La Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris a rendu ce mercredi 6 mai 2026 une décision majeure dans l’affaire concernant Agathe Habyarimana, ancienne Première dame du Rwanda. Selon RFI, la juridiction a annulé le non-lieu qui lui avait été accordé en 2025, mettant ainsi fin à une procédure judiciaire suspendue depuis plusieurs mois. Initialement prévue le 8 avril 2026, l’audience avait été reportée après que la Cour d’appel eut demandé une prorogation du délibéré, sans en préciser les raisons.
Ce qu'il faut retenir
- Agathe Habyarimana, née Kanziga, fait l’objet d’une enquête pour son rôle présumé dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
- La Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris a annulé le non-lieu dont elle bénéficiait depuis 2025.
- L’audience initialement fixée au 8 avril 2026 avait été reportée à la demande de la Cour, sans explication supplémentaire.
- Cette décision ouvre la voie à un éventuel renvoi de l’affaire devant une juridiction d’instruction ou un procès.
Une affaire judiciaire sous haute tension depuis plus de trois décennies
Agathe Habyarimana, épouse de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, est visée par une enquête ouverte en France pour complicité dans le génocide des Tutsi au Rwanda. Ce conflit, qui a fait plus de 800 000 morts en cent jours entre avril et juillet 1994, selon les estimations de l’ONU, reste l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire contemporaine. La justice française, saisie par le parquet national antiterroriste (PNAT), avait accordé un non-lieu à l’ex-Première dame en 2025, une décision qui avait suscité de vives réactions parmi les associations de victimes et les autorités rwandaises.
La Chambre d’instruction de Paris, composée de trois magistrats, a donc décidé de revenir sur cette décision. Cette volte-face judiciaire intervient après que le PNAT eut contesté le non-lieu devant la Cour d’appel. Les motivations précises de cette annulation ne sont pas encore communiquées, mais cette décision marque une étape significative dans un dossier complexe et politiquement sensible. — Autant dire que la procédure entre désormais dans une phase décisive.
Un report inexpliqué et une procédure toujours en suspens
L’audience initialement programmée pour le 8 avril 2026 avait été reportée à la demande de la Cour d’appel de Paris. Aucun motif officiel n’a été avancé pour expliquer ce délai supplémentaire, laissant place à des spéculations sur les raisons de ce report. Plusieurs hypothèses sont avancées : un complément d’enquête demandé par les magistrats, des difficultés juridiques à trancher, ou encore une volonté de prendre le temps nécessaire pour instruire un dossier aussi sensible.
Cette incertitude a alimenté les interrogations des parties civiles et des associations de défense des droits humains, qui réclamaient une accélération de la procédure. Certaines d’entre elles avaient même saisi la Cour européenne des droits de l’homme pour dénoncer des retards qu’elles jugeaient inacceptables. La décision rendue aujourd’hui répond en partie à leurs attentes, même si de nombreuses questions restent en suspens.
Quelles suites pour l’enquête et les victimes ?
Avec l’annulation du non-lieu, la Chambre d’instruction dispose désormais de plusieurs options. Elle pourrait décider de renvoyer l’affaire devant un juge d’instruction pour approfondir les investigations, ou au contraire clore définitivement la procédure si les éléments à charge s’avèrent insuffisants. Dans tous les cas, cette décision relance le débat sur la responsabilité des autorités rwandaises de l’époque dans le génocide.
Les associations de victimes, comme le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, ont salué cette avancée, tout en rappelant l’urgence d’une justice exemplaire. « Nous attendons depuis plus de trente ans que les responsables présumés répondent de leurs actes devant un tribunal », a déclaré Me Alain Gauthier, président du collectif. — Reste à savoir si cette décision suffira à apaiser les attentes des familles des victimes.
Cette affaire soulève en effet des questions plus larges sur la justice internationale et la lutte contre l’impunité. Alors que plusieurs autres dossiers liés au génocide rwandais sont encore en cours d’instruction en France, cette décision pourrait servir de précédent pour les procédures à venir. Elle rappelle également l’importance de la coopération judiciaire entre les États, notamment dans des affaires aussi complexes et sensibles.
Agathe Habyarimana est visée par une enquête en France pour complicité présumée dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Elle est soupçonnée d’avoir joué un rôle actif dans l’organisation des massacres, en tant qu’épouse de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana. La justice française s’est saisie de cette affaire en vertu du principe de compétence universelle, qui permet à un État de juger des crimes internationaux, même commis à l’étranger.