Le Festival Off d’Avignon 2026 met en lumière un spectacle poignant qui retrace l’histoire de jeunes mineures qualifiées de « déviantes » et placées dans des institutions religieuses dans les années 1950. Écrit par Sonia Chiambretto et mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo, « Au Bon Pasteur » s’inscrit dans une démarche de mémoire et de justice sociale, comme le rapporte Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • Un spectacle écrit par Sonia Chiambretto et mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo.
  • Il aborde le parcours de jeunes mineures jugées « déviantes » dans les années 1950.
  • Ces jeunes filles étaient enfermées dans des établissements religieux.
  • Le spectacle est présenté dans le cadre du Festival Off d’Avignon 2026.
  • Il s’agit d’une réflexion sur la marginalisation et l’enfermement des femmes dans cette période.

Un récit inspiré de l’histoire réelle

Le spectacle « Au Bon Pasteur » s’appuie sur des archives et des témoignages de jeunes filles placées dans ces institutions religieuses, où elles étaient souvent stigmatisées et privées de liberté. Selon Libération, cette pièce de théâtre documentaire cherche à restituer la parole à celles que la société de l’époque avait réduites au silence. Les auteurs ont mené un travail de recherche minutieux pour reconstituer ces parcours de vie, marqués par l’arbitraire et l’injustice.

Marcial Di Fonzo Bo, connu pour son approche théâtrale engagée, a choisi de mettre en scène cette histoire avec une grande sobriété, afin de laisser la place aux mots et aux émotions des personnages. Le metteur en scène a expliqué : «

Nous voulons montrer comment ces jeunes filles, souvent issues de milieux défavorisés, ont été étiquetées comme des “crapuleuses” ou des “Apaches”, un terme péjoratif désignant les jeunes délinquantes. Leur histoire mérite d’être entendue.
»

Un regard critique sur la société des années 1950

À travers cette pièce, les auteurs dénoncent un système où la morale religieuse et les normes sociales se conjuguaient pour marginaliser les jeunes femmes. Les établissements religieux, censés les « sauver », devenaient souvent des lieux de privation de liberté et de violence institutionnelle. Sonia Chiambretto, co-autrice du texte, a souligné dans une interview accordée à Libération : «

Ces jeunes filles n’étaient pas des criminelles. Elles étaient simplement en dehors des normes, et la société de l’époque ne savait pas quoi en faire.
»

Le spectacle aborde également la question de la sexualité et de la transgression, deux thèmes tabous à l’époque. Les personnages incarnent des femmes qui ont osé défier l’ordre établi, payant le prix fort pour leur liberté. La pièce interroge ainsi la notion de déviance et ses liens avec les inégalités sociales.

Et maintenant ?

Après sa création au Festival Off d’Avignon, « Au Bon Pasteur » devrait être programmé dans d’autres théâtres en France et en Europe, notamment dans des lieux dédiés à la mémoire et à la justice sociale. Une tournée en province est déjà évoquée pour l’automne 2026, avec des représentations prévues à Lyon, Marseille et Bordeaux. Par ailleurs, une captation du spectacle pourrait être diffusée sur une plateforme culturelle, afin d’élargir son audience.

Un engagement artistique et mémoriel

Ce spectacle s’inscrit dans une dynamique plus large de réhabilitation de la parole des femmes oubliées par l’Histoire. Il fait écho à d’autres initiatives culturelles, comme les projets de restitution des archives judiciaires ou les pièces de théâtre documentaires sur les femmes victimes de violences institutionnelles. Libération rappelle que ce type de création artistique contribue à une meilleure compréhension des mécanismes de l’oppression, tout en offrant une tribune à celles qui en ont été privées.

Pour les spectateurs, « Au Bon Pasteur » représente une opportunité de découvrir une page méconnue de l’Histoire française, où la morale religieuse et l’autorité étatique se mêlaient pour contrôler les corps et les esprits des jeunes femmes. Une réflexion d’actualité, à l’heure où les questions de liberté individuelle et de droits des femmes restent au cœur des débats sociétaux.

Le terme « Apaches » était un argot des années 1950 pour désigner les jeunes délinquantes ou marginales. Il renvoie à l’idée de « sauvage » ou de « rebelle », et servait à diaboliser celles qui ne rentraient pas dans le cadre des normes sociales de l’époque. Dans le spectacle, ce mot est réapproprié pour dénoncer la stigmatisation dont ces jeunes filles étaient victimes, comme l’explique Sonia Chiambretto dans une interview à Libération.