Un ancien membre de la direction de la Fifa, Constant Omari, a livré des révélations détaillées sur les pratiques du président de l’instance, Gianni Infantino, dans une enquête publiée par Le Monde. Ces déclarations surviennent alors que la position d’Infantino apparaît fragilisée depuis l’échec cuisant de son projet « FIFA Forward Enterprise », une initiative visant à restructurer les financements du football mondial.
Ce qu'il faut retenir
- Constant Omari, ancien cadre de la Fifa, accuse Gianni Infantino de disposer « de dossiers sur toutes les fédérations » pour exercer des pressions.
- Ces révélations sont publiées alors que le projet « FIFA Forward Enterprise », porté par Infantino, a échoué à obtenir le soutien nécessaire.
- L’enquête du Monde s’appuie sur des témoignages et des documents internes.
- Les méthodes d’Infantino, déjà critiquées pour leur opacité, sont désormais au cœur d’une crise institutionnelle.
Un ancien cadre de la Fifa dénonce des méthodes d’influence controversées
Dans les colonnes du Monde, Constant Omari, qui a siégé au comité exécutif de la Fifa entre 2015 et 2023, a livré un témoignage accablant sur les agissements de Gianni Infantino. Selon ses propos, le président suisse « dispose de dossiers sur toutes les fédérations » et n’hésite pas à s’en servir pour obtenir leur soutien. « Il sait tout sur tout le monde, et il utilise ces informations pour faire pression », a-t-il affirmé. Ces révélations, si elles sont confirmées, donneraient un éclairage nouveau sur les méthodes de gouvernance d’Infantino, déjà régulièrement pointées du doigt pour leur manque de transparence.
Les propos d’Omari s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes au sein de l’instance dirigeante du football. Depuis plusieurs mois, le projet « FIFA Forward Enterprise », présenté comme une réforme majeure des financements du football mondial, accumule les critiques. Conçu pour redistribuer les revenus de la Coupe du Monde vers les fédérations les plus modestes, le projet a finalement été rejeté par une majorité des membres du comité exécutif en juin 2026. Un échec qui a profondément fragilisé la position d’Infantino, déjà affaiblie par des soupçons de conflits d’intérêts et des enquêtes internes.
Les dossiers évoqués : un levier de pression systématique ?
Selon Constant Omari, les dossiers en question contiendraient des informations sensibles sur les dirigeants des fédérations, allant des détails financiers aux éventuels manquements éthiques. « Infantino sait où sont les faiblesses de chacun, et il n’hésite pas à les exploiter pour obtenir des votes ou des soutiens », a-t-il précisé. Ces allégations, si elles étaient prouvées, pourraient constituer une violation grave des règles de bonne gouvernance, voire des lois anti-corruption dans certains pays. Aucune preuve directe n’a encore été rendue publique, mais l’enquête du Monde s’appuie sur des témoignages anonymes et des documents internes.
Le porte-parole de la Fifa n’a pas réagi immédiatement aux accusations d’Omari. Interrogé par Le Monde, un porte-parole a simplement indiqué que l’institution « prend ces allégations très au sérieux » et qu’une enquête interne serait lancée si nécessaire. De son côté, Gianni Infantino n’a pas encore réagi publiquement à ces révélations, préférant garder le silence jusqu’à présent. Pourtant, ces déclarations interviennent à un moment où sa crédibilité est déjà fortement ébranlée.
Une crise qui dépasse le cadre du football
Ces révélations interviennent alors que la Fifa tente de redorer son image après des années de scandales. Depuis le début de son mandat en 2016, Gianni Infantino a été au cœur de plusieurs polémiques, notamment pour ses liens avec des régimes autoritaires et ses dépenses jugées excessives. En 2020, il avait déjà été accusé d’avoir tenté de museler les critiques internes en utilisant des moyens illégitimes. Aujourd’hui, avec ces nouvelles allégations, la pression sur l’instance pourrait devenir insoutenable.
Les fédérations africaines et sud-américaines, traditionnellement proches d’Infantino, pourraient se montrer réticentes à soutenir une enquête interne. Certaines voix s’élèvent déjà pour demander l’intervention de la justice suisse, où la Fifa a son siège. « Si ces accusations sont fondées, il ne s’agit plus seulement d’un problème interne, mais d’une affaire qui pourrait toucher aux lois internationales », a déclaré un avocat spécialisé en droit du sport sous couvert d’anonymat.
Constant Omari est un ancien membre du comité exécutif de la Fifa, où il a siégé de 2015 à 2023. Il représente la fédération congolaise (FECOFA) au sein de l’instance. Son témoignage est considéré comme crédible par plusieurs observateurs, d’autant qu’il a été cité à plusieurs reprises dans des rapports internes de la Fifa pour son indépendance d’esprit.
Le projet « FIFA Forward Enterprise » était une initiative lancée par Gianni Infantino en 2023 pour restructurer les financements du football mondial. L’objectif était de redistribuer une partie des revenus de la Coupe du Monde vers les fédérations les plus modestes, via des fonds dédiés. Le projet a finalement été rejeté en juin 2026 par une majorité des membres du comité exécutif, qui lui reprochaient son manque de transparence et son approche jugée trop centralisatrice.