Le Festival d’Avignon a apporté son soutien public au metteur en scène et auteur Alexis Michalik après l’annulation de sa pièce Passeport, prévue à Castres pour février 2027. Selon Franceinfo - Culture, cette décision de la mairie dirigée par le Rassemblement National (RN) a suscité une vague de réactions, notamment de la part des milieux culturels et politiques.
Ce qu'il faut retenir
- La pièce Passeport, qui évoque le parcours d’exilés, a été déprogrammée par la mairie de Castres, passée aux mains du RN en mars 2026.
- Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, a exprimé sa « solidarité » avec Alexis Michalik, refusant toute collaboration avec un élu RN.
- Christophe Ramond, président PS du département du Tarn, a proposé d’accueillir la pièce le 27 janvier 2027 à Cap’Découverte, un parc de loisirs situé près d’Albi.
- Le maire RN de Castres, Florian Azéma, a justifié cette annulation par un désaccord avec le contenu de l’œuvre, estimant qu’elle ne correspondait pas à ses engagements de campagne.
- La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a condamné cette décision, la qualifiant d’« annulation » motivée par des raisons politiques.
Un festival en désaccord avec la politique culturelle du RN
Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, a réaffirmé vendredi 19 juin 2026 sa position lors d’une intervention sur France Inter. « Moi, ma responsabilité, c’est de défendre la mission et les valeurs du Festival d’Avignon », a-t-il déclaré. Il a rappelé que « si on pense à la fondation du festival et à ses valeurs progressistes, républicaines, démocrates, je pense que c’est la responsabilité de n’importe quel directeur du Festival d’Avignon de le faire en toute liberté et en refusant le travail avec l’extrême droite ».
Il a par ailleurs insisté sur l’importance de préserver « un espace de liberté de création, de liberté d’expression », soulignant que ce principe s’appliquait aussi à la solidarité avec des artistes comme Alexis Michalik. Le Festival d’Avignon, dont la prochaine édition débute le 4 juillet 2026, se positionne ainsi clairement contre toute censure politique.
Une pièce déprogrammée pour des raisons politiques
Alexis Michalik, auteur et metteur en scène de Passeport, a été informé la semaine dernière par la mairie de Castres de l’annulation de sa pièce, initialement prévue en février 2027. Dans une interview accordée à l’AFP, le maire RN Florian Azéma a expliqué que cette œuvre, qui traite selon lui de « la promotion des clandestins » et d’un « traitement assez particulier des forces de l’ordre », ne correspondait pas à ses positions défendues pendant la campagne.
L’élu a également critiqué ce qu’il qualifie de « milieu pseudo-culturel, et surtout très politisé », accusant ces acteurs de « crier à la censure contre une mairie gérée par des élus qui ne leur plaisent pas ». Cette déclaration a été perçue par de nombreux observateurs comme une attaque directe contre la liberté artistique.
Une réplique départementale face à la censure
Face à cette décision, Christophe Ramond, président PS du département du Tarn, a proposé d’accueillir la pièce au parc de loisirs Cap’Découverte, situé à une douzaine de kilomètres au nord d’Albi. « Après avoir contacté Alexis Michalik, j’ai décidé de proposer la programmation de Passeport à Cap’Découverte le 23 janvier 2027, parce qu’une démocratie forte n’a pas peur des œuvres qui interrogent leur époque. Elle leur donne la parole », a-t-il écrit dans un communiqué publié le 17 juin 2026.
Il a ajouté que cette initiative était un « choix culturel », précisant que « la pièce sera présentée le 27 janvier dans le Tarn ». Une manière pour lui de montrer que les collectivités locales peuvent aussi jouer un rôle dans la défense de la liberté artistique, indépendamment des choix politiques locaux.
La ministre de la Culture s’insurge contre l’annulation
Catherine Pégard, ministre de la Culture, a également réagi à cette affaire lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, mardi 17 juin 2026. « Je condamne cette annulation d’un spectacle au seul motif que son sujet n’est pas en phase avec les choix politiques du maire de Castres », a-t-elle déclaré. Sa prise de position publique marque une volonté de défendre l’autonomie de la création artistique face aux pressions politiques.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la liberté artistique en France, où plusieurs élus locaux ont récemment pris des décisions controversées concernant des spectacles ou des expositions. Elle rappelle aussi les débats récurrents sur le rôle des collectivités dans le financement et l’orientation de la programmation culturelle.
Reste à voir si cette affaire aura des répercussions sur les futures programmations culturelles dans les villes dirigées par le RN. Une chose est sûre : le Festival d’Avignon, par la voix de son directeur, a clairement affiché sa ligne de conduite. Autant dire que la question de la liberté artistique ne sera pas close de sitôt.