La forêt domaniale de Fontainebleau, victime en juillet d’un incendie historique ayant ravagé 2 000 hectares, reste sous haute surveillance. L’ancien maire de la commune et élu Horizons de Seine-et-Marne, Frédéric Valletoux, a détaillé dans Franceinfo – Politique les défis posés par ce sinistre inédit en Île-de-France et les perspectives d’une vigilance prolongée.

Ce qu'il faut retenir

  • Les reprises de feu observées mercredi ont été maîtrisées dans la nuit de mercredi à jeudi, mais la surveillance du massif doit se poursuivre « pendant de longues semaines » en raison de la présence de tourbes propices aux « feux zombies ».
  • L’incendie, le premier d’une telle ampleur dans le nord de la Loire, a mobilisé jusqu’à 900 pompiers et quatre Canadair en moins de 24 heures.
  • Frédéric Valletoux rejette toute idée d’impréparation, soulignant des exercices préalables avec les avions et une interdiction de fréquentation du massif dès les premières alertes caniculaires.
  • Une enquête judiciaire est en cours pour déterminer l’origine exacte du départ de feu, notamment un possible lien avec une entreprise intervenant près de l’autoroute A6.
  • L’élu plaide pour une adaptation des règles de sécurité aux épisodes de canicule croissants, évoquant la possibilité de fermetures partielles ou totales du massif en cas de risque extrême.

Un incendie inédit en Île-de-Marne

Le feu qui a frappé la forêt de Fontainebleau entre fin juin et début juillet a marqué un tournant dans la gestion des risques incendie en région parisienne. Avec 2 000 hectares brûlés, soit près de 10 % du massif, cet événement constitue une première depuis des décennies. « C’était du jamais vu en Île-de-France, au nord de la Loire », a rappelé Frédéric Valletoux lors de son passage dans La Matinale de Franceinfo le 31 juillet. Autant dire que les moyens déployés pour le combattre ont été à la hauteur de l’ampleur du sinistre : jusqu’à 850 à 900 pompiers ont été mobilisés en moins de 24 heures, épaulés par quatre Canadair.

La rapidité de la réaction a permis de limiter les reprises de feu observées dès mercredi 29 juillet. « Les foyers qui s’étaient réveillés mercredi après-midi et mercredi soir ont été maîtrisés dans la nuit », a précisé l’élu. Mais la menace n’est pas totalement écartée. La forêt de Fontainebleau, riche en tourbe, est en effet propice aux « feux zombies » : des braises enfouies peuvent couver pendant des semaines avant de se raviver, nécessitant une surveillance accrue.

Des « feux zombies » et une surveillance à long terme

C’est précisément cette particularité écologique qui impose une vigilance prolongée. « Il va falloir surveiller le massif pendant plusieurs semaines », a expliqué Frédéric Valletoux. La tourbe, accumulation de végétation en décomposition, agit comme un réservoir de chaleur souterrain. Les pompiers de Seine-et-Marne, soutenus par d’autres corps de métier, doivent donc redoubler d’efforts pour détecter toute reprise, même minime. « On connaît les feux à Fontainebleau, mais ils touchaient généralement 4, 5 ou 10 hectares maximum. Là, on est sur un incendie d’un niveau jamais vu », a-t-il souligné.

Cette situation a mis en lumière l’importance de l’anticipation. Dès les premières alertes caniculaires de début juillet, les autorités locales, en concertation avec la préfecture, l’Office national des forêts (ONF) et d’autres partenaires, avaient interdit l’accès au massif. « La forêt était déjà fermée à la fréquentation, ce qui montre que le réchauffement climatique était pris au sérieux », a-t-il ajouté. Pourtant, malgré ces mesures, le feu s’est déclaré, rappelant la nécessité d’adapter en permanence les dispositifs de prévention.

Pas d’impréparation, selon l’élu, malgré les critiques

L’incendie a ravivé les débats sur la préparation de l’État face aux risques naturels. Certains élus ont pointé du doigt un manque de moyens ou une insuffisance des ressources allouées à la sécurité civile. Frédéric Valletoux a balayé ces accusations d’un revers de main. « On voit bien qu’il n’y avait pas d’impréparation », a-t-il lancé. Il a rappelé que les exercices avec les Canadair, réalisés il y a trois ou quatre ans, avaient permis d’identifier les zones sécurisées pour l’écopage d’eau, évitant ainsi tout risque pour les riverains.

L’ancien ministre de la Santé a également mis en avant la mobilisation rapide des forces de l’ordre et des secours. « Des feux qui ont démarré un dimanche après-midi ont amené à la mobilisation immédiate de moyens aériens et terrestres massifs », a-t-il affirmé. Pour lui, ces critiques relèvent davantage d’une « polémique politicienne » que d’un constat objectif. « Dans ces moments-là, certains s’engouffrent dans les controverses pour en tirer profit », a-t-il commenté.

L’enquête judiciaire en cours et la question des responsabilités

Parallèlement à la gestion de la crise, une enquête judiciaire est ouverte pour déterminer les causes exactes du départ de feu. Plusieurs pistes sont évoquées, dont l’intervention d’une entreprise le long de l’autoroute A6. « La justice est saisie et tranchera », a tempéré Frédéric Valletoux. Il a cependant reconnu que les épisodes de canicule extrême, de plus en plus fréquents, devaient inciter les entreprises et les collectivités à adapter leurs activités.

Interrogé sur la possibilité d’instaurer des mesures de chômage partiel ou de suspension des activités professionnelles lors des pics de chaleur, l’élu s’est montré favorable. « Il faut adapter nos règles à un réchauffement climatique dont on sait qu’il va provoquer des canicules de plus en plus marquées », a-t-il déclaré. Pour la forêt de Fontainebleau, cela pourrait signifier des fermetures partielles ou totales en cas de risque avéré. « On le fera si nécessaire », a-t-il assuré, rappelant que cette mesure avait déjà été appliquée avant l’incendie.

Et maintenant ?

La surveillance du massif de Fontainebleau devrait se poursuivre au moins jusqu’à la fin du mois d’août, voire au-delà selon l’évolution des conditions météorologiques. Les pompiers de Seine-et-Marne, soutenus par les équipes de l’ONF et les moyens aériens disponibles, resteront mobilisés pour détecter toute reprise de feu. Par ailleurs, les conclusions de l’enquête judiciaire sur l’origine du sinistre pourraient, d’ici quelques semaines, apporter des éléments concrets sur les responsabilités engagées. Enfin, les débats sur l’adaptation des règles de sécurité aux épisodes caniculaires devraient s’intensifier, avec une possible révision des protocoles locaux.

Frédéric Valletoux a conclu en insistant sur l’importance de la coordination entre les acteurs locaux, l’État et les experts. « Ce qui compte, c’est d’apprendre de cet événement pour mieux préparer l’avenir », a-t-il résumé. Une certitude : la forêt de Fontainebleau, symbole d’un patrimoine naturel exceptionnel, devra désormais composer avec une nouvelle donne climatique.

Un « feu zombie » désigne un incendie qui couve sous terre, notamment dans les sols riches en tourbe, et peut se raviver des semaines après l’extinction apparente du foyer principal. Ces reprises sont difficiles à détecter et nécessitent une surveillance prolongée.

Les Canadair restent disponibles pour une intervention rapide en cas de reprise de feu ou d’un nouveau départ. Leur déploiement dépendra des conditions météorologiques et de l’évaluation des risques par les autorités locales. Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour l’instant.