Dans le cadre de son émission 2050 Investors, BFM Business consacre un épisode à l’art de la gestion des risques, explorant les défis posés par les marchés financiers et les limites des modèles classiques. L’interview de Hatem Mustapha, co-directeur des activités de marché chez Société Générale, met en lumière l’importance d’intégrer les risques extrêmes et de se préparer aux « inconnues non connues ».
Ce qu'il faut retenir
- L’émission 2050 Investors de BFM Business analyse, dans un épisode de 35 minutes, la gestion des risques financiers avec Hatem Mustapha, co-directeur des activités de marché chez Société Générale.
- Les modèles classiques comme la Value at Risk et l’hétéroscédasticité sont passés au crible, aux côtés de la volatilité des marchés.
- L’épisode souligne l’importance d’intégrer les risques extrêmes et les « inconnues non connues », souvent négligés par les approches traditionnelles.
- Le débat aborde les liens entre Main Street et Wall Street, interrogeant leur interdépendance et leurs impacts respectifs sur la stabilité économique.
- Le rôle des banques centrales et des États dans la gestion des crises est également examiné, notamment à travers l’analyse des politiques de « quoi qu’il en coûte ».
Des modèles classiques aux risques imprévisibles
L’épisode diffusé sur BFM Business revient sur les fondements de la gestion des risques financiers, en commençant par les modèles traditionnels. Parmi eux, la Value at Risk (VaR), un outil statistique mesurant la perte maximale potentielle sur un portefeuille, est présentée comme un pilier des stratégies de couverture. Pourtant, son efficacité est régulièrement remise en question face à des crises d’une ampleur inédite. « Les modèles classiques, comme la VaR ou l’analyse de la volatilité, ont leurs limites », explique Kokou Agbo-Bloua, responsable mondial de la recherche économique chez Société Générale et animateur de l’émission.
L’hétéroscédasticité, un phénomène où la volatilité des marchés évolue dans le temps, est également évoquée. Ce concept, bien connu des économistes, illustre la difficulté à prévoir les chocs financiers. « L’hétéroscédasticité montre que la volatilité n’est pas constante, ce qui complique la gestion des risques », précise Agbo-Bloua. Face à ces constats, l’épisode met en avant la nécessité d’adopter une approche plus flexible, capable de s’adapter à des scénarios inédits.
L’urgence d’intégrer les risques extrêmes et les « inconnues non connues »
L’un des thèmes centraux de l’interview de Hatem Mustapha porte sur l’anticipation des risques extrêmes, souvent qualifiés de « Cygnes noirs » par le statisticien Nassim Taleb. Ces événements, par définition imprévisibles, peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur les marchés. « Nous devons intégrer dans nos modèles la possibilité de chocs majeurs, même si leur probabilité semble faible », déclare Mustapha. Cette réflexion rejoint celle développée dans d’autres épisodes de 2050 Investors, notamment sur les « Cygnes verts », liés aux risques climatiques.
L’épisode souligne aussi l’importance des « inconnues non connues », ces facteurs de risque qui échappent même aux analyses les plus poussées. « Dans un monde complexe, il est impossible de tout prévoir. L’enjeu est de construire des systèmes résilients, capables de résister à l’imprévu », ajoute Agbo-Bloua. Cette approche proactive est d’autant plus cruciale que les crises récentes, comme la pandémie de Covid-19 ou la crise financière de 2008, ont révélé les failles des modèles traditionnels.
Main Street et Wall Street : une interdépendance sous tension
Le débat ne se limite pas aux marchés financiers. Il s’étend aux liens entre Main Street (l’économie réelle) et Wall Street (les marchés financiers), interrogeant leur interdépendance. « Les chocs financiers se répercutent rapidement sur l’économie réelle, et inversement », explique Agbo-Bloua. Par exemple, la crise du Covid-19 a montré comment une pandémie pouvait paralyser les chaînes d’approvisionnement, affectant à la fois les entreprises et les ménages.
L’épisode aborde également le rôle des États et des banques centrales dans la gestion de ces crises. Les politiques de « quoi qu’il en coûte », mises en place pendant la pandémie, ont permis d’éviter un effondrement économique, mais elles ont aussi creusé les déficits publics et accru la dette souveraine. « Ces mesures ont sauvé des emplois et des entreprises, mais leur viabilité à long terme reste un sujet de débat », souligne Agbo-Bloua. Entre stabilisation des marchés et gestion de la dette, l’équilibre est délicat.
Société Générale : entre innovation et prudence
Dans cet entretien, Hatem Mustapha partage la vision de Société Générale en matière de gestion des risques. La banque française mise sur l’innovation, en intégrant des outils d’intelligence artificielle et de big data pour affiner ses modèles. « Nous utilisons des algorithmes capables d’identifier des signaux faibles, qui échappent aux méthodes traditionnelles », explique-t-il. Cependant, cette modernisation s’accompagne d’une vigilance accrue face aux risques émergents, comme ceux liés au changement climatique ou à la cybersécurité.
« La gestion des risques ne se limite plus à une question de chiffres. Elle devient une réflexion stratégique sur l’avenir des marchés », précise Mustapha. Cette approche holistique, combinant prudence et innovation, est au cœur des discussions entre experts et praticiens. Elle reflète aussi les défis auxquels sont confrontées les institutions financières dans un environnement marqué par l’incertitude.
Selon les experts interrogés dans 2050 Investors, l’enjeu majeur pour les années à venir