Depuis le retour au pouvoir de l’administration Trump en 2025, le paysage de la recherche américaine traverse une crise sans précédent. Selon nos confrères de Courrier International, un nombre croissant de scientifiques américains choisissent désormais de s’expatrier vers des pays offrant des conditions de travail plus stables et mieux financées. Entre restrictions budgétaires, gel des partenariats internationaux et abandon de projets jugés « problématiques », les universités et centres de recherche des États-Unis perdent peu à peu leur attractivité.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 3 000 scientifiques américains ont quitté leur pays depuis 2025, principalement pour l’Europe et la Chine, selon des estimations citées par Courrier International.
- Les restrictions incluent le gel de financements publics, l’abandon de projets liés à des mots-clés comme « discriminé », et une privatisation accrue de la recherche.
- Sarah Weisberg, biologiste spécialiste de la pêche, a été licenciée en 2025 après la restructuration du « département américain de l’efficacité gouvernementale » (Doge) et a trouvé un poste permanent au Danemark.
- Omar Yaghi, Prix Nobel de chimie 2025, a rejoint l’université Tsinghua en Chine pour diriger un centre de recherche sur l’intelligence artificielle.
- La Chine mise sur ces arrivées pour renforcer son influence scientifique, tandis que l’Europe attire par ses politiques sociales et son soutien à la recherche publique.
Parmi les critiques les plus virulents de cette politique figure Daniel Malinsky, professeur à l’université Columbia. Dans une tribune publiée par le Guardian, il dénonce un affaiblissement durable de la recherche publique américaine. « Les financements sont gelés, les partenariats internationaux deviennent une gageure, et les projets portant sur des thématiques sensibles sont abandonnés », explique-t-il. Les mots-clés comme « discriminé » ou « équité » sont désormais bannis des appels à projets, ce qui a des répercussions directes sur les travaux académiques.
Pour Malinsky, la situation est telle que les chercheurs américains sont poussés à l’exil. « On se demande si les États-Unis ne tentent pas délibérément de rendre le travail des scientifiques si difficile qu’ils finissent par abandonner », déclare-t-il. Parallèlement, il souligne une tendance croissante à la privatisation de la recherche, avec un manque criant de visibilité sur les financements à long terme. « Sans garantie de pérennité, les jeunes chercheurs sont incités à quitter le secteur scientifique ou à quitter les États-Unis », ajoute-t-il.
C’est précisément ce scénario qui s’est joué pour Sarah Weisberg. Spécialiste de la pêche, cette biologiste a travaillé cinq mois au sein de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique avant d’être licenciée sans préavis en 2025. La restructuration massive menée par le Doge, un département créé pour « optimiser » l’administration fédérale, a touché des milliers de fonctionnaires fédéraux. Après son départ forcé, Weisberg a trouvé un poste au Danemark, où elle a pu poursuivre ses projets tout en élargissant ses recherches. « Ici, la vie en dehors du travail est primordiale. Les pauses sont respectées, le congé parental est bien mieux soutenu qu’aux États-Unis », confie-t-elle au magazine Nature. Son contrat actuel est temporaire, mais elle espère pouvoir postuler à un poste permanent à son terme.
La Chine, nouvelle terre promise pour les chercheurs de haut niveau
Le phénomène de l’exode des cerveaux ne se limite pas à l’Europe. Le South China Morning Post, basé à Hong Kong, a recueilli les témoignages de dix universitaires ayant choisi la Chine en 2026. Parmi eux figure Omar Yaghi, colauréat du prix Nobel de chimie 2025. Après avoir enseigné à l’université de Californie à Berkeley pendant des décennies, il a rejoint l’université Tsinghua pour diriger un nouveau centre dédié à l’intelligence artificielle. « La Chine offre des moyens financiers et logistiques que les États-Unis ne peuvent plus garantir », explique-t-il.
Le journal hongkongais met également en avant d’autres profils, comme Dai Liang, lauréat d’une bourse réservée aux jeunes chercheurs américains et canadiens pour ses travaux sur les trous noirs. Après avoir obtenu cette distinction, il a choisi de quitter les États-Unis pour rejoindre l’Académie des sciences de Pékin. Autre exemple, celui de Chih-Ying Su, ancienne vice-présidente de l’université de Californie à San Diego, désormais en poste à l’Académie des sciences médicales de Shenzhen. Ces départs, bien que moins médiatisés que celui d’Yaghi, illustrent une tendance plus large : la Chine mise sur ces arrivées pour renforcer son influence scientifique et technologique.
Pour Pékin, ces recrutements ne sont pas anodins. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à positionner la Chine comme une puissance scientifique majeure. « Chaque chercheur qui quitte les États-Unis pour la Chine est une victoire pour notre système », confie un responsable du ministère chinois de la Science et de la Technologie au South China Morning Post. Ces départs sont aussi perçus comme une perte pour les États-Unis, où l’administration Trump a réduit de 12 % le budget fédéral alloué à la recherche en 2026.
L’Europe mise sur son modèle social pour attirer les talents
Si la Chine séduit par ses moyens financiers et sa vision stratégique, l’Europe attire les scientifiques américains par son modèle social et son soutien à la recherche publique. Au Danemark, en Allemagne ou aux Pays-Bas, les chercheurs bénéficient de conditions de travail souvent jugées plus équilibrées qu’aux États-Unis. « Ici, l’accent est mis sur le bien-être des employés. Les pauses sont respectées, les horaires sont flexibles, et le congé parental est généreux », explique Sarah Weisberg.
Cette tendance n’est pas nouvelle, mais elle s’est accélérée depuis 2025. Plusieurs pays européens, comme l’Allemagne, ont lancé des programmes ciblés pour recruter les « meilleurs chercheurs » du monde. « Nous offrons des financements stables, des partenariats internationaux et une qualité de vie inégalée », déclare une porte-parole du ministère allemand de la Recherche. Ces efforts portent leurs fruits : selon une étude récente, près de 2 000 chercheurs américains ont été recrutés en Europe depuis deux ans, principalement en Allemagne, aux Pays-Bas et en Scandinavie.
En Espagne, où les salaires sont plus attractifs qu’aux États-Unis et où la culture de la recherche est en plein essor, le phénomène prend aussi de l’ampleur. Le pays mise sur des centres d’excellence comme le Barcelona Institute of Science and Technology pour séduire les talents américains. « Nous ne pouvons pas rivaliser avec les salaires des entreprises privées, mais nous offrons un environnement de travail stimulant et une qualité de vie élevée », précise un responsable de l’institut.
Cette fuite des talents soulève une question plus large : les restrictions imposées à la recherche américaine ne risquent-elles pas de fragiliser à long terme l’innovation et la compétitivité des États-Unis face à la Chine et à l’Europe ?
Selon Courrier International, l’Europe (Danemark, Allemagne, Espagne, Pays-Bas) et la Chine sont les principales destinations. Le Danemark attire par son modèle social, tandis que la Chine mise sur des financements généreux et une stratégie scientifique ambitieuse.
Les restrictions budgétaires, le gel des partenariats internationaux, l’abandon de projets jugés « problématiques » (comme ceux liés aux discriminations) et la privatisation accrue de la recherche poussent les scientifiques à quitter le pays. Daniel Malinsky, professeur à Columbia, évoque même une volonté délibérée de rendre le travail des chercheurs difficile pour les inciter à partir.