Les gouvernements français et allemand ont officiellement acté, ce lundi 8 juin 2026, l’abandon du programme Système de combat aérien du futur (Scaf), mettant fin à un projet stratégique lancé il y a près de dix ans. Selon Libération, cette décision intervient après des années de divergences persistantes entre les industriels Dassault Aviation et Airbus, incapables de s’accorder sur la répartition des tâches et les orientations technologiques. « Ce programme, qui devait symboliser l’autonomie stratégique de l’Europe en matière de défense aérienne, est aujourd’hui enterré », confirme un observateur proche du dossier.

Ce qu'il faut retenir

  • Le programme Scaf, lancé en 2017, était destiné à développer un avion de combat de nouvelle génération pour succéder aux Rafale et Eurofighter.
  • Les tensions entre Dassault et Airbus, ainsi que les désaccords franco-allemands, ont rendu impossible la poursuite du projet.
  • Emmanuel Macron et Friedrich Merz, chancelier allemand, ont acté la fin du programme lors d’une réunion ce 8 juin 2026.
  • Cette décision représente un revers pour l’ambition européenne de réarmement et d’autonomie stratégique.
  • Le budget alloué au Scaf, estimé à plus de 100 milliards d’euros sur plusieurs décennies, sera réalloué à d’autres priorités de défense.
  • La France et l’Allemagne pourraient désormais se tourner vers des partenariats bilatéraux ou des solutions nationales.

Un projet ambitieux miné par les divergences industrielles

Conçu comme l’épine dorsale de la défense aérienne européenne du XXIe siècle, le Scaf devait permettre à la France et à l’Allemagne de disposer d’un avion de combat furtif, connecté et capable de missions multirôles. Pourtant, dès ses débuts, le projet a été émaillé de tensions entre les deux principaux industriels impliqués : Dassault, maître d’œuvre côté français, et Airbus, partenaire allemand. « Les désaccords portaient autant sur la répartition des compétences que sur les choix technologiques », explique un expert du secteur. Les négociations autour de la gouvernance du programme, notamment la place accordée à chaque pays dans la chaîne de décision, ont rapidement tourné au blocage.

Côté français, l’accent était mis sur une approche intégrée, avec un leadership clair de Dassault, tandis que l’Allemagne, via Airbus, poussait pour une répartition plus équilibrée des rôles. « Ces divergences ont rendu toute collaboration constructive impossible », précise Libération. En 2024, un rapport parlementaire français avait déjà pointé du doigt « l’incapacité des parties à trouver un terrain d’entente », sans pour autant envisager l’échec définitif du projet à l’époque.

L’échec politique d’un symbole européen

Au-delà des querelles industrielles, c’est l’échec d’un symbole politique qui s’est joué. Le Scaf était présenté comme un pilier de l’autonomie stratégique européenne, une réponse aux dépendances vis-à-vis des États-Unis et de leurs avions de combat F-35. « L’Europe ne peut pas se permettre de dépendre éternellement de Washington pour sa sécurité », avait souligné Emmanuel Macron en 2021. Pourtant, la fin du projet illustre les limites de l’ambition européenne en matière de défense, malgré les déclarations répétées des deux pays sur leur volonté d’accélérer l’intégration militaire du continent.

Friedrich Merz, chancelier allemand depuis 2025, a justifié cette décision par la nécessité de « recentrer les efforts sur des projets réalisables ». « Nous ne pouvons pas nous permettre de disperser nos ressources dans des programmes qui n’aboutissent pas », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec le président français. De son côté, Emmanuel Macron a reconnu que « les conditions n’étaient plus réunies pour poursuivre le Scaf », tout en réaffirmant l’engagement de la France à « renforcer ses capacités de défense par d’autres moyens ».

« Ce n’est pas un échec de l’idée européenne, mais celui d’une gouvernance qui n’a pas su s’adapter. »
Un haut responsable du ministère des Armées français

Quelles suites pour la défense européenne ?

Avec la disparition du Scaf, la France et l’Allemagne devront désormais se tourner vers d’autres options pour moderniser leurs flottes aériennes. Côté français, le Rafale F5, en cours de développement, pourrait devenir le fer de lance de l’aviation de combat nationale, tandis que l’Allemagne pourrait accélérer l’intégration de drones et de systèmes de combat collaboratifs. « L’Europe reste confrontée à un choix : soit elle parvient à coordonner ses efforts, soit elle se résigne à importer ses équipements », analyse un spécialiste de l’Institut Montaigne.

La fin du Scaf laisse également planer le doute sur l’avenir des partenariats militaires franco-allemands, déjà fragilisés par des divergences sur d’autres sujets, comme les livraisons d’armes à l’Ukraine ou la stratégie industrielle de défense. « Il va falloir rebâtir une confiance qui s’est érodée », confie un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

La réallocation du budget du Scaf, estimé à plus de 100 milliards d’euros sur trente ans, pourrait prendre plusieurs mois. Selon des sources proches des négociations, une partie des fonds serait déjà orientée vers des projets comme le développement de drones MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) ou la modernisation des systèmes de défense antiaérienne. Une première réunion franco-allemande est prévue pour le 20 juin afin de définir les priorités. « L’objectif est d’éviter tout nouveau blocage », a précisé un conseiller du ministère français des Armées. La question d’un éventuel partenariat avec d’autres pays européens, comme l’Espagne ou l’Italie, reste en suspens.

Au-delà de l’aspect industriel, cette décision soulève une question plus large : l’Europe est-elle capable de mener à bien des projets de défense ambitieux sans une intégration politique plus poussée ? Avec le Scaf, c’est une page de l’histoire industrielle européenne qui se tourne. Reste à savoir si les leçons en seront tirées.

Plusieurs pays européens ont été mentionnés comme partenaires potentiels, notamment l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni (hors UE mais proche de l’Airbus). L’Espagne, via son industriel Navantia, et l’Italie, via Leonardo, pourraient apporter des compétences complémentaires, notamment en matière de systèmes électroniques et de propulsion. Une coopération avec ces pays serait envisagée, mais aucune négociation concrète n’a encore été lancée, selon des sources gouvernementales.