Avec **73,5 % des 723 millions d’euros de fraudes détectées et stoppées en 2025**, les professionnels de santé libéraux – ou ceux qui s’en prétendent – représentent la majorité des abus à l’Assurance-maladie. C’est ce que révèle un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), rendu public cette semaine par Vie-publique.fr et cité par Le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- 73,5 % des fraudes détectées en 2025 sont imputables aux professionnels de santé, contre seulement 16 % pour les assurés.
- Les fraudes des centres de santé (dentaires et ophtalmologiques) ont atteint 138 millions d’euros, faisant de ce secteur le plus concerné.
- Le rapport recommande de **prioriser les contrôles sur les professionnels**, qui représentent 60 % du préjudice total, tout en maintenant une vigilance sur les petits dossiers.
- Parmi les mesures proposées : renforcer l’obligation de présentation de la carte Vitale et simplifier les pénalités financières pour les professionnels fautifs.
Une répartition déséquilibrée entre fraudeurs professionnels et particuliers
Les chiffres sont sans appel : en 2025, l’Assurance-maladie a identifié **723 millions d’euros de fraudes**, dont 532 millions (73,5 %) proviennent des professionnels de santé. Les assurés, quant à eux, sont à l’origine de seulement 16 % des fraudes détectées, soit environ **115 millions d’euros**. Le solde – **10,5 %** – concerne les établissements de santé.
Ce déséquilibre s’explique en partie par la nature même des fraudes. « Il faut prioriser davantage les contrôles des professionnels de santé, porteurs de forts enjeux financiers, par rapport au contrôle des assurés, afin d’augmenter le rendement de la lutte contre la fraude », souligne le rapport, daté d’octobre 2025. Pourtant, les équipes anti-fraude de l’Assurance-maladie consacrent encore **30 % de leur temps** à des dossiers de moins de **1 000 euros de préjudice**, majoritairement portés par des assurés.
Les centres de santé, champions malgré eux des fraudes détectées
Certains secteurs se distinguent particulièrement. Les **centres de santé**, notamment en dentaire et ophtalmologie, trustent la première place avec **138 millions d’euros** de fraudes stoppées en 2025. Ils devancent l’**audioprothèse** (86 millions), les **transporteurs sanitaires** (62 millions) et les **infirmiers** (60 millions). Ces données, compilées par la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam), illustrent l’ampleur des dérives dans ces filières.
Le rapport met en lumière un paradoxe : alors que **3 % des dossiers** – souvent liés à des professionnels – représentent **60 % du préjudice total**, les procédures actuelles peinent à cibler les fraudes les plus rentables. « On ne peut pas se permettre de négliger les petits dossiers », précise l’IGF et l’Igas, « mais il faut ajuster les moyens pour maximiser l’impact ».
Renforcer le tiers payant et simplifier les sanctions
Pour lutter plus efficacement contre les fraudes, le rapport formule plusieurs recommandations. Parmi elles, **resserrer les procédures du tiers payant**, dont la généralisation a ouvert de nouvelles failles. Les inspecteurs suggèrent notamment de **renforcer l’obligation pour l’assuré de présenter sa carte Vitale** pour bénéficier du tiers payant. Une mesure qui vise à limiter les abus liés à la présentation de fausses cartes ou à l’usage de données volées.
Autre proposition : **simplifier le processus d’imposition de pénalités financières** aux professionnels pris en flagrant délit. Aujourd’hui, les procédures administratives alourdissent les démarches et retardent les sanctions, réduisant leur effet dissuasif. Le rapport souligne que « des délais trop longs entre la détection et la sanction peuvent encourager les récidives ».
Ne pas abandonner les petits dossiers, mais recentrer les efforts
Si la priorité doit être donnée aux fraudes massives des professionnels, les auteurs du rapport insistent sur la nécessité de **ne pas relâcher la surveillance des petits dossiers**. « Un allègement trop fort des contrôles sur les dossiers à faibles enjeux financiers peut provoquer une hausse, dans des proportions méconnues, des comportements fraudeurs », avertissent-ils. En 2025, les fraudes des particuliers ont représenté **115 millions d’euros**, un montant loin d’être négligeable.
Cette approche équilibrée vise à éviter un effet pervers : une baisse des contrôles sur les assurés pourrait, à terme, **augmenter le volume global de fraudes**, même si celles-ci restent de moindre ampleur. L’objectif ? Optimiser les ressources disponibles sans laisser de marge de manœuvre aux fraudeurs.
Cette refonte des priorités intervient dans un contexte où l’Assurance-maladie cherche à **réduire son déficit**, estimé à plusieurs milliards d’euros chaque année. La lutte contre la fraude s’inscrit donc dans une logique plus large de maîtrise des dépenses, tout en préservant l’accès aux soins pour les assurés honnêtes.
Les **centres de santé** (dentaire et ophtalmologie) arrivent en tête avec **138 millions d’euros** de fraudes détectées, suivis par l’**audioprothèse** (86 millions), les **transporteurs sanitaires** (62 millions) et les **infirmiers** (60 millions).