Selon BFM Business, la France accélère la structuration de sa filière industrielle dédiée aux drones militaires en s’appuyant sur des partenariats entre groupes automobiles et entreprises de la défense. Objectif : produire jusqu’à 60 000 drones par an d’ici 2027, alors que le conflit en Ukraine a démontré l’importance cruciale de ces engins dans les conflits modernes.
Ce qu'il faut retenir
- La France mise sur six partenariats industriels entre constructeurs automobiles et dronistes depuis le début de l’année 2026, un rythme inédit dans ce secteur.
- L’objectif affiché est de produire 60 000 drones par an d’ici 2027, avec des projets concrets comme celui de Renault et Thales pour la munition téléopérée « Toutatis ».
- L’Ukraine, de son côté, vise une production de 10 millions de drones en 2026, illustrant l’ampleur des besoins sur le front.
- Le gouvernement français a alloué 150 millions d’euros en décembre 2025 pour créer une filière dédiée, mais des experts soulignent encore un retard par rapport à l’Allemagne.
Une course industrielle accélérée par la guerre en Ukraine
Un an après les premières annonces du gouvernement, la France a vu émerger au moins six partenariats entre l’industrie automobile et celle de la défense depuis le début de l’année 2026. Ces alliances visent à appliquer les méthodes de production de masse et de réduction des coûts du secteur automobile à la fabrication de drones militaires. Christophe Périllat, directeur général de Valeo, a résumé l’enjeu lors d’une conférence de presse fin juillet : « Pourquoi maintenant ? Parce que le besoin, c’est maintenant. Les drones, c’est maintenant. »
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par l’utilisation massive de drones dans le conflit ukrainien depuis 2022. Selon une note de la commission de la défense du Sénat publiée en juillet 2026, 15 000 drones sont utilisés chaque jour sur le front ukrainien. Ces engins, souvent pilotés à distance, ont transformé les champs de bataille en « zones de mort » où tout mouvement peut être détecté et ciblé.
Des projets concrets et des objectifs ambitieux
Parmi les initiatives les plus avancées, Renault s’est associé à Thales pour industrialiser la production du drone kamikaze « Toutatis », avec un objectif de 1 000 unités par mois à partir de 2027. François Provost, directeur général de Renault, a expliqué en juin 2026 que la conception du drone était revue pour réduire le nombre de composants et faciliter sa production en série grâce à l’injection plastique, une méthode moins coûteuse que l’impression 3D actuelle.
De son côté, Forvia a annoncé un partenariat avec une entreprise européenne spécialisée dans les systèmes anti-drones, avec pour ambition de produire 1 000 drones intercepteurs par mois. Valeo, équipementier automobile, a également révélé un accord avec la PME de défense Harmattan AI pour fabriquer des moteurs électriques dédiés aux drones. Enfin, Delair, fabricant français de drones, collabore avec l’équipementier allemand Schaeffler pour mettre en place une chaîne de production capable de sortir 100 drones par jour dès novembre 2026.
Si ces projets se concrétisent, la production cumulée pourrait atteindre 60 000 drones par an. Une capacité encore insuffisante pour couvrir les besoins potentiels d’un conflit majeur, comme en témoigne l’annonce de Volodimir Zelensky en juillet 2026 : l’Ukraine prévoit de fabriquer 10 millions de drones en 2026. « Ce n’est pas pareil de produire un drone dans une start-up de la défense, et de faire un qui est reproductible en très grande quantité pour utiliser les robots des chaînes de production », a souligné Patrick Pailloux, délégué général pour l’armement, lors d’une intervention en juillet 2026.
La souveraineté industrielle au cœur des enjeux
Le gouvernement français, conscient des limites actuelles, a présenté en décembre 2025 une stratégie visant à créer une filière industrielle dédiée aux drones. Un investissement de 150 millions d’euros a été annoncé pour 2026, avec pour objectif de « passer à l’échelle » sur la production de ces engins. Pourtant, des acteurs du secteur, comme Antoine Level, président de l’Association du drone de l’industrie française (ADIF), pointent un retard par rapport à l’Allemagne en matière de financement des drones à courte portée. « Il n’y a pas assez de commandes encore pour vraiment stimuler l’industrie », a-t-il regretté.
La question de la souveraineté industrielle est centrale. Christophe Périllat a rappelé que la France était sollicitée pour répondre à une demande pressante : « On nous demande de la souveraineté. » Patrick Pailloux a ajouté que la France devait disposer d’une capacité de production suffisante pour s’entraîner et faire face à un éventuel « choc », tout en évitant l’accumulation de stocks obsolètes. Catherine Vautrin, ministre des Armées, a insisté sur ce point en juin 2026 au Sénat : « Nous devons être d’autant plus prudents que, si nous accumulons des stocks importants de drones, nous risquons de nous retrouver avec de nombreux appareils obsolètes. »
Des défis technologiques et logistiques à relever
Au-delà des volumes, la France doit aussi composer avec l’évolution rapide des technologies. Patrice Caine, directeur général de Thales, a rappelé que les drones étaient « des objets qui évoluent rapidement ». La Direction générale de l’armement (DGA) travaille déjà avec des sous-traitants du secteur automobile pour concevoir des drones reproductibles en grandes quantités, une tâche complexe qui nécessite de repenser les méthodes de production traditionnelles.
Par ailleurs, la logistique et la maintenance des drones posent question. Un drone kamikaze comme « Toutatis » nécessite des mises à jour régulières pour rester efficace, ce qui implique une production flexible et réactive. François Provost a souligné que la révision du design de « Toutatis » devait permettre une production plus rapide et moins coûteuse, mais l’industrialisation à grande échelle reste un défi.
La course aux drones militaires s’inscrit dans une dynamique plus large de réarmement industriel en Europe, où chaque État tente de sécuriser ses approvisionnements stratégiques. Pour la France, l’enjeu n’est pas seulement de produire plus, mais aussi de produire mieux, avec des technologies adaptées aux besoins d’un conflit de haute intensité.
Ces partenariats permettent d’appliquer les méthodes de production de masse, de réduction des coûts et d’automatisation du secteur automobile à la fabrication de drones militaires. Comme l’a expliqué Patrick Pailloux, délégué général pour l’armement, « ce n’est pas pareil de produire un drone dans une start-up de la défense, et de faire un qui est reproductible en très grande quantité pour utiliser les robots des chaînes de production ».