Une brochure de 2024, intitulée « Guide du retour » et destinée aux mineurs étrangers en situation irrégulière, refait surface et alimente la polémique. Publié par l’agence européenne Frontex, ce document détaille les procédures d’éloignement des enfants migrants, alors que l’Union européenne vient tout juste de durcir les mesures d’expulsion. Selon Libération, cette révélation met en lumière l’hypocrisie des institutions européennes, qui affichent un discours humaniste tout en renforçant des politiques migratoires répressives.
Ce qu'il faut retenir
- Une brochure de 2024, intitulée « Guide du retour », a été publiée par l’agence européenne Frontex pour encadrer le renvoi des mineurs étrangers en situation irrégulière.
- Ce document technique, révélé par Libération, détaille les étapes administratives et logistiques des expulsions, y compris pour les enfants.
- L’Union européenne a récemment renforcé ses mesures d’expulsion, notamment via des réformes adoptées en 2025 et entrées en vigueur cette année.
- La publication de ce guide intervient dans un contexte où les associations dénoncent une politique migratoire de plus en plus restrictive de la part des États membres.
Un manuel technique au service des expulsions d’enfants
Le « Guide du retour », disponible en ligne depuis sa création en 2024, est un document interne de Frontex destiné aux agents chargés des opérations de renvoi. Il décrit les procédures à suivre pour organiser le départ forcé de mineurs étrangers, depuis l’identification jusqu’à l’accompagnement au point de départ. Selon les informations de Libération, ce manuel aborde des aspects pratiques comme la coordination avec les pays tiers, la gestion des documents administratifs ou encore les modalités de prise en charge des enfants pendant le voyage.
Si le texte insiste sur le respect des « droits fondamentaux », il n’en reste pas moins un outil opérationnel au service des expulsions. Pour l’ONG SOS Méditerranée, qui a eu accès au document, ce guide illustre « la normalisation des pratiques de retour forcé, y compris pour les publics les plus vulnérables ». L’organisation rappelle que, depuis 2020, plus de 15 000 mineurs non accompagnés ont été éloignés de l’Union européenne chaque année, selon les données d’Eurostat.
L’UE à l’épreuve de son double discours
La révélation de ce guide intervient alors que l’Union européenne vient de finaliser un paquet législatif visant à durcir les conditions d’accueil et d’éloignement des migrants. En décembre 2025, les États membres ont adopté une série de mesures renforçant les pouvoirs des agences comme Frontex, notamment en matière de contrôles aux frontières et de facilitation des expulsions. Ces réformes, entrées en vigueur en janvier 2026, s’accompagnent d’un discours officiel sur la nécessité de « protéger les frontières tout en garantissant le respect des droits humains ».
Pourtant, la publication du « Guide du retour » pour mineurs semble contredire cette assertion. Le document, révélé par Libération, montre que Frontex et ses partenaires privilégient l’efficacité des expulsions plutôt que la protection des enfants. « Ce guide est le symbole d’une politique migratoire qui sacrifie les droits des mineurs sur l’autel de la fermeté », a dénoncé Cécile Dubois, porte-parole de l’association La Cimade.
Un tollé qui dépasse les frontières
La polémique autour du « Guide du retour » ne se limite pas aux cercles associatifs. Plusieurs eurodéputés, issus de groupes politiques variés, ont réagi avec virulence. Yannick Jadot, vice-président du groupe Verts/ALE au Parlement européen, a qualifié le document de « scandaleux » et demandé une enquête sur l’utilisation qui en est faite. « On ne peut pas à la fois prétendre défendre les droits des enfants et organiser leur expulsion systématique », a-t-il déclaré.
De son côté, la Commission européenne a défendu la légalité du guide, soulignant qu’il respecte le cadre juridique européen en matière de retour. « Le règlement Dublin IV, entré en vigueur en 2024, encadre strictement les procédures de renvoi, y compris pour les mineurs », a précisé un porte-parole de l’exécutif bruxellois. Pourtant, pour les opposants à cette politique, le débat porte moins sur la conformité juridique que sur la moralité des mesures adoptées.
Si l’Union européenne continue de présenter son approche migratoire comme équilibrée, les faits rappellent que la réalité des pratiques, notamment à travers des documents comme celui de Frontex, en dit bien souvent une autre. La question reste entière : jusqu’où l’UE est-elle prête à aller dans la restriction des droits des migrants, y compris des plus vulnérables, au nom de la maîtrise des flux ?
Le document détaille les étapes administratives et logistiques des expulsions, depuis l’identification des mineurs jusqu’à leur accompagnement pendant le voyage. Il inclut des procédures pour coordonner avec les pays tiers, gérer les documents administratifs et assurer une prise en charge minimale pendant le transfert. Le texte insiste sur le respect des « droits fondamentaux », mais les associations estiment qu’il s’agit avant tout d’un outil opérationnel au service des renvois.