Selon BFM Bourse, les laboratoires AstraZeneca et Bristol-Myers Squibb (BMS) auraient engagé des discussions en vue d’une fusion évaluée à près de 400 milliards de dollars. Si ce mariage se concrétisait, il donnerait naissance à un géant pharmaceutique capable de rivaliser en oncologie, notamment aux États-Unis. Pourtant, les analystes financiers se montrent sceptiques quant aux bénéfices réels d’une telle opération.

Ce qu'il faut retenir

  • Une fusion potentielle entre AstraZeneca (263 milliards de dollars de capitalisation) et BMS (133 milliards de dollars) pourrait créer un groupe valorisé à 400 milliards de dollars.
  • L’opération vise à renforcer la présence d’AstraZeneca en oncologie aux États-Unis, où le groupe réalise un tiers de ses revenus.
  • Les marchés réagissent déjà : l’action AstraZeneca chute de 6,4 % à Londres, tandis que BMS gagne 6,7 % en préouverture à Wall Street.
  • Les analystes craignent une dilution du profil de croissance organique d’AstraZeneca, déjà reconnu pour son pipeline innovant en oncologie et maladies rares.
  • Les risques réglementaires sont majeurs, avec des chevauchements en immuno-oncologie qui pourraient imposer des cessions d’actifs.

Un rapprochement stratégique qui interroge les marchés

D’après le Financial Times, cité par BFM Bourse, les dirigeants d’AstraZeneca et de BMS auraient entamé des discussions discrètes en vue d’une fusion. Si elle aboutissait, cette opération créerait un géant du médicament pesant près de 400 milliards de dollars en capitalisation boursière. À titre de comparaison, AstraZeneca vaut actuellement 263 milliards de dollars, tandis que BMS est évalué à 133 milliards. Les pourparlers pourraient déboucher sur un accord dans les prochains mois, mais rien n’est encore acté. Une porte-parole d’AstraZeneca n’a pas souhaité réagir, tandis que BMS n’a pas été joignable pour commenter.

Pour AstraZeneca, cette fusion représenterait une opportunité de consolider sa position en oncologie, un domaine où le groupe suédo-britannique réalise près de 40 % de son chiffre d’affaires. Le laboratoire s’est notamment distingué dans les traitements contre le cancer et les maladies rares, deux segments à forte marge bénéficiaire. Du côté de BMS, l’opération permettrait à AstraZeneca de bénéficier d’un portefeuille plus diversifié, incluant des médicaments comme Opdivo (anticancéreux) ou Eliquis (anticoagulant), ainsi qu’un pipeline en croissance. En 2025, le segment « Growth Portfolio » de BMS a généré 26,4 milliards de dollars de revenus, contre 21,8 milliards pour ses produits matures.

Les analystes s’interrogent sur la viabilité à long terme

Malgré les atouts apparents, les analystes financiers restent prudents. Bank of America rappelle que les méga-fusions dans le secteur pharmaceutique sont rares et souvent décevantes, surtout lorsqu’elles visent à combler des faiblesses plutôt qu’à renforcer une position dominante. « Les méga-fusions dans ce secteur sont rares, et peu d’entre elles ont été considérées comme réussies, compte tenu des perturbations souvent évoquées au niveau de la R&D », souligne la banque américaine. Elle s’attend à ce que les investisseurs remettent en question la confiance d’AstraZeneca dans son propre pipeline, l’un des plus prometteurs du secteur.

Plusieurs craintes se cristallisent. D’abord, une fusion pourrait diluer la lisibilité de la croissance organique d’AstraZeneca, jusqu’ici saluée pour sa qualité d’exécution et son pipeline « late-stage » (médicaments en fin d’essais cliniques). Ensuite, l’historique des grandes opérations dans la pharmacie montre que la productivité de la R&D a tendance à stagner après une fusion. Or, AstraZeneca doit faire face à un « patent cliff » entre 2031 et 2033, période durant laquelle plusieurs de ses brevets majeurs tomberont dans le domaine public. « Dans ce contexte, le marché devrait s’interroger sur la capacité d’une éventuelle fusion à pallier ce problème », relève UBS.

