Six mois après l’attentat antisémite de Bondi, qui a causé la mort de quinze personnes, le gouvernement australien a mis en place une commission d’enquête chargée d’évaluer l’ampleur et les manifestations de l’antisémitisme dans le pays. Selon RFI, les premières auditions de membres de la communauté juive ont débuté cette semaine, révélant une atmosphère de crainte persistante au sein de ce groupe, alimentée par une recrudescence des actes antisémites depuis les événements du 7 octobre 2023.

Ce qu'il faut retenir

  • Quinze victimes dans l’attentat antisémite de Bondi, survenu il y a six mois.
  • Une commission d’enquête a été officiellement lancée pour analyser l’état de la menace antisémite en Australie.
  • Les premières auditions ont révélé une communauté juive en état de peur permanent depuis les attaques du Hamas et la riposte israélienne à Gaza.
  • Les actes antisémites se multiplient, y compris envers les enfants, selon les témoignages recueillis.

Un climat de tension exacerbé par la guerre Israël-Hamas

L’attentat de Bondi, survenu le 13 octobre 2025 – soit six jours après les attaques du Hamas contre Israël –, a marqué un tournant dans la perception de la sécurité des communautés juives en Australie. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’auteur de l’attentat aurait agi en représailles aux opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza, déclenchées après les assauts du 7 octobre 2023. Ce contexte géopolitique a, semble-t-il, exacerbé les tensions locales, avec une hausse significative des actes antisémites signalés dans tout le pays.

Les auditions menées cette semaine par la commission d’enquête ont mis en lumière l’ampleur de cette anxiété. Plusieurs membres de la communauté juive ont témoigné devant les enquêteurs, décrivant un quotidien marqué par la méfiance et la crainte des agressions. « Depuis deux ans, on ne se sent plus en sécurité nulle part », a déclaré David Levy, représentant d’une association juive de Sydney, lors de son audition. « Même nos enfants ne sont plus épargnés par les insultes et les menaces. »

Des actes antisémites en hausse, y compris envers les mineurs

Les statistiques officielles, bien que partielles, confirment cette tendance. Selon des données relayées par RFI, le nombre d’actes antisémites recensés en Australie a augmenté de près de 40 % depuis le début du conflit à Gaza. Les signalements concernent aussi bien des violences physiques que des dégradations de biens ou des propos haineux en ligne. Les établissements scolaires juifs, en particulier, rapportent une multiplication des incidents impliquant des élèves.

Un rapport préliminaire de la commission souligne que les enfants et les adolescents juifs sont désormais des cibles privilégiées. « On observe une radicalisation croissante de certains jeunes, influencés par des discours en ligne ou des groupes extrémistes », a expliqué Rachel Cohen, psychologue spécialisée dans les traumatismes communautaires. Les autorités locales ont renforcé les mesures de surveillance autour des lieux de culte et des écoles, mais la crainte d’une nouvelle attaque plane.

Les objectifs de la commission d’enquête

La commission, présidée par un magistrat à la retraite, a pour mission d’établir un état des lieux complet de l’antisémitisme en Australie. Ses travaux doivent aboutir à un rapport final, attendu pour la fin de l’année 2026, incluant des recommandations pour lutter contre ce phénomène. Parmi les pistes envisagées : un renforcement des lois contre les discours de haine, une meilleure formation des forces de l’ordre et des campagnes de sensibilisation dans les écoles.

« Nous devons comprendre les racines de cette haine et proposer des solutions concrètes », a indiqué le Premier ministre australien, Anthony Albanese, lors d’une déclaration à la presse. Il a également rappelé que l’Australie restait « un pays multiculturel et tolérant », mais que « la vigilance s’imposait ». La commission prévoit également d’auditionner des représentants de la communauté musulmane, afin d’évaluer les éventuelles tensions intercommunautaires.

Et maintenant ?

La commission doit poursuivre ses auditions jusqu’au mois de septembre 2026, avec pour objectif de rendre ses conclusions avant la fin de l’année. D’ici là, les autorités locales pourraient annoncer des mesures d’urgence, comme un plan de protection renforcée pour les lieux de culte juifs et musulmans. Reste à voir si ces initiatives suffiront à apaiser les tensions, dans un contexte où la polarisation politique autour du conflit israélo-palestinien semble s’accentuer.

Si la communauté juive australienne attend des réponses rapides, les associations de défense des droits humains appellent à une approche globale, incluant le dialogue interreligieux et une médiation des tensions sociales. Une première réunion entre représentants juifs et musulmans est prévue pour le 20 mai 2026, à Melbourne.

La commission dispose d’un pouvoir d’investigation large : elle peut auditionner des témoins sous serment, consulter des documents officiels et solliciter des expertises. Ses recommandations ne seront pas contraignantes, mais elles serviront de base pour d’éventuelles réformes législatives.