« Le reportage le plus dur que j’ai réalisé », confie Elise Blanchard. La journaliste française, dont les clichés sont exposés à Perpignan dans le cadre du festival Visa pour l’Image, y présente son dernier travail en Afghanistan, réalisé entre 2018 et 2025 sous le régime taliban. Comme le rapporte Le Monde, ces images témoignent de la traite d’enfants, notamment de fillettes vendues par leurs propres parents, une pratique qui s’est intensifiée depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021.

Ce qu'il faut retenir

  • Elise Blanchard a réalisé un reportage en Afghanistan de 2018 à 2025, sous le régime taliban
  • Ses photos, exposées à Visa pour l’Image à Perpignan, documentent la vente de fillettes par leurs familles
  • La journaliste décrit ce travail comme « le plus dur qu’elle ait jamais réalisé »
  • Le festival présente ces clichés jusqu’au 14 septembre 2026

Un reportage sous haute tension

Installée en Afghanistan dès 2018, Elise Blanchard a couvert l’évolution du pays avant et après la reconquête talibane. Ses photographies, aujourd’hui visibles au Palais des Congrès de Perpignan, illustrent une réalité brutale : la vente d’enfants, souvent des filles, par des familles poussées par la misère ou les pressions des autorités locales. Selon nos confrères du Monde, ces pratiques se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir des talibans, qui ont renforcé les lois discriminatoires envers les femmes et les mineures.

« Travailler là-bas, c’est vivre dans un étau, où chaque déplacement est une prise de risque, explique la photojournaliste. Mais c’est aussi une nécessité pour donner la parole à ceux que personne n’écoute. » Elle souligne que ses images ne sont pas une simple exposition, mais un témoignage urgent pour alerter la communauté internationale.

Les mécanismes d’une tragédie

Les enquêtes menées par Elise Blanchard révèlent que les familles, souvent endettées ou menacées, cèdent leurs enfants contre de l’argent ou des promesses de protection. Dans certaines régions, les talibans imposent des quotas de mariages forcés, transformant ces ventes en une quasi-obligation. Les fillettes, parfois âgées de seulement huit ou dix ans, sont ensuite envoyées dans des familles d’accueil ou mariées de force à des combattants ou des hommes plus âgés.

« Ce que j’ai vu dépasse l’entendement, confie-t-elle. Des parents en larmes qui vendent leur enfant comme on vend du bétail. » Ces scènes, capturées entre 2021 et 2025, s’ajoutent à un contexte déjà marqué par la répression des droits des femmes, l’interdiction de l’éducation pour les filles au-delà de l’école primaire, et la fermeture des ONG internationales.

Visa pour l’Image, une vitrine nécessaire

Le festival Visa pour l’Image, qui se tient chaque année à Perpignan, donne cette année une place centrale aux travaux de Blanchard. Ses photographies, présentées dans le cadre de l’exposition « Afghanistan, l’effacement », sont accompagnées de textes expliquant le contexte politique et social. Comme l’indique Le Monde, l’objectif est de « montrer l’invisible », c’est-à-dire ces drames humains que les médias occidentaux couvrent trop rarement.

Le public peut découvrir ces images jusqu’au 14 septembre 2026, date de clôture du festival. Une occasion rare de confronter le regard des visiteurs à une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. « On ne peut plus détourner les yeux, affirme Blanchard. Chaque photo est une preuve, chaque visage une identité volée. »

Et maintenant ?

Alors que l’exposition se poursuit à Perpignan, la question de l’avenir des enfants afghans vendus reste entière. Selon les ONG locales, plusieurs centaines de cas auraient été recensés depuis 2021, mais le chiffre réel pourrait être bien plus élevé, faute d’accès aux zones rurales. Les talibans, eux, nient catégoriquement ces pratiques, les qualifiant de « propagande occidentale ».

Pour Elise Blanchard, la priorité est désormais de faire pression sur les instances internationales pour que des mécanismes de protection soient mis en place, malgré l’absence de représentation afghane à l’ONU. Une chose est sûre : sans une mobilisation accrue, ces ventes continueront de prospérer dans l’ombre.

Une chose est certaine : ce reportage ne laissera personne indifférent. Et si ces images ne suffisent pas à changer le cours des choses, elles rappellent au moins une vérité trop souvent oubliée – celle d’un pays où l’enfance n’a plus de prix.

L’exposition « Afghanistan, l’effacement » est visible au Palais des Congrès de Perpignan jusqu’au 14 septembre 2026. L’entrée est ouverte au public, avec des tarifs réduits pour les étudiants et les groupes. Plus d’informations sur le site officiel du festival.