Un phénomène aussi troublant qu’inattendu resurgit régulièrement dans les enquêtes pour féminicides : celui où l’auteur présumé des faits participe activement aux recherches de sa victime. Selon BFM - Faits Divers, cette situation, bien que minoritaire, interroge les enquêteurs et les associations qui luttent contre les violences conjugales. Si la majorité des auteurs de féminicides cherchent à dissimuler leur acte, certains n’hésitent pas à se mêler aux opérations de recherche, parfois en jouant un rôle central dans les appels à témoins ou les rassemblements organisés pour retrouver la disparue.
Ce qu'il faut retenir
- Certains auteurs de féminicides participent aux recherches de leur victime, selon BFM - Faits Divers.
- Cette pratique, bien que rare, pose des questions aux enquêteurs sur la psychologie des auteurs.
- Les associations dénoncent une stratégie de manipulation visant à détourner l’attention des autorités.
- Les opérations de recherche incluent parfois des appels à témoins ou des rassemblements où l’auteur se trouve présent.
Une stratégie de diversion ou une perte de contrôle ?
D’après BFM - Faits Divers, ces comportements s’expliquent souvent par une tentative de brouiller les pistes. « Certains auteurs cherchent à donner l’impression qu’ils sont sincèrement inquiets », explique une source proche des enquêtes. Ils s’affichent dans les médias locaux, partagent des messages sur les réseaux sociaux ou participent aux rassemblements organisés en hommage à la victime. Pour les enquêteurs, cette attitude relève davantage d’une stratégie de diversion que d’un véritable sentiment de culpabilité.
Les associations féministes, elles, y voient une manipulation cynique. « Ils jouent la comédie de l’homme éploré », souligne une militante de l’association « Nous Toutes ». « Cela leur permet de détourner l’attention des forces de l’ordre et de semer le doute dans l’opinion publique. » Selon elle, ces comportements révèlent une absence totale d’empathie, voire une forme de jouissance à dominer la situation.
Des cas documentés, mais rares
Bien que peu fréquents, ces cas sont régulièrement documentés par les médias. En 2025, un féminicide dans le Nord de la France avait défrayé la chronique : l’auteur, un homme de 35 ans, avait participé activement à la recherche de sa compagne, portée disparue avant que son corps ne soit retrouvé dans un bois voisin. « Il avait même pris la parole lors d’une conférence de presse organisée par la famille de la victime », relate BFM - Faits Divers. Les enquêteurs avaient alors noté des incohérences dans son récit, ce qui avait permis de le confondre quelques jours plus tard.
Un autre exemple, remontant à 2024 dans les Bouches-du-Rhône, avait vu un homme se présenter spontanément au commissariat pour signaler la disparition de sa conjointe, alors qu’il était déjà suspecté par les services de police. « Il avait insisté pour que les recherches soient lancées immédiatement », précise un officier de gendarmerie interrogé par la chaîne d’information. « C’était un moyen pour lui de contrôler la narrative et de se donner une image de victime collatérale. »
Un profil psychologique complexe
Les psychologues spécialisés dans les violences conjugales soulignent que ces comportements s’inscrivent dans une dynamique de pouvoir et de contrôle. « Ces hommes ne supportent pas l’idée que leur partenaire puisse échapper à leur emprise », explique le Dr. Marie Lefèvre, psychologue clinicienne. « Leur participation aux recherches est une façon de maintenir un lien, même après la mort. C’est aussi une manière de défier les autorités et de tester les limites de leur impunité. »
Selon elle, cette attitude peut aussi relever d’un déni profond. « Ils ne parviennent pas à accepter la réalité de leur acte », ajoute-t-elle. « En s’affichant publiquement, ils cherchent à se convaincre eux-mêmes qu’ils n’ont rien à se reprocher. »
Des réactions attendues des pouvoirs publics
Interrogé sur ce phénomène, le ministère de l’Intérieur a indiqué « prendre très au sérieux ces situations » et travaille en collaboration avec les associations pour améliorer la détection de ces comportements. « Nous devons être capables de distinguer une inquiétude légitime d’une tentative de manipulation », a déclaré une porte-parole du ministère. De son côté, la députée LFI Clémentine Autain a annoncé qu’elle comptait déposer une proposition de loi pour renforcer les sanctions contre les auteurs de féminicides tentant de perturber les enquêtes.
Pour les proches des victimes, cette pratique ajoute une couche de souffrance insupportable. « Voir l’assassin de sa fille jouer la comédie lors des recherches, c’est une insulte supplémentaire », témoigne une mère dont la fille a été victime d’un féminicide en 2025. « On se sent doublement humiliés. »
Selon le code pénal, un auteur de féminicide qui tente de perturber une enquête en participant aux recherches ou en donnant de fausses informations s’expose à des peines aggravées. Il peut être poursuivi pour obstruction à enquête, ce qui peut ajouter jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende à sa condamnation initiale pour féminicide. Ces dispositions sont précisées dans l’article 434-4 du code pénal.