Condamné en première instance pour apologie publique d’actes de terrorisme, puis relaxé, l’islamologue François Burgat, 78 ans, a finalement été sanctionné en appel le 27 mai 2026 par la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Cette décision, qui intervient dans un dossier symbolique, oppose défense, accusation et parties civiles autour des notions de liberté d’expression et de soutien à des organisations classées comme terroristes. Selon Le Figaro, l’affaire n’est d’ailleurs pas encore close, la défense ayant formé un pourvoi en cassation.
Ce qu'il faut retenir
- François Burgat, ancien directeur de l’Institut français du Proche-Orient, a été condamné en appel le 27 mai 2026 pour des propos tenus ou repostés sur X (ex-Twitter) en 2024.
- Il était poursuivi pour avoir relayé un communiqué du Hamas saluant « l’opération bénie Déluge al-Aqsa » et dénonçant une « tentative sioniste » après les attaques du 7 octobre 2023.
- En première instance, il avait été relaxé le 24 avril 2025, avant que la cour d’appel ne revienne sur cette décision.
- L’universitaire, qui avait déclaré avoir « infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël », doit désormais payer une amende et indemniser les parties civiles.
- La défense a annoncé un pourvoi en cassation, prolongeant ainsi une affaire judiciaire et médiatique.
Une affaire née de propos tenus sur les réseaux sociaux
Les poursuites contre François Burgat s’appuient sur une série de messages publiés ou partagés sur son compte X entre 2023 et 2024. Parmi eux, un communiqué du Hamas daté du 7 octobre 2023, jour des attaques perpétrées en Israël, dans lequel le mouvement armé saluait une « opération bénie » et dénonçait une enquête du New York Times sur les violences sexuelles commises ce jour-là. Burgat avait relayé ce texte, accompagnant parfois ses publications de commentaires à tonalité critique envers Israël.
L’accusation d’apologie du terrorisme repose sur l’idée que ces actes de partage et de commentaire constituent une forme de soutien à une organisation considérée comme terroriste par la législation française. Pour ses défenseurs, en revanche, il s’agit d’exercer son droit à la liberté d’expression, y compris pour critiquer des institutions ou des médias, fussent-ils israéliens.
Un procès en appel qui cristallise les débats sur la liberté d’expression
La décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence prend une dimension particulière dans le contexte géopolitique actuel. Les débats judiciaires ont opposé deux visions radicalement différentes : celle d’un chercheur qui estime que son travail intellectuel inclut l’analyse des discours de tous les acteurs, y compris ceux du Hamas, et celle des parties civiles qui y voient une légitimation indirecte du terrorisme. Plusieurs associations et familles de victimes s’étaient portées parties civiles, exigeant réparation pour ce qu’elles considèrent comme une forme de complicité morale.
Lors de l’audience, François Burgat a maintenu sa ligne de défense. Il a affirmé à plusieurs reprises avoir « infiniment plus de respect pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël », une déclaration qui a marqué les esprits et alimenté la polémique. Pour lui, cette formule s’inscrit dans une démarche de comparaison des responsabilités dans le conflit israélo-palestinien, et non dans un soutien actif au Hamas.
Une condamnation symbolique, mais aux conséquences concrètes
La cour d’appel a finalement retenu la qualification d’apologie du terrorisme, estimant que les propos de Burgat, par leur répétition et leur contexte, pouvaient être interprétés comme une forme de soutien à une organisation classée comme terroriste par la France. L’universitaire a été condamné à une amende — dont le montant n’a pas été précisé dans l’arrêt rendu public — ainsi qu’au versement de dommages et intérêts aux parties civiles. Ces dernières pourraient percevoir des sommes dont l’ordre de grandeur reste à déterminer, en fonction des éléments produits lors du procès.
Cette condamnation intervient alors que plusieurs autres affaires liées à l’expression publique de positions sur le conflit israélo-palestinien font l’objet de poursuites en France. Ces procédures soulèvent régulièrement des questions sur les limites de la liberté d’expression, notamment lorsqu’il s’agit de commenter des événements géopolitiques complexes ou de relayer des communiqués émanant de groupes armés.
Cette affaire rappelle que les débats sur la liberté d’expression, surtout lorsqu’ils touchent à des sujets aussi sensibles que le conflit israélo-palestinien, sont loin d’être clos. Les prochaines étapes judiciaires, ainsi que les réactions politiques et associatives, pourraient à nouveau mettre en lumière cette question épineuse.
La défense a formé un pourvoi en cassation après la condamnation en appel du 27 mai 2026. La Cour de cassation devra examiner le dossier, une procédure qui pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire plus d’un an avant un arrêt définitif.