Alors que la Grèce devrait accueillir près de deux millions de touristes français cet été, un fromage s’impose comme l’un des symboles culinaires du pays : la feta. Mais derrière ce produit phare se cachent une appellation protégée, des producteurs locaux en difficulté et une hausse des prix liée à une crise sanitaire sans précédent. Franceinfo – Culture revient sur les enjeux de ce trésor national.

Ce qu'il faut retenir

  • La feta est un fromage emblématique de la cuisine grecque, avec une production strictement encadrée et un taux minimal de 70 % de lait de brebis.
  • En 2026, la Grèce fait face à une épizootie dévastatrice : un demi-million de brebis ont été abattues, entraînant une pénurie de lait et une hausse des prix de 10 à 12 %.
  • Les petits producteurs locaux, comme Nikos Memmos, défendent une méthode artisanale, tandis que les industriels mécanisent leur production pour répondre à la demande mondiale.
  • La feta grecque bénéficie d’une appellation protégée depuis 2002, réservant l’appellation aux fromages fabriqués en Grèce avec du lait de brebis ou de chèvre.

Un fromage au cœur de l’identité culinaire grecque

À Athènes, les terrasses des restaurants se remplissent dès le soir tombé. Sur les tables, un ingrédient revient invariablement : la feta. Stavros Avgos, chef cuisinier du Manári Taverna, en fait un usage quotidien. Sa spécialité, la tirópita, une tourte à la feta émiettée mélangée à du yaourt, incarne cette saveur unique. « C’est un fromage avec beaucoup de caractère, savoureux et très salé, idéal pour une tourte », explique-t-il. « Aucun Grec ne peut se passer de ce fromage, c’est l’un des produits les plus importants de notre alimentation. »

Les clients ne tarissent pas d’éloges. « C’est la meilleure feta que j’aie jamais goûtée », confie l’un d’eux. Une autre ajoute : « On a beaucoup de fromages en Grèce, mais celui-ci est le plus populaire, la star. »

Une production artisanale au cœur du Péloponnèse

La feta trouve ses racines dans les montagnes de Kopanaki, au centre du Péloponnèse. Ici, Nikos Memmos, producteur de troisième génération, élève des brebis en liberté, nourries exclusivement par les pâturages locaux. « On travaille avec de petits producteurs pour garantir un lait de meilleure qualité et un fromage plus qualitatif », précise-t-il. « Chaque herbe de la montagne donne une saveur particulière, c’est ce qui fait la différence. »

La transformation commence dans le village voisin. Le lait est chauffé à 34 °C pour obtenir une texture ferme, puis moulé à la main. « On place les moules pour évacuer le liquide et ne garder que le fromage pur », détaille-t-il. Sa production annuelle s’élève à seulement 40 tonnes, vendues entre 11 et 17 euros le kilo dans son magasin. Ces prix restent comparables à ceux des supermarchés, malgré la méthode artisanale.

Les industriels face à la pénurie de lait

Face à la demande mondiale, les grands groupes laitiers se sont installés en masse en Grèce. Alexandros Botos, directeur de Roussas Dairy, gère l’une des plus grandes usines du pays. Avec des lignes de production automatisées, il produit jusqu’à 200 pièces de feta par minute. Sa marque est exportée dans plus de 40 pays, dont la France. Pourtant, la crise sanitaire menace aujourd’hui son modèle. « Un demi-million d’animaux ont été abattus à cause d’un virus, ce qui représente une part importante du cheptel », déplore-t-il. « Cela a provoqué une pénurie de lait et une hausse de son prix de 10 à 12 %. »

Cette augmentation a déjà été répercutée sur les clients, et les consommateurs doivent s’attendre à une hausse du prix de la feta cet été. « C’est une situation difficile, mais nous faisons de notre mieux pour maintenir la qualité malgré les contraintes », indique-t-il.

Une appellation protégée pour préserver l’authenticité

Depuis 2002, la feta bénéficie d’une appellation d’origine protégée (AOP), réservée aux fromages fabriqués en Grèce avec du lait de brebis ou de chèvre. Seuls les produits répondant à ces critères peuvent porter le nom de « feta ». Cette réglementation vise à protéger les producteurs locaux contre les contrefaçons et à garantir aux consommateurs une origine et une méthode de fabrication authentiques.

Pour Nikos Memmos, cette protection est essentielle : « Sans elle, notre savoir-faire serait menacé par les produits industriels, moins chers mais de qualité inférieure. » Les petits producteurs misent sur cette reconnaissance pour continuer à exister face à la concurrence des grands groupes.

Et maintenant ?

La situation pourrait évoluer dans les mois à venir. Les autorités grecques tentent de contenir l’épizootie et de reconstituer le cheptel, mais le processus prendra du temps. Quant aux prix, ils devraient rester élevés jusqu’à la fin de l’été, période de forte demande touristique. Les consommateurs, en Grèce comme à l’étranger, devront composer avec cette nouvelle donne. Reste à voir si les producteurs artisanaux parviendront à maintenir leur activité malgré la pression économique.

La feta, symbole d’un patrimoine culinaire, incarne aujourd’hui bien plus qu’un simple fromage : elle représente un équilibre fragile entre tradition et modernité, entre petits producteurs et industriels. Une chose est sûre : son goût unique continuera de séduire, même si son prix en pâtit.

Le prix de la feta a augmenté de 10 à 12 % cette année en raison d’une épizootie qui a entraîné l’abattage de 500 000 brebis en Grèce. La pénurie de lait a fait grimper les coûts de production, répercutés sur les consommateurs.

La feta artisanale, comme celle produite par Nikos Memmos, est fabriquée à partir de lait de brebis nourries en liberté et transformée à la main. La feta industrielle, elle, est produite en grande quantité avec des méthodes mécanisées et un lait moins onéreux, souvent issu de mélanges avec du lait de vache.