Le Gabon a lancé officiellement, ce mardi 9 juin 2026, les travaux de construction d’un nouveau port minéralier à Kobekobe, situé dans le sud de Libreville. Ce projet, porté par une société australienne, vise à faciliter l’évacuation du fer extrait du gisement de Belinga, dont les réserves sont estimées à plus d’un milliard de tonnes. Selon RFI, cette mine, jamais exploitée jusqu’à présent en raison de son enclavement – elle se trouve à plus de 500 km de la capitale gabonaise –, devrait enfin pouvoir être développée grâce à cette infrastructure stratégique.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet clé pour le Gabon : le port minéralier de Kobekobe doit permettre l’évacuation du fer de Belinga vers les marchés internationaux.
  • Des réserves colossales : le gisement de Belinga contient plus d’un milliard de tonnes de minerai de fer, une ressource jusqu’ici inexploitée faute d’infrastructures adaptées.
  • Un enclavement historique : situé à plus de 500 km de Libreville, le site minier nécessitera la construction d’une ligne ferroviaire et d’une centrale électrique pour être viable.
  • Un acteur australien à la manœuvre : la société australienne en charge du projet doit lancer prochainement l’exploitation du gisement.

Un port minéralier pour briser l’enclavement de Belinga

L’exploitation du gisement de Belinga, l’un des plus importants d’Afrique centrale, a toujours été freinée par son éloignement. Le minerai, extrait dans le nord-est du pays, doit parcourir plus de 500 km avant d’atteindre la côte, un trajet aujourd’hui impraticable sans infrastructures dédiées. Avec la construction du port de Kobekobe, les autorités gabonaises et l’investisseur australien entendent lever ce verrou logistique majeur. « Ce projet est une réponse directe à l’un des principaux défis du Gabon : transformer ses ressources naturelles en richesses exploitables », a indiqué un responsable du ministère des Mines gabonais, cité par RFI.

Le futur port, dont les travaux ont été lancés ce matin, s’inscrit dans une logique d’intégration économique. Il sera accompagné par la construction d’une ligne ferroviaire reliant Belinga à Kobekobe, ainsi que par la mise en service d’une centrale électrique pour alimenter les sites miniers. « Sans ces infrastructures, l’exploitation de Belinga reste impossible », a rappelé un expert du secteur minier gabonais, soulignant que le projet s’inscrit dans la durée.

Un milliard de tonnes de fer à évacuer vers l’international

Les réserves de fer de Belinga, estimées à plus de 1,1 milliard de tonnes, représentent un potentiel économique considérable pour le Gabon. Ce minerai, de qualité élevée, est particulièrement recherché sur les marchés asiatiques et européens, où la demande en acier reste soutenue. Selon les estimations préliminaires, l’exploitation du gisement pourrait générer plusieurs milliards de dollars de recettes annuelles pour le pays, une manne financière dont Libreville a cruellement besoin pour diversifier son économie.

L’investisseur australien, dont le nom n’a pas été divulgué, a signé un accord avec l’État gabonais pour une durée de 25 ans. « Nous comptons sur une production initiale de 10 millions de tonnes par an, avec un potentiel d’extension à 20 millions de tonnes d’ici 2030 », a déclaré un représentant de la société lors de la cérémonie de pose de la première pierre. Le projet inclut également des engagements en matière de formation locale et de développement communautaire autour des sites miniers.

Un calendrier ambitieux, mais des défis persistants

Si le calendrier semble optimiste, les défis restent nombreux. La construction du port, de la voie ferrée et de la centrale électrique doit être achevée d’ici 2028 pour permettre le début de l’exploitation minière. « Ces travaux nécessitent un investissement total estimé à plus de 2,5 milliards de dollars, un montant qui devra être partiellement couvert par des prêts internationaux et des partenariats publics-privés », a précisé un haut fonctionnaire gabonais. Par ailleurs, le projet devra composer avec les contraintes environnementales, notamment dans une région recouverte en partie par des forêts tropicales protégées.

Un autre enjeu concerne la stabilité politique et sécuritaire du nord-est du Gabon, où des mouvements rebelles sporadiques ont été signalés ces dernières années. « La sécurité des travailleurs et des infrastructures sera une priorité absolue », a assuré un responsable de la sécurité nationale lors d’une conférence de presse.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront en l’attribution des marchés pour la construction du port et de la voie ferrée, ainsi qu’en la finalisation des études d’impact environnemental. Les autorités gabonaises prévoient une première phase de production d’ici fin 2028, sous réserve que les financements nécessaires soient mobilisés. « Si tout se déroule comme prévu, le Gabon pourrait devenir l’un des principaux exportateurs de fer d’Afrique subsaharienne d’ici 2030 », a estimé un analyste économique. La mise en service du port de Kobekobe marquera ainsi un tournant pour l’industrie minière du pays.

Reste à savoir si les retombées économiques promises se concrétiseront pour les populations locales, souvent éloignées des bénéfices des grands projets extractifs. Une question qui, à l’heure actuelle, reste sans réponse.