Alors que Budapest et Paris affichent leur volonté de relancer leur coopération bilatérale, la visite officielle du Premier ministre hongrois Péter Magyar à Paris, les 3 et 4 juin 2026, a permis de sceller plusieurs engagements communs. Selon Euronews FR, cette rencontre avec le président Emmanuel Macron s’inscrit dans le cadre d’un renforcement des relations franco-hongroises, marqué par des annonces sur la lutte contre la corruption, l’investissement français en Hongrie et la coordination au sein de l’Union européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • La Hongrie s’engage à éradiquer la corruption, un dossier salué par Paris pour son impact sur les investissements français dans le pays.
  • Les entreprises françaises emploient actuellement 45 000 Hongrois, un chiffre qui pourrait progresser avec un climat des affaires plus transparent.
  • Péter Magyar a invité Emmanuel Macron aux commémorations du 70e anniversaire de la révolution de 1956, prévu en octobre 2026.
  • Les deux pays ont évoqué la relance de la coopération dans les domaines de la défense, du nucléaire et de l’agriculture, ainsi qu’un soutien renforcé à l’Ukraine.
  • Budapest a annoncé son intention de rejoindre le Parquet européen et a obtenu le déblocage partiel de 16,4 milliards d’euros de fonds européens gelés.

Une visite diplomatique en quatre étapes européennes

Avant sa rencontre avec Emmanuel Macron, Péter Magyar a souligné que Paris constituait la quatrième étape de sa tournée officielle en Europe, après la Pologne, l’Autriche et l’Allemagne. Cette séquence diplomatique illustre la volonté de Budapest de renforcer ses liens avec les capitales occidentales, dans un contexte marqué par les tensions persistantes avec Bruxelles sur l’État de droit. « Cette visite est l’occasion de concrétiser des projets communs et de rappeler notre attachement aux valeurs européennes », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.

Le Premier ministre hongrois a par ailleurs rappelé l’importance des relations économiques franco-hongroises, rappelant que les entreprises françaises emploient déjà 45 000 salariés dans le pays. « Nos compatriotes hongrois, nos entreprises, sont prêts à renforcer à nouveau les liens avec la France », a-t-il déclaré, évoquant des opportunités accrues dans un environnement plus stable et transparent.

Lutte contre la corruption et attractivité économique : deux piliers du nouveau partenariat

Au cœur des discussions entre Péter Magyar et Emmanuel Macron figurait la question de la corruption, que le gouvernement hongrois a placé au sommet de ses priorités. « Le nouveau gouvernement Tisza va éradiquer la corruption, ce qui sera bénéfique non seulement pour les Hongrois, mais aussi pour les investisseurs français », a affirmé le Premier ministre hongrois. Cette annonce a été accueillie favorablement à Paris, où l’on voit dans cette démarche un moyen de lever les obstacles bureaucratiques qui freinent les échanges commerciaux.

« Avec l’élection du nouveau gouvernement, une nouvelle ère s’est ouverte », a réagi Emmanuel Macron, saluant une dynamique qui pourrait permettre à la Hongrie de redevenir un « partenaire constructif » au sein de l’UE. Le président français a également mis en avant l’accord de principe conclu la semaine précédente entre la Commission européenne et Budapest, portant sur le déblocage d’une partie des 16,4 milliards d’euros de fonds européens jusqu’alors gelés. Une décision qualifiée de « gagnant-gagnant » par les deux parties, tant pour la Hongrie que pour l’Union.

Relance de la coopération stratégique : défense, nucléaire et agriculture en tête de liste

Les discussions entre les deux dirigeants ont porté sur plusieurs secteurs clés, à commencer par la défense. Emmanuel Macron a plaidé pour une intensification des échanges dans ce domaine, évoquant la nécessité d’une « souveraineté européenne renforcée ». La Hongrie, membre de l’OTAN, pourrait jouer un rôle accru dans cette dynamique, notamment en matière de cybersécurité et de logistique militaire.

Le nucléaire civil a également été au centre des échanges, avec la perspective d’un renforcement de la coopération entre les industries des deux pays. Enfin, l’agriculture a été identifiée comme un domaine où les complémentarités entre la France et la Hongrie pourraient être exploitées, notamment dans le cadre de la politique agricole commune (PAC). « Nous avons des intérêts communs nombreux, et les négociations sur le budget pluriannuel de l’UE, qui doivent débuter dans les prochains jours, en témoignent », a souligné Péter Magyar.

La Hongrie et le groupe de Visegrad : une coopération régionale à réinventer

Péter Magyar a rappelé sa volonté de donner un nouvel élan à la coopération au sein du groupe de Visegrad, qui regroupe la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. Une réunion des Premiers ministres de ces quatre pays est d’ailleurs prévue le 23 juin 2026 à Budapest. « Nous serions très heureux que les pays du V4 puissent travailler de concert avec la France, parfois avec l’Allemagne, tenir des réunions conjointes de gouvernement et fixer ensemble des objectifs », a-t-il indiqué.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réaffirmer le rôle du groupe de Visegrad au sein de l’UE, notamment sur les questions migratoires, la politique énergétique et la défense des intérêts des États membres de l’Est. Pour la Hongrie, cette coopération régionale est aussi un moyen de peser davantage dans les négociations européennes, en s’appuyant sur des positions communes avec ses partenaires.

Soutien à l’Ukraine et engagement européen : deux sujets sensibles

Emmanuel Macron a profité de cette rencontre pour rappeler l’importance du soutien à l’Ukraine, un dossier sur lequel Budapest et Paris ont parfois eu des divergences par le passé. « L’espoir est que la Hongrie redeviendra un partenaire constructif au sein de l’UE, par exemple pour ce qui est du soutien à l’Ukraine », a-t-il déclaré. Péter Magyar n’a pas détaillé de mesures concrètes sur ce point, mais son gouvernement a déjà montré des signes d’ouverture, comme l’adhésion au Parquet européen, une étape saluée par Paris.

Le président français a par ailleurs salué la décision de la Hongrie de rejoindre le Parquet européen, une institution judiciaire indépendante chargée de lutter contre la criminalité financière au niveau européen. « Ce sont des décisions qui servent les intérêts de la Hongrie et de l’UE », a-t-il estimé, soulignant que ces choix reflètent « l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne ».

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour la concrétisation des engagements pris lors de cette visite. D’ici la fin du mois de juin, les négociations sur le budget pluriannuel de l’UE doivent débuter, un dossier dans lequel la France et la Hongrie ont des positions à concilier. Par ailleurs, la réunion du groupe de Visegrad le 23 juin pourrait permettre d’avancer sur des projets communs, notamment en matière d’énergie et de défense. Reste à voir si les annonces sur la lutte contre la corruption se traduiront par des actes concrets, un point qui sera scruté de près par les investisseurs français et les institutions européennes.

Enfin, l’invitation d’Emmanuel Macron aux commémorations du 70e anniversaire de la révolution de 1956, prévue en octobre 2026, pourrait marquer un nouveau chapitre dans les relations franco-hongroises. Une occasion pour les deux pays de célébrer leur histoire commune tout en réaffirmant leur engagement en faveur d’une Europe unie et souveraine.

Avant cette visite, les relations économiques entre la France et la Hongrie étaient notamment freinées par des incertitudes liées à la gouvernance et à l’État de droit en Hongrie. Bruxelles avait gelé une partie des fonds européens en raison de préoccupations concernant la corruption et l’indépendance de la justice. Ces blocages ont été partiellement levés avec l’accord conclu la semaine précédant la rencontre, permettant un déblocage de 16,4 milliards d’euros.