Premier producteur européen de blé, la France reste paradoxalement un importateur croissant de farine, selon le bilan annuel de la meunerie française publié par BFM Business. En deux ans, les importations ont bondi de 45 %, tandis que la grande distribution alimente cette tendance en privilégiant des farines moins chères, notamment en provenance d’Allemagne ou de Belgique.
Cette situation soulève des questions sur la compétitivité du secteur meunier français, où la rentabilité est jugée « très faible » par l’Association nationale de la meunerie française (ANMF), qui représente la quasi-totalité des professionnels du secteur.
Ce qu'il faut retenir
- La France importe 45 % de farine en plus en deux ans, selon le bilan de l’ANMF, malgré son statut de premier producteur européen de blé.
- En 2025, la production française de farine (100 % blé français) s’élève à près de 4 millions de tonnes, soit 11 % de la production européenne.
- 204 000 tonnes de farine exportées contre 420 000 tonnes importées en 2025, creusant le déficit commercial depuis 2018.
- 11 % de la consommation nationale provient d’importations, principalement d’Allemagne et de Belgique (plus de 80 % des achats étrangers).
- Le chiffre d’affaires du secteur a chuté de 17 % en deux ans, passant à 1,84 milliard d’euros en 2025.
Une production stable, mais une dépendance accrue aux importations
En 2025, la meunerie française a produit près de 4 millions de tonnes de farine, exclusivement à partir de blé 100 % français, selon les chiffres de l’ANMF. Ce volume représente plus de 11 % de la production européenne, plaçant la France au deuxième rang derrière l’Allemagne. Pourtant, malgré cette production locale, le pays importe davantage de farine qu’il n’en exporte.
Jean-François Loiseau, président de l’ANMF, souligne auprès de BFM Business que « ces résultats confirment le rôle stratégique de la meunerie française dans la souveraineté alimentaire nationale et européenne ». Cependant, il ajoute que « la rentabilité du secteur est très faible » et que « les échanges commerciaux traduisent une pression concurrentielle croissante ».
En 2025, la France a exporté 204 000 tonnes de farine mais en a importé 420 000, un déficit qui se creuse depuis 2018. Plus de 80 % de ces importations proviennent d’Allemagne et de Belgique, qui fournissent des farines à moindre coût pour les marques distributeurs (MDD).
La grande distribution, moteur des importations massives
L’augmentation des achats de farine à l’étranger est principalement portée par la grande distribution, qui privilégie des farines moins chères pour ses marques propres. « En France, on a traditionnellement des boulangers qui utilisent de la farine 100 % française, produite par des centaines de moulins. Personne n’a la qualité de pain qu’il y a dans les boulangeries françaises », explique Jean-François Loiseau à BFM Business.
Mais ces dernières années, les enseignes de distribution ont massivement acheté des farines en provenance d’Allemagne, d’Italie, de Roumanie ou de Bulgarie. En 2025, ces importations ont représenté 11 % de la consommation nationale, une tendance qui exerce une pression à la baisse sur les prix. « Un vrai problème, parce qu’en vendant de la farine sous marques distributeurs moins chères, la distribution tire les prix vers le bas », souligne le président de l’ANMF. « Cela met en difficulté les producteurs français. »
Cette stratégie commerciale, bien que rentable pour les distributeurs, fragilise les meuniers locaux, dont les coûts de production et les charges sociales sont plus élevés que ceux de leurs concurrents étrangers.
Un secteur sous pression face à la concurrence internationale
Le chiffre d’affaires de la meunerie française a reculé de près de 17 % en deux ans, passant à 1,84 milliard d’euros en 2025. Les meuniers français, souvent des entreprises familiales travaillant dans de petites unités, peinent à rivaliser avec les gros producteurs allemands ou turcs. « Les coûts de production et les charges sociales sont moins élevés en Allemagne », rappelle Jean-François Loiseau.
La concurrence s’intensifie également avec la Turquie, premier exportateur mondial de farine (entre 3 et 3,5 millions de tonnes par an), et l’Ukraine, dont les exportations vers la France ont quadruplé entre 2022 et 2025. Dans ce contexte, la meunerie française refuse toute demande d’aide publique, mais réclame des mesures pour améliorer sa compétitivité : un accès à une énergie électrique abordable, un arrêt de l’inflation réglementaire, et une simplification des démarches administratives pour faciliter les investissements.
Des défis structurels pour un secteur emblématique
La meunerie française, qui compte des centaines de moulins traditionnels, incarne un savoir-faire reconnu à l’international. Pourtant, elle fait face à des défis structurels majeurs. D’un côté, la demande des boulangeries artisanales reste forte pour des farines locales, de l’autre, la grande distribution et les consommateurs se tournent vers des produits moins chers, souvent importés.
Jean-François Loiseau met en garde : « La pression concurrentielle croissante menace la pérennité des meuniers français. Sans une baisse des charges et une meilleure compétitivité, le secteur pourrait voir sa situation se dégrader davantage. »
La meunerie française ne demande pas d’aide directe, mais attend des actions concrètes pour regagner en attractivité face à une concurrence internationale de plus en plus agressive.
Selon les données de l’ANMF, l’Allemagne et la Belgique fournissent à elles seules plus de 80 % des importations françaises de farine. D’autres pays comme l’Italie, la Roumanie ou la Bulgarie complètent ces approvisionnements.
Le secteur demande une baisse des charges sociales, un accès à une énergie électrique moins chère, une simplification des démarches administratives et un arrêt de l’inflation réglementaire pour améliorer sa compétitivité face à la concurrence internationale.