe Emma Bigé dans Libération.
Selon Libération, cette méthode permet de détourner l’attention des causes structurelles des feux, qu’elles soient liées à l’aménagement du territoire, au changement climatique ou aux politiques publiques. Emma Bigé, philosophe spécialiste de l’écologie, dénonce dans une tribune publiée ce 9 août un « tour de passe-passe » qui évite de questionner les responsabilités réelles.
Ce qu'il faut retenir
- Une stratégie historique : le recours au pyromane comme bouc émissaire remonte au XIXe siècle, selon Emma Bigé, qui souligne son inefficacité pour résoudre les crises environnementales.
- Des feux de plus en plus intenses : l’été 2026 a vu une multiplication des incendies, notamment en Gironde, dans les Landes et en Provence, où plus de 12 000 hectares ont été ravagés en juillet.
- Un débat évité : en désignant le pyromane, le gouvernement évite d’aborder les causes profondes, comme la sécheresse chronique ou l’urbanisation mal maîtrisée.
Une rhétorique qui n’a rien de nouveau
Emma Bigé rappelle que cette tactique n’est pas nouvelle. « Dès le début du XIXe siècle, les incendies de forêt en France étaient attribués à des malfaiteurs isolés », explique-t-elle. Pourtant, ces feux, souvent d’origine naturelle ou accidentelle, étaient en réalité liés à des conditions climatiques extrêmes ou à des négligences humaines systémiques.
La philosophe souligne que cette approche permet aux pouvoirs publics de se dédouaner. « Plutôt que de reconnaître l’échec des politiques environnementales, on préfère accuser un individu, un bouc émissaire commode », ajoute-t-elle. Une analyse qui rejoint celle de nombreux experts, pour qui les incendies sont avant tout un symptôme des dérèglements écologiques.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
D’après les données de Libération, plus de 30 000 hectares ont brûlé en France depuis le début de l’été 2026, un chiffre en hausse de 40 % par rapport à 2025. Les régions les plus touchées, comme l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine, subissent des vagues de chaleur prolongées, aggravées par un déficit pluviométrique historique.
Pourtant, les rapports des services de secours et des scientifiques pointent du doigt des causes bien plus larges. « Les incendies ne sont pas seulement le fait de pyromanes, précise Emma Bigé. Ils résultent d’un ensemble de facteurs : la déforestation, l’abandon des zones rurales, et bien sûr, l’inaction climatique. »
Un débat politique qui s’envenime
Cette rhétorique gouvernementale a suscité de vives réactions parmi les associations écologistes. Greenpeace France a dénoncé dans un communiqué, ce 8 août, une « diversion dangereuse ». « En accusant des individus, on occulte l’urgence d’agir sur les causes structurelles », a déclaré Clara Lemoine, porte-parole de l’ONG.
De son côté, le ministère de l’Intérieur a maintenu sa position, affirmant que « toute piste doit être explorée pour lutter contre ces incendies criminels ». Une déclaration qui a fait réagir Emma Bigé : « C’est une façon de faire porter le chapeau à des coupables faciles plutôt que de s’attaquer aux vrais problèmes », a-t-elle réagi.
En attendant, les régions touchées restent sous haute tension. Les pompiers, déjà épuisés par des semaines de lutte contre les flammes, appellent à une prise de conscience collective. « Il faut agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard », a prévenu Jean-Luc Giraud, secrétaire général du Syndicat national des sapeurs-pompiers.
Selon Emma Bigé, interrogée par Libération, cette stratégie permet aux pouvoirs publics de « détourner l’attention des échecs de leurs politiques environnementales ». En désignant un coupable individuel, on évite de remettre en cause les décisions politiques, économiques ou territoriales qui aggravent les risques d’incendies.