Des risques réglementaires et politiques qui pèsent sur le projet

Le principal obstacle pourrait être d’ordre antitrust. Les deux groupes sont très présents sur des segments clés comme les tumeurs solides, les cancers sanguins et les traitements cardiovasculaires. Les chevauchements en immuno-oncologie, notamment entre les médicaments Imfinzi et Opdivo, pourraient contraindre les autorités de la concurrence à imposer des cessions d’actifs, réduisant ainsi la valeur créée par l’opération. « L’obstacle réglementaire serait également majeur », estime Allinvest Securities.

La sensibilité politique au Royaume-Uni, où siège AstraZeneca, ajoute une couche de complexité. Le groupe, né en 1999 de la fusion entre le suédois Astra et le britannique Zeneca, a toujours été perçu comme un fleuron industriel européen. Une prise de contrôle par un acteur américain pourrait susciter des réticences, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques autour des secteurs stratégiques. « Si la complémentarité stratégique existe, la taille de l’opération, le risque d’intégration, le patent cliff de BMS, les obstacles antitrust et la sensibilité politique au Royaume-Uni rendent la création de valeur très incertaine », résume Allinvest Securities.

Une réaction immédiate des marchés qui en dit long

Les premières réactions des investisseurs ne trompent pas. À la Bourse de Londres, l’action AstraZeneca a chuté de 6,4 % en milieu de matinée, tandis que BMS enregistrait une hausse de 6,7 % en préouverture à Wall Street. Ce mouvement reflète les craintes d’une dilution de la valeur pour les actionnaires du groupe britannique. Les analystes de Jefferies, cités par Bloomberg, soulignent que les termes financiers d’une telle fusion pourraient s’avérer défavorables à AstraZeneca, à l’image de ce qui s’était produit lors de la création de Stellantis en 2019. À l’époque, les actionnaires de Fiat Chrysler avaient bénéficié de conditions bien plus avantageuses que ceux de Peugeot SA, perçue comme la partie « perdante » de l’opération.

« Les détails financiers de la fusion envisagée contenaient des termes bien plus favorables aux actionnaires de Fiat Chrysler que pour ceux de la société tricolore », rappelle Jefferies. Dans le cas d’une union entre AstraZeneca et BMS, le risque serait similaire : le groupe américain pourrait imposer une prime de contrôle défavorable à ses partenaires britanniques.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios sont envisageables dans les prochaines semaines. Les discussions pourraient aboutir à un accord formel d’ici la fin de l’année, mais elles pourraient aussi être retardées, voire avorter, en raison des obstacles réglementaires ou des désaccords sur les termes financiers. Les prochaines étapes clés incluront probablement des consultations avec les autorités antitrust américaines et européennes, ainsi que des réunions avec les actionnaires pour évaluer leur soutien au projet. Dans tous les cas, la pression sur AstraZeneca devrait persister tant que les détails de l’opération resteront flous.

Une chose est sûre : si une fusion se concrétise, elle ne sera pas finalisée avant plusieurs années, le temps de surmonter les défis réglementaires et d’intégrer deux cultures d’entreprise très différentes. En attendant, les investisseurs resteront focalisés sur la capacité d’AstraZeneca à maintenir sa dynamique innovante sans recourir à une opération de cette ampleur.

BMS contribuerait avec plusieurs blockbusters, dont Opdivo (un anticancéreux), Eliquis (un anticoagulant), Reblozyl (contre l’anémie), Camzyos (pour la cardiomyopathie), Breyanzi (contre certains cancers du sang) et Cobenfy (contre la schizophrénie).

Ces opérations perturbent fréquemment la recherche et développement (R&D), un pilier essentiel du secteur. De plus, elles sont souvent entreprises par des groupes en difficulté pour combler des lacunes, plutôt que pour renforcer une position dominante. Enfin, les risques antitrust et les défis d’intégration culturelle ou opérationnelle sont majeurs.