Selon BFM Business, l’émission Les Experts diffusée ce lundi 31 août 2026 a mis en lumière les difficultés rencontrées par les très petites entreprises (TPE) et les petites et moyennes entreprises (PME) dans la mise en œuvre de la facturation électronique, une obligation légale dont les contours restent flous pour de nombreux dirigeants. L’émission, présentée par Laure Closier, a réuni trois experts du monde économique : Carine Rouvier, PDG d’EuropAmiante et du Domaine LEO, Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste du cabinet d’audit BDO France et professeure à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ainsi que Jean-Eudes du Mesnil, fondateur du cabinet « Du Mesnil Advisor ».
Ce qu'il faut retenir
- La facturation électronique devient obligatoire pour les TPE-PME, mais son déploiement pose des questions de coût et de complexité technique.
- Les experts soulignent l’absence de cadre clair, notamment sur les modalités d’application pour les entreprises de moins de 10 salariés.
- Le passage à ce nouveau système pourrait engendrer des surcoûts estimés entre 5 000 et 20 000 euros par an pour les petites structures.
- Le gouvernement doit publier prochainement un décret précisant les contours de cette réforme, initialement prévue pour 2024 mais reportée à plusieurs reprises.
- La note souveraine de la France, maintenue à A+ par Fitch malgré la dette et l’instabilité politique, a également été évoquée lors du débat.
- Les propositions du Rassemblement National en matière de nettoyage des finances publiques et les pistes du budget 2027 ont clos la discussion.
Un casse-tête administratif et financier pour les petites structures
Pour les TPE et PME, la facturation électronique n’est pas une simple évolution technique, mais bien un chantier coûteux et chronophage. « Le problème ne réside pas dans la volonté des entreprises, mais dans leur capacité à absorber ces changements », a expliqué Carine Rouvier, dont les sociétés emploient moins de 50 salariés. Les experts s’accordent à dire que les petites structures, souvent dépourvues de services dédiés à la gestion administrative, devront investir dans des logiciels ou externaliser cette fonction, ce qui représente un budget difficile à anticiper. Selon Anne-Sophie Alsif, « les coûts indirects, comme la formation des équipes, sont rarement pris en compte dans les estimations ».
Le passage à la facturation électronique s’inscrit dans le cadre de la loi de finances 2024, qui prévoyait son entrée en vigueur progressive à partir de 2024 pour les grandes entreprises, puis 2025 pour les PME, et enfin 2026 pour les TPE. Pourtant, les reports successifs des textes réglementaires ont laissé les dirigeants dans l’incertitude. « On nous demande de nous préparer à une échéance sans savoir exactement ce qui nous attend », a déploré Jean-Eudes du Mesnil. La publication d’un décret précisant les modalités techniques est attendue pour octobre 2026, selon les dernières annonces du ministère de l’Économie.
Des coûts sous-estimés et des risques pour la compétitivité
Les estimations de surcoûts varient considérablement selon la taille de l’entreprise. Pour une TPE de 5 salariés, les dépenses pourraient atteindre 5 000 euros par an, tandis qu’une PME de 50 salariés devra débourser entre 15 000 et 20 000 euros. Ces montants incluent l’acquisition de logiciels, la maintenance, la formation du personnel et, dans certains cas, l’embauche d’un expert-comptable externe. « Pour beaucoup d’entreprises, c’est une charge supplémentaire qui arrive au mauvais moment », a souligné Anne-Sophie Alsif, rappelant que le contexte économique reste tendu avec une inflation persistante et des taux d’intérêt élevés.
Au-delà des aspects financiers, les experts s’interrogent sur l’impact opérationnel. La facturation électronique impose en effet de nouveaux processus, notamment en matière de traçabilité et de sécurité des données. « Les petites entreprises n’ont pas toujours les ressources pour garantir la conformité aux exigences du RGPD et de la loi », a pointé Carine Rouvier. Le risque ? Des sanctions en cas de non-respect des règles, alors même que les entreprises peinent à comprendre leurs obligations. Le gouvernement a promis des aides, mais leur ampleur et leur accessibilité restent floues.
Un contexte économique et politique déjà tendu
La discussion autour de la facturation électronique s’est tenue dans un climat économique déjà marqué par les débats sur la dette publique et la stabilité politique. Ce lundi 31 août, l’agence de notation Fitch a confirmé la note souveraine de la France à A+, malgré un endettement élevé et une instabilité gouvernementale persistante. « Le maintien de cette note est une bonne nouvelle, mais il ne doit pas masquer les défis structurels », a analysé Anne-Sophie Alsif. La cheffe économiste a rappelé que la France reste sous surveillance, notamment en raison de sa dette, qui dépasse désormais les 110 % du PIB.
Dans ce contexte, les propositions du Rassemblement National (RN) en matière de finances publiques ont également été évoquées. Le parti d’extrême droite propose notamment de supprimer des niches fiscales et de réduire les dépenses de l’État, une approche qui divise les économistes. « Une telle politique pourrait peser sur la croissance si elle est mal calibrée », a averti Jean-Eudes du Mesnil. Les experts ont également abordé les pistes du budget 2027, dont les grandes lignes devraient être dévoilées d’ici la fin de l’année. Les discussions portent notamment sur la maîtrise des dépenses publiques et la recherche de nouvelles recettes, sans alourdir la pression fiscale sur les entreprises.
Des incertitudes qui persistent malgré l’échéance approchante
Alors que la date limite pour les TPE approche, les questions restent nombreuses. Le gouvernement a promis un décret « dans les prochaines semaines », mais aucun calendrier précis n’a été communiqué. « Les entreprises ont besoin de visibilité pour s’organiser », a insisté Carine Rouvier. Les experts craignent que le manque de clarté ne pousse certaines structures à reporter leur transition, s’exposant ainsi à des pénalités en cas de contrôle.
Autre point d’interrogation : l’accompagnement des petites entreprises. Des dispositifs d’aide financière et technique sont évoqués, mais leur mise en œuvre tarde. « Il ne suffit pas d’annoncer des aides, encore faut-il que les entreprises en aient connaissance et puissent y accéder facilement », a rappelé Anne-Sophie Alsif. Les chambres de commerce et d’industrie (CCI) et les experts-comptables sont appelés à jouer un rôle clé dans l’accompagnement des dirigeants, mais leur capacité à répondre à la demande reste limitée.
En conclusion, la facturation électronique représente un défi de taille pour les TPE-PME, dans un contexte économique déjà fragile. Si les enjeux de modernisation sont réels, les risques de surcoûts et de complexité administrative pourraient freiner leur adoption. Les prochains mois seront cruciaux pour trancher ces incertitudes et permettre aux entreprises de s’adapter sans trop de difficultés.
La facturation électronique était initialement prévue pour 2024 pour les grandes entreprises, 2025 pour les PME et 2026 pour les TPE. Cependant, les reports successifs des textes réglementaires ont repoussé l’échéance pour les TPE à une date encore indéterminée, bien que le gouvernement annonce un décret pour octobre 2026.