La Ligue féminine de football professionnel (LFFP) a annoncé le 20 juillet que la Seconde Ligue, deuxième division du football féminin en France, ne comptera que 11 équipes lors de la saison 2026-2027 au lieu de 12 initialement prévues. Selon Franceinfo - Sport, cette réduction s’explique principalement par des raisons économiques, avec plusieurs clubs ayant choisi de ne pas maintenir ou de ne pas promouvoir leur équipe féminine au niveau professionnel. Parmi les décisions marquantes, celle du Stade de Reims, qui a décidé de ne plus engager d’équipe féminine en professionnel, et le refus de clubs comme Caen ou Rodez de profiter de promotions administratives.
Ce qu'il faut retenir
- La Seconde Ligue féminine passera de 12 à 11 équipes en 2026-2027, en raison de relégations administratives et de refus de promotion de la part de clubs.
- Le Stade de Reims a choisi de fermer sa section féminine professionnelle, tandis que Caen et Rodez ont refusé une promotion administrative en Seconde Ligue.
- Les clubs évoquent des contraintes financières, notamment le coût élevé des déplacements et des obligations liées au professionnalisme, comme raisons de leur décision.
- Le budget d’une équipe en Seconde Ligue peut atteindre 750 000 euros, contre 400 000 à 450 000 euros en troisième division.
- La LFFP tente d’accompagner les clubs via des aides financières, mais celles-ci restent insuffisantes pour couvrir les dépenses supplémentaires.
Une saison à 11 équipes : un signe des difficultés économiques
La Seconde Ligue féminine, qui reprendra le 6 septembre 2026, accueillera donc 11 équipes au lieu de 12, une première depuis plusieurs saisons. Ce changement s’explique en grande partie par la relégation administrative du Dijon FCO, exclu des compétitions nationales par la DNCG. Cette exclusion a permis au RC Lens, initialement relégué, de retrouver l’élite. Dans le même temps, le Stade de Reims, neuvième de Seconde Ligue la saison passée, a décidé de ne plus engager d’équipe féminine au niveau professionnel, privant le championnat d’un participant supplémentaire. Deux places étaient donc disponibles, mais seuls le RC Roubaix-Wervicq a accepté la promotion. Caen et Rodez, malgré les propositions de la Ligue, ont décliné l’offre, illustrant les réticences de certains clubs à s’engager dans la voie professionnelle.
Des refus motivés par des contraintes financières et organisationnelles
Le SM Caen, troisième de sa poule en troisième division (D3) la saison dernière, a justifié son refus par un manque de temps pour préparer une montée dans de bonnes conditions. « Cette accession, de nature administrative et non sportive, a été formulée à quelques jours seulement de la reprise, prévue en juillet pour les entraînements et en août pour la compétition officielle », a indiqué le club dans un communiqué publié le 13 juillet. Le club normand souligne que les exigences de la Seconde Ligue, comme la présence d’au moins huit joueuses sous contrat fédéral à mi-temps ou l’obligation d’un staff médical complet, représentent un saut qualitatif et financier important. Le Stade Rennais, lui, a préféré éviter de sacrifier sa section masculine, déjà bien structurée, pour financer une équipe féminine professionnelle.
Un budget qui explose entre la D3 et la Seconde Ligue
Pour le RC Roubaix-Wervicq, promu en Seconde Ligue, l’adaptation a déjà commencé. Le club a augmenté son budget de 300 000 euros, passant de 450 000 euros en D3 à 750 000 euros cette saison. « Le staff, l’année dernière, c’était trois personnes. Aujourd’hui, c’est sept ou huit », a expliqué Jean-Baptiste Gallen, le président du club, à Franceinfo - Sport. Parmi les nouveautés, l’équipe dispose désormais d’un kinésithérapeute et d’un médecin attitrés, alors que la saison dernière, ces postes étaient partagés avec l’équipe masculine. À titre de comparaison, l’US Saint-Malo avait également vu son budget tripler entre la D3 et la Seconde Ligue, passant de 400 000-450 000 euros à 750 000 euros.
Pour Rodez, le président Pierre-Olivier Murat a également pointé du doigt le coût des déplacements, multiplié par trois entre la D3 et la Seconde Ligue. « On se déplace partout en France, cela représente un coût pas possible. On ne pouvait le supporter que parce qu’on avait les garçons en Ligue 2 », a-t-il déclaré dans La Dépêche. Sans le soutien financier de la section masculine, le club n’aurait pas pu assumer une telle charge.
Un modèle économique encore fragile pour le football féminin
Selon l’économiste Luc Arrondel, interrogé par Franceinfo - Sport, « globalement, les sections féminines ne génèrent pas autant d’argent qu’elles ne dépensent ». Les revenus, principalement issus des sponsors, mécènes et subventions, ne suffisent pas à couvrir les dépenses, qui augmentent avec le professionnalisme. À Reims, la section féminine enregistre un déficit d’un million d’euros par an, comme l’a révélé Jean-Pierre Caillot, le président du club, lors d’une conférence de presse en juin. « Aujourd’hui, avoir une section féminine professionnelle, c’est du mécénat », a-t-il résumé. La LFFP tente d’apporter son soutien en augmentant les aides financières, passant de 80 000 à 120 000 euros par club, mais ces montants restent insuffisants pour combler l’écart.
« Pour certains clubs, le cahier des charges de la Seconde Ligue est sans doute trop onéreux vis-à-vis des retombées économiques qu’ils peuvent espérer. »
— Luc Arrondel, économiste, à Franceinfo - Sport
L’avenir des clubs : entre espoir et pragmatisme
Malgré ces difficultés, certains clubs misent sur une structuration progressive. Caen et Rodez n’ont pas fermé définitivement la porte au professionnalisme. Le club normand promet qu’une « promotion sportive viendra — mais elle sera le fruit du travail de structuration et de formation actuellement mené ». À Rodez, le président mise sur la jeunesse : « Dans deux ou trois ans, on aura une génération qui sera prête pour retourner en Seconde Ligue. » Une stratégie qui rappelle celle de l’US Saint-Malo, passée de la D3 à la D1 Arkema en quelques saisons grâce à une politique de formation ambitieuse.
Pour Paul-Hervé Douillard, directeur général de la LFFP, l’enjeu est de trouver un équilibre entre les exigences du professionnalisme et les réalités économiques des clubs. « C’est un axe de développement pour nous de pouvoir augmenter nos aides à destination de ces clubs-là pour accompagner la structuration », a-t-il déclaré. Il insiste aussi sur la nécessité pour les clubs de diversifier leurs sources de revenus, notamment via des partenariats locaux. « On a besoin de clubs qui s’engagent durablement et qui sont prêts à investir maintenant pour créer une économie dans les années à venir. »
En attendant, la question de l’attractivité de la Seconde Ligue se pose avec acuité. Entre des budgets en hausse et des revenus toujours limités, le football féminin professionnel en France continue de chercher son équilibre. Pour les clubs hésitants, la balance penche encore souvent du côté du pragmatisme.
En Seconde Ligue, les clubs doivent employer au moins huit joueuses sous contrat fédéral à mi-temps, disposer d’un staff médical complet (médecin et kinésithérapeute attitrés), et organiser des déplacements nationaux réguliers. Ces obligations entraînent une augmentation significative du budget, qui peut atteindre 750 000 euros, contre 400 000 à 450 000 euros en D3, où les joueuses sont souvent amateurs ou semi-professionnelles et où les déplacements sont moins fréquents.