Ce n’est plus seulement la forêt qui brûle, mais une manière de vivre sur ce territoire qui n’est plus viable, estime Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, dans une tribune publiée par Le Monde - Politique. Elle cosigne ce texte avec Stéphane Delpeyrat-Vincent, maire socialiste de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), pour souligner que les incendies hors norme frappant actuellement le sud-ouest de la France dépassent le cadre des catastrophes naturelles classiques. Selon eux, la crise climatique impose désormais une refonte profonde des modes d’habitat et de gestion des territoires.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune cosignée par la philosophe Cynthia Fleury et le maire de Saint-Médard-en-Jalles, Stéphane Delpeyrat-Vincent, publiée dans Le Monde - Politique, lie les mégafeux en Gironde et dans les Landes à une remise en cause des modèles d’aménagement du territoire.
  • Les auteurs plaident pour que la préparation aux risques devienne un acte démocratique, dépassant le simple cadre technique ou sécuritaire.
  • Les incendies actuels s’inscrivent dans une série de feux « hors norme », dont l’intensité et la récurrence interrogent sur l’adaptation nécessaire des politiques publiques.
  • La tribune souligne que les solutions doivent intégrer une réflexion collective sur l’articulation entre urbanisation, gestion des espaces naturels et résilience climatique.

Une crise qui dépasse la gestion technique des risques

Pour Cynthia Fleury et Stéphane Delpeyrat-Vincent,

« ce qui brûle aujourd’hui n’est pas seulement une forêt, mais une manière d’habiter le territoire qui n’est plus possible ».
Selon les deux auteurs, les feux qui ravagent depuis plusieurs jours la Gironde et les Landes — deux départements déjà touchés par des incendies majeurs en 2022 — illustrent l’urgence de repenser les modèles d’aménagement. Les feux de forêt, aggravés par des conditions météorologiques extrêmes (sécheresse prolongée, vents violents), révèlent selon eux les limites d’une gestion sectorielle des risques, trop souvent cantonnée à des plans d’urgence ou à des dispositifs de prévention classiques.

Les auteurs rappellent que les territoires du sud-ouest, marqués par une urbanisation croissante en zones périurbaines et une déprise agricole, sont devenus particulièrement vulnérables. Saint-Médard-en-Jalles, commune de la métropole bordelaise, illustre cette tension : son maire évoque une « imbrication des enjeux » où la protection des espaces naturels ne peut plus être dissociée des choix d’urbanisme ou de développement économique.

La préparation aux risques, un levier pour une démocratie écologique

Dans leur tribune, Fleury et Delpeyrat-Vincent proposent de faire de la préparation aux catastrophes un pilier de la démocratie locale. Plutôt que de se limiter à des protocoles techniques, ils appellent à une implication des citoyens, des élus et des acteurs économiques dans l’élaboration de stratégies de résilience. « La préparation doit devenir un acte collectif, pas seulement une adaptation technique », précise le maire de Saint-Médard-en-Jalles. Cette approche suppose selon eux de repenser les priorités : moins de bétonisation en zones à risque, davantage de corridors écologiques, et une meilleure coordination entre les collectivités.

Les auteurs s’appuient sur des exemples concrets, comme les plans communaux de sauvegarde ou les programmes de reboisement, pour montrer que ces outils, s’ils sont bien pensés, peuvent renforcer la cohésion sociale autant qu’ils protègent les populations. Ils citent notamment les initiatives menées dans certaines communes des Landes, où des « cellules de crise citoyennes » ont été mises en place pour organiser des évacuations ou des distributions d’eau en cas de feu.

Un appel à repenser l’aménagement du territoire face au changement climatique

Cette tribune s’inscrit dans un contexte où les mégafeux en France deviennent de plus en plus fréquents. Selon les données de l’Observatoire des feux de forêt, la superficie brûlée en 2022 en Gironde et dans les Landes avait déjà battu des records, avec plus de 50 000 hectares ravagés. Les spécialistes s’attendent à ce que ces chiffres soient dépassés en 2026, en raison des températures exceptionnellement élevées enregistrées depuis le début de l’été. Le sud-ouest n’est pas le seul concerné : les Pyrénées-Orientales, la Drôme ou encore la Corse connaissent également des feux d’une intensité inédite.

Pour Cynthia Fleury, cette situation impose une « rupture » avec les logiques du passé. « On ne peut plus se contenter de gérer les crises après coup, souligne-t-elle. Il faut anticiper en intégrant le risque climatique dans chaque projet d’aménagement. » Les auteurs citent en exemple des communes qui ont modifié leurs plans locaux d’urbanisme pour interdire la construction en zone boisée ou imposer des normes de résistance au feu pour les nouveaux bâtiments. Une démarche que Stéphane Delpeyrat-Vincent qualifie de « nécessaire, mais encore trop marginale ».

Et maintenant ?

La tribune de Cynthia Fleury et Stéphane Delpeyrat-Vincent intervient alors que le gouvernement doit présenter, d’ici la fin de l’année, une nouvelle version du plan national de prévention des feux de forêt. Ce texte, attendu depuis plusieurs mois, pourrait intégrer certaines des propositions avancées par les auteurs, notamment la création de « zones tampons » entre les espaces urbains et les forêts. Reste à voir si ces mesures seront suivies d’effets concrets, alors que les collectivités locales, déjà en première ligne face aux incendies, manquent souvent de moyens pour les appliquer. En attendant, les deux signataires appellent à une « mobilisation générale », soulignant que « le temps des solutions partielles est révolu ».

Si cette tribune ne propose pas de solutions miracles, elle a le mérite de pointer du doigt l’un des paradoxes majeurs de notre époque : plus les risques climatiques s’aggravent, plus les réponses doivent être collectives et démocratiques. Reste à savoir si les pouvoirs publics, comme les citoyens, sauront en tirer les conclusions.

Selon les dernières données disponibles, la Gironde et les Landes figurent parmi les départements les plus affectés, avec des superficies brûlées déjà supérieures à celles de 2022. D’autres zones, comme les Pyrénées-Orientales ou la Corse, connaissent également des feux d’une intensité exceptionnelle.