Alors que le conflit au Moyen-Orient s’enlise depuis février 2026, les craintes d’une pénurie de gaz cet hiver en Europe s’éloignent, selon les déclarations de la directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor. Dans un entretien accordé à La Tribune le 10 mai 2026, elle a confirmé que « l’approvisionnement en gaz ne devrait pas poser de problème cet hiver », tout en mettant en garde contre une forte volatilité des prix. Une situation qui, si elle rassure sur la disponibilité du combustible, laisse planer des interrogations sur le coût pour les ménages et les entreprises.

Ce qu'il faut retenir

  • Pas de risque de pénurie de gaz cet hiver en France, selon Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, malgré la guerre au Moyen-Orient.
  • Le prix du gaz a augmenté de 50 à 100 % depuis le début du conflit, passant de 30-32 €/MWh à 45-60 €/MWh, avant une légère stabilisation à 40-50 €/MWh.
  • Les stocks européens et français sont remplis à 35 % en moyenne, un niveau conforme aux années précédentes mais inférieur à 2025 (41 % en Europe, 45 % en France).
  • Les ménages souscrivant à des offres indexées sur le prix du marché voient leur facture augmenter de 6,19 € TTC par mois en mai 2026.
  • Une étude du BEUC anticipe une hausse de 317 € par an d’ici 2030 pour les consommateurs restant raccordés au gaz.

Des stocks suffisants, mais une dépendance persistante aux marchés internationaux

Catherine MacGregor a écarté tout risque de rupture d’approvisionnement pour l’hiver 2026-2027, soulignant que « ce qui compte, c’est notre capacité à remplir les stocks à des niveaux satisfaisants ». Aujourd’hui, les réserves européennes atteignent 35 % en moyenne, un chiffre légèrement inférieur à celui de 2025 (41 %), mais conforme aux moyennes des dernières années. En France, la situation est similaire, avec des stocks à 35 % contre 45 % à la même période l’an dernier. Pour autant, cette stabilité relative ne doit pas occulter les tensions persistantes sur les prix, directement liées à la géopolitique régionale.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient en février 2026, le marché européen du gaz a connu une volatilité sans précédent. Avant le conflit, le prix du gaz (référence TTF) oscillait entre 30 et 32 €/MWh. En quelques jours, il a bondi entre 45 et 60 €/MWh, atteignant même brièvement 65 €/MWh. Depuis, les cours se sont légèrement repliés, se stabilisant entre 40 et 50 €/MWh, un niveau toujours supérieur de 15 % à la moyenne de 2025, qui s’établissait autour de 35 €/MWh.

Des factures en hausse pour les consommateurs, mais une hausse maîtrisée pour l’instant

Cette hausse des prix se répercute directement sur les factures des ménages. Depuis le 1er mai 2026, 7,5 millions de foyers français – soit 73 % des abonnés résidentiels au gaz – souscrivent à des offres dont le tarif est indexé sur le prix du marché. Pour ces derniers, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) annonce une augmentation moyenne de 6,19 € TTC par mois pour le mois de mai. Une hausse qui, si elle reste mesurée pour l’instant, pourrait s’accentuer en fonction de l’évolution des tensions géopolitiques et des conditions climatiques.

Catherine MacGregor a toutefois rappelé que « il est très difficile de se prononcer sur les niveaux de prix que nous pourrions avoir cet hiver ». Plusieurs facteurs entreront en jeu : la durée du conflit, les conditions météorologiques en Europe, la demande asiatique – notamment celle de la Chine et de l’Inde – ou encore la capacité des pays à substituer le gaz par d’autres énergies, comme le charbon. « Tout dépendra aussi de l’élasticité de la demande et de la résistance de l’économie européenne face à ce choc », a-t-elle précisé.

Le gaz, un coût croissant pour les ménages les plus vulnérables

Au-delà des fluctuations à court terme, une étude publiée par le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), à laquelle ont participé des associations comme la CLCV ou Que Choisir Ensemble, dresse un tableau préoccupant pour l’avenir. Selon ces projections, la facture annuelle de gaz en France pourrait augmenter de 317 € d’ici 2030 par rapport à 2024. Cette hausse s’expliquerait par une combinaison de facteurs : une augmentation de 53 % des prix, due notamment à la hausse des redevances de réseau et des taxes carbone, ainsi qu’une baisse de 61 % de la consommation d’ici cette date.

Les auteurs de l’étude pointent du doigt la transition énergétique en cours. Alors que de plus en plus de ménages optent pour des solutions de chauffage plus respectueuses de l’environnement, le coût du réseau gazier existant sera réparti entre un nombre décroissant de consommateurs. « Ceux qui resteront raccordés au gaz à long terme seront majoritairement des ménages modestes, incapables de financer cette transition », soulignent les associations. Une situation qui risque d’aggraver les inégalités face à l’énergie.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer l’impact réel du conflit sur les prix du gaz cet hiver. Les gouvernements européens, dont la France, devront surveiller de près l’état des stocks et la capacité des marchés à absorber les chocs. Une réunion des ministres de l’Énergie de l’UE est prévue en juin 2026 pour faire un point sur les mesures de résilience énergétique. Par ailleurs, la Commission européenne doit publier d’ici la fin de l’année un nouveau paquet législatif visant à accélérer la décarbonation du secteur, un dossier qui pourrait impacter directement les coûts pour les consommateurs.

Dans ce contexte, les ménages sont invités à se renseigner sur les aides disponibles pour financer la rénovation énergétique de leur logement. Des dispositifs comme MaPrimeRénov’ ou les primes CEE pourraient atténuer l’impact de la hausse des prix à moyen terme. Reste à voir si ces mesures suffiront à protéger les foyers les plus exposés.

La volatilité des prix s’explique principalement par les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient, qui perturbent les approvisionnements et alimentent les craintes d’une pénurie. Même si les stocks sont remplis à des niveaux satisfaisants, les marchés restent sensibles aux risques de rupture, ce qui maintient les cours à un niveau élevé. De plus, la demande asiatique et la capacité des pays à substituer le gaz par d’autres énergies jouent un rôle clé dans la fixation des prix.