Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé ce jeudi 28 mai 2026 la construction d’une salle des grands procès sur le site pénitentiaire de Fleury-Mérogis, selon Le Figaro. Ce projet, dont le budget est estimé entre 5 et 10 millions d’euros, doit permettre de juger dans les meilleures conditions de sécurité des affaires d’envergure, comme celle qui concerne une cinquantaine de prévenus liée à l’affaire Amra, un dossier marqué par une évasion spectaculaire en mai 2024.

Ce qu’il faut retenir

  • Construction d’une salle des grands procès à Fleury-Mérogis, sur le domaine pénitentiaire de la plus grande maison d’arrêt d’Europe, d’ici fin 2027.
  • Budget alloué compris entre 5 et 10 millions d’euros, avec une approche modulaire inspirée des futures prisons légères.
  • Objectif : réduire les risques liés aux extractions judiciaires, après l’évasion sanglante de Mohamed Amra en mai 2024 au péage d’Incarville.
  • Ce projet s’inscrit dans le cadre du maxiprocès à venir, avec des enjeux de sécurité majeurs pour l’administration pénitentiaire.
  • Une seconde salle des grands procès est également à l’étude à Paris, où ces infrastructures font défaut depuis la fin des grands procès antiterroristes.

Un projet conçu pour sécuriser les procédures judiciaires

La nouvelle salle des grands procès sera édifiée sur l’emprise pénitentiaire de Fleury-Mérogis, la plus grande maison d’arrêt d’Europe, ainsi qu’à proximité du centre pénitentiaire de Réau. Cette localisation stratégique permet de contourner les obstacles habituels liés à la recherche de foncier et aux contraintes normatives, souvent longues et complexes pour ce type d’infrastructures. « La construction modulaire a été retenue », précise Le Figaro, « un modèle inspiré des 3 000 places de prison légères actuellement en construction sur des emprises pénitentiaires existantes, comme celle de Troyes-Lavaux, dont les premières unités devraient être livrées à l’automne 2027 ».

Ce choix technique répond à un impératif de rapidité, mais aussi de sécurité. Les extractions judiciaires, souvent pointées du doigt comme un maillon faible de l’administration pénitentiaire, avaient été mises en lumière lors de l’évasion de Mohamed Amra en mai 2024. L’homme, incarcéré à Fleury-Mérogis, avait profité d’un transfert pour s’échapper au péage d’Incarville, déclenchant une traque policière d’envergure. « Les trajets des détenus pour se rendre aux procès représentent un risque permanent », a souligné Gérald Darmanin lors de son annonce, « c’est pourquoi nous devons anticiper et sécuriser ces déplacements ».

Une réponse directe au maxiprocès de l’affaire Amra

La décision de construire cette salle s’inscrit dans la perspective du maxiprocès à venir, qui devra juger une cinquantaine de prévenus impliqués dans des faits liés à l’évasion de Mohamed Amra et à ses conséquences. Les enjeux de sécurité sont colossaux : les autorités craignent des représailles ou des tentatives d’intimidation, d’autant que l’affaire a déjà suscité une vive émotion dans l’opinion publique. En installant cette salle au cœur même du site pénitentiaire, le ministère de la Justice réduit à néant les risques liés aux déplacements des détenus incarcérés à Fleury-Mérogis et limite ceux des détenus de Réau.

« Nous devons éviter que des scénarios comme celui d’Incarville ne se reproduisent », a expliqué Gérald Darmanin. « La proximité entre la salle d’audience et les lieux de détention permet de sécuriser l’ensemble de la chaîne pénale, de l’incarcération au procès ». Cette approche s’inscrit dans une logique de modernisation des infrastructures judiciaires, alors que la France peine à suivre le rythme des grands procès, notamment après la fin des procédures antiterroristes qui avaient mobilisé des moyens exceptionnels ces dernières années.

Une seconde salle envisagée à Paris

Si Fleury-Mérogis concentre l’attention pour ce projet, une seconde salle des grands procès est à l’étude dans la capitale. Paris, qui a accueilli ces dernières années des procès d’ampleur comme ceux des attentats de 2015 ou des attentats de Strasbourg en 2018, manque cruellement de telles infrastructures depuis la clôture de ces procédures. « La saturation des tribunaux parisiens et les contraintes logistiques poussent à envisager des solutions délocalisées », indique Le Figaro. « Une salle modulable pourrait être installée sur un site pénitentiaire en Île-de-France, mais les discussions en sont encore au stade préliminaire ».

Ce projet parisien, s’il aboutit, permettrait de désengorger les tribunaux de la capitale et d’éviter des déplacements massifs de détenus sur de longues distances, souvent sources de tensions et de risques. Cependant, aucune localisation précise n’a encore été retenue, et les arbitrages ministériels pourraient prendre plusieurs mois.

Un calendrier serré pour une livraison d’ici fin 2027

La salle des grands procès de Fleury-Mérogis devra être opérationnelle d’ici la fin de l’année 2027, un délai ambitieux mais jugé réalisable grâce à l’approche modulaire retenue. Les appels d’offres devraient être lancés dans les prochains mois, avec une phase de construction prévue pour 2027. « Les premières salles modulaires de Troyes-Lavaux serviront de référence », explique un responsable du ministère de la Justice. « Leur modularité permet une mise en service rapide, tout en garantissant un niveau de sécurité conforme aux normes en vigueur ».

Pourtant, des incertitudes subsistent. Les syndicats de l’administration pénitentiaire ont déjà exprimé des réserves quant à la faisabilité technique et aux délais serrés. « Construire une salle sécurisée en moins de deux ans sur un site en activité n’est pas une mince affaire », confie un représentant syndical. « Il faudra veiller à ce que les travaux n’impactent pas le fonctionnement quotidien de Fleury-Mérogis, qui reste la plus grande prison d’Europe ».

Et maintenant ?

La mise en chantier de la salle des grands procès de Fleury-Mérogis devrait débuter d’ici la fin de l’année 2026, sous réserve des arbitrages budgétaires définitifs et de la validation des plans par les autorités judiciaires et pénitentiaires. Si le projet parisien voit le jour, les consultations avec les acteurs locaux et les études de faisabilité pourraient s’étaler sur l’année 2027, avec une possible inauguration en 2028. D’ici là, le ministère de la Justice devra également finaliser l’organisation du maxiprocès lié à l’affaire Amra, dont les audiences devraient se tenir dans les mois qui suivront l’achèvement des travaux.

Reste à savoir si ces infrastructures suffiront à répondre aux défis sécuritaires posés par les grands procès à venir. Avec une criminalité organisée de plus en plus mobile et des réseaux criminels toujours plus organisés, l’administration pénitentiaire et la justice devront sans cesse adapter leurs moyens pour éviter que des drames comme celui d’Incarville ne se répètent.

Le choix de la construction modulaire a été retenu pour sa rapidité de mise en œuvre et sa flexibilité, comme l’a expliqué Le Figaro. Ce modèle, inspiré des futures prisons légères, permet une installation rapide sur des emprises pénitentiaires déjà existantes, tout en respectant les normes de sécurité. De plus, cette approche limite les contraintes liées à la recherche de foncier et aux délais administratifs classiques des constructions judiciaires.