« Jacques Chirac pensait que j’étais homosexuel. Il expliquait ça à tous ses interlocuteurs. » Cette confidence, livrée avec une pointe d’ironie par l’ancien Premier ministre François Fillon, intervient dans le cadre d’un entretien fleuve accordé au média Legend, où il revient sur les épisodes marquants de sa carrière politique. Selon nos confrères du Figaro, l’ex-candidat à l’élection présidentielle de 2017 s’est ainsi livré à une introspection sans concession, abordant sans fard les scandales et rumeurs qui l’ont accompagné tout au long de son parcours.

À quelques jours du dixième anniversaire de sa défaite surprise face à Emmanuel Macron, François Fillon a profité de cet entretien pour « solder des comptes », comme il l’a lui-même formulé. Parmi les révélations les plus surprenantes figure celle concernant les propos tenus par Jacques Chirac à son égard. « Moi, il n’a jamais évoqué le sujet. Mais il en parlait souvent avec Philippe Seguin, qui était mon mentor », a-t-il expliqué, ajoutant avec une pointe de sarcasme : « Philippe Seguin lui disait : “Je ne crois pas du tout, et d’ailleurs il a cinq enfants.” Et Chirac répondait : “Ça, ça ne veut rien dire.” » François Fillon a alors souligné le caractère parfois superficiel des jugements portés par l’ancien président sur ses contemporains.

Ce qu'il faut retenir

  • François Fillon affirme que Jacques Chirac le croyait homosexuel, une rumeur qu’il présente comme anecdotique.
  • L’ancien Premier ministre évoque ses relations avec Philippe Seguin, son mentor, pour contester cette idée.
  • Il revient sur les scandales ayant marqué sa carrière, comme l’affaire des emplois fictifs ou celle des costumes.
  • François Fillon assume ses erreurs, tout en critiquant ceux qui l’ont « accablé » lors de ces affaires.
  • Il pointe du doigt les « lâches » et ceux qui, selon lui, ont profité de la situation pour le discréditer.
  • L’ancien homme politique regrette que son échec ait indirectement favorisé l’élection d’Emmanuel Macron en 2017.

Une rumeur anecdotique, selon Fillon

François Fillon n’a pas manqué de commenter la rumeur selon laquelle Jacques Chirac le pensait homosexuel, une allégation qu’il qualifie d’« anecdotique ». Pour lui, cette affaire illustre surtout les préjugés de l’ancien président, dont les avis sur les gens étaient parfois « tranchés » et « superficiels ». « Chirac avait des avis assez tranchés sur les gens en fonction de leur apparence », a-t-il souligné, avant de rappeler que Philippe Seguin, son mentor, avait toujours démenti cette rumeur auprès de Chirac. Cette révélation s’inscrit dans un entretien où l’ex-Premier ministre a abordé sans détour les rumeurs et les attaques qui ont jalonné sa carrière politique.

L’ancien locataire de Matignon n’a pas hésité à critiquer ceux qu’il considère comme les responsables de sa chute. « Les gens auxquels j’en veux le plus, ce sont tous les gens lâches, ceux qui se sont tus ou m’ont accablé alors qu’ils étaient au courant des situations, ou étaient dans des situations identiques à la mienne », a-t-il lancé, visant notamment ceux qui, selon lui, n’ont pas soutenu Marine Le Pen dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son parti.

Les affaires qui ont marqué sa carrière

François Fillon a profité de cet entretien pour revenir longuement sur les affaires qui ont émaillé sa carrière politique, à commencer par l’affaire des emplois fictifs de son épouse. Condamné définitivement en appel à quatre ans de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité dans cette affaire, il a une nouvelle fois clamé son innocence. « Il n’y a pas eu d’emploi fictif », a-t-il affirmé, précisant que son épouse, Penelope Fillon, avait joué un rôle « fondamental » dans son travail parlementaire. Il a rappelé que cette pratique était courante dans les années 1980, évoquant le fait que « plus de la moitié des parlementaires avaient leur conjoint comme collaborateur » à l’époque.

Parmi les autres affaires qui ont marqué sa campagne présidentielle de 2017, François Fillon a évoqué l’affaire des costumes, reconnaissant une « faute » et un manquement moral inacceptable. Ces scandales, combinés à d’autres rumeurs, ont selon lui contribué à sa défaite et, in fine, à l’élection d’Emmanuel Macron. « Mon premier regret, c’est d’avoir fait perdre du temps à la France, car l’élection d’Emmanuel Macron a aggravé la situation de crise », a-t-il regretté, tout en reconnaissant s’être « trompé » sur le personnage du président actuel.

Une critique acerbe d’Emmanuel Macron et de la « pente de décadence » française

François Fillon n’a pas épargné Emmanuel Macron dans cet entretien, le tenant pour responsable de ce qu’il qualifie de « crise » en France. « Emmanuel Macron a beaucoup abîmé le pays », a-t-il asséné, ajoutant que la colère des Français « monte comme une marmite » et pourrait déboucher sur une alternative « révolutionnaire » face à la « pente de décadence » dans laquelle il estime que la France s’est engagée. Cette critique s’inscrit dans un contexte où les tensions politiques restent vives, près de dix ans après sa propre campagne présidentielle.

L’ancien Premier ministre a également abordé ses relations avec Vladimir Poutine, affirmant n’avoir jamais cherché à entretenir de lien personnel avec le dirigeant russe. Il a cependant défendu une ligne de négociation avec Moscou, reflétant ainsi une position plus nuancée que celle adoptée par certains de ses contemporains.

Et maintenant ?

Dix ans après sa défaite, François Fillon reste une figure influente au sein de la droite française, même s’il a pris ses distances avec la vie politique active. Ses prises de position continuent de susciter des réactions, notamment au sein du camp présidentiel, où ses critiques envers Emmanuel Macron ne passent pas inaperçues. La prochaine échéance électorale majeure, les élections européennes de 2027, pourrait offrir une nouvelle tribune à l’ancien Premier ministre, même s’il n’a pas évoqué de projet de candidature dans cet entretien.

François Fillon a conclu cet entretien en réaffirmant son innocence dans les affaires qui l’ont touché, tout en critiquant ceux qui, selon lui, ont profité de la situation pour le discréditer. Ses déclarations, aussi bien sur Jacques Chirac que sur Emmanuel Macron, laissent entrevoir une analyse sans concession de la vie politique française, où les rumeurs et les scandales ont souvent joué un rôle aussi important que les programmes ou les idées.

François Fillon a été condamné en appel à quatre ans de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Penelope Fillon. Il a également été privé de sa Légion d’honneur pour une durée de dix ans.