BFM Business révèle que France Travail expérimente une méthode originale pour favoriser l’embauche : organiser des job datings sur des terrains de sport. Entre matchs improvisés et échanges informels, l’objectif est double : valoriser les soft skills des candidats et renforcer l’inclusion par le sport.

Ce qu'il faut retenir

  • 360° sport et emploi : France Travail veut développer l’emploi dans le sport, l’intégration par le sport en entreprise et son rôle comme levier d’insertion professionnelle.
  • 260 000 salariés dans le secteur sportif en France, soit une hausse de 44 % en 15 ans.
  • 850 opérations « Du stade vers l’emploi » prévues en 2026, contre 580 en 2025.
  • 60 % de recrutements après les sessions sportives et job datings organisés par France Travail.
  • 100 000 personnes ciblées en 2026 pour bénéficier de ces dispositifs.
  • Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et rugbyman amateur, participe à ces initiatives pour en souligner l’utilité.

France Travail veut donner une nouvelle dimension à l’insertion professionnelle en s’appuyant sur le sport. Selon Thibaut Guilluy, son directeur général, l’enjeu est de « travailler sur le sport à 360° : l’emploi dans le sport, le développement du sport en entreprise et la mobilisation du sport comme levier d’insertion et d’accès à l’emploi ». Le secteur du sport emploie désormais plus de 260 000 personnes en France, un chiffre en hausse de 44 % en quinze ans, ce qui en fait un terrain propice à l’innovation sociale.

Les clubs sportifs, souvent perçus comme de simples lieux de pratique, jouent aussi un rôle clé dans l’intégration des personnes éloignées de l’emploi. « Ils constituent des lieux de lien social permettant de remobiliser des personnes très éloignées de l’emploi », explique Thibaut Guilluy. Pour structurer cette dynamique, France Travail a lancé un partenariat avec le Tour de France afin de reconnaître et soutenir l’impact des clubs sur l’insertion, tout en développant des collaborations concrètes.

Des job datings où le sport précède le recrutement

Inspirée de dispositifs existants, l’opération « Du stade vers l’emploi » mise sur un format hybride : une matinée sportive, suivie l’après-midi d’un job dating informel. L’idée ? Créer du lien avant de parler contrat. « Le sport permet de créer le lien dans un premier temps, comme personne ne connaît personne. Ensuite, on voit au moment du recrutement », témoigne Elva, candidate en recherche d’un poste en comptabilité, à la sortie d’un terrain de rugby à Clamart (Hauts-de-Seine).

Le principe est simple : les recruteurs et les candidats se retrouvent sur un terrain, en short pour les premiers, pour des échanges sportifs. Une fois la sueur et la cohésion d’équipe installées, la session se poursuit dans les gradins, où s’enchaînent les entretiens informels. Résultat : selon France Travail, 60 % des participants repartent avec un emploi. Un taux de réussite qui s’explique par la nature même de l’exercice. « Les compétences, ça s’acquiert. Je préfère quelqu’un qui n’a pas de compétence, mais qui a la bonne personnalité, la bonne dynamique, l’envie de faire », confie Mickaël Le Cardinal, superviseur de trois magasins Intermarché dans les Hauts-de-Seine et recruteur lors de ces sessions.

Pour les employeurs en tension de recrutement, cette méthode offre une alternative aux méthodes traditionnelles. « Ça permet de ressortir des qualités et des traits de personnalité qu’on ne peut pas forcément voir au travers d’un entretien », souligne Mickaël Le Cardinal. Une approche qui séduit aussi les candidats, comme Elva, pour qui « le sport brise la glace et rend les échanges plus naturels ».

Un dispositif qui s’étend et se professionnalise

En 2025, 580 opérations de ce type ont été organisées. En 2026, France Travail vise 850 sessions, avec pour objectif d’atteindre 100 000 bénéficiaires. Cette montée en puissance s’accompagne d’un effort de structuration avec les clubs sportifs, reconnus pour leur rôle social. « On veut que les clubs soient reconnus pour leur impact sur l’insertion et l’emploi par le sport, mais aussi qu’ils soient soutenus et que l’on puisse développer des collaborations », précise Thibaut Guilluy.

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, rugbyman amateur, incarne cette volonté politique. « Il faut que les employeurs comprennent qu’il faut prendre un salarié qui a des qualités personnelles, qui a envie d’entrer dans leur entreprise », a-t-il déclaré à l’issue d’une séance à Clamart. Sa présence souligne l’engagement des pouvoirs publics pour promouvoir cette approche, alors que le marché du travail reste tendu dans certains secteurs.

Le sport, un levier méconnu de l’inclusion professionnelle

Si les dispositifs comme « Du stade vers l’emploi » restent marginaux, ils s’inscrivent dans une tendance plus large : l’utilisation du sport comme outil d’insertion. En France, de nombreuses initiatives locales ou associatives misent sur le sport pour remotiver des publics éloignés de l’emploi, comme les jeunes des quartiers prioritaires ou les personnes en situation de handicap. Les clubs, par leur ancrage territorial et leur réseau, offrent un cadre idéal pour ces actions.

Pour France Travail, l’enjeu est aussi de changer le regard des entreprises sur les candidats. « On ne recrute pas seulement sur un CV, mais sur des compétences humaines et une capacité à s’intégrer dans une équipe », explique un responsable de l’organisme. Une philosophie qui pourrait inspirer d’autres acteurs du marché du travail, alors que la pénurie de main-d’œuvre persiste dans certains secteurs.

Et maintenant ?

France Travail prévoit d’élargir le périmètre de ces opérations, en ciblant davantage de secteurs professionnels et en impliquant un nombre croissant de clubs sportifs. L’organisme mise sur un déploiement progressif, avec un suivi renforcé des bénéficiaires pour évaluer l’impact à long terme. D’ici la fin de l’année 2026, une première évaluation des résultats devrait être publiée, afin d’ajuster la stratégie si nécessaire. Pour les candidats comme pour les recruteurs, l’enjeu sera de pérenniser cette dynamique, alors que les tensions sur le marché du travail pourraient s’accentuer.

En élargissant le rôle du sport dans l’insertion professionnelle, France Travail ne se contente pas de proposer une alternative aux méthodes traditionnelles de recrutement. Elle ouvre aussi une réflexion plus large sur la place des soft skills dans le monde du travail, et sur la capacité des entreprises à diversifier leurs critères de sélection. Une piste à suivre, alors que les attentes des salariés et des employeurs évoluent rapidement.

Les contrats proposés lors de ces sessions peuvent être de différents types : CDD, CDI, stages ou alternance. France Travail ne précise pas de répartition exacte, mais indique que 60 % des participants repartent avec une offre d’emploi. Les secteurs concernés sont variés, allant de la comptabilité à la logistique, en passant par le commerce.

Oui, les opérations « Du stade vers l’emploi » sont ouvertes à tous les publics, y compris les personnes en situation de handicap ou celles très éloignées de l’emploi. France Travail met en avant leur rôle dans la remobilisation des candidats. Cependant, certaines sessions peuvent être adaptées en fonction des besoins spécifiques des participants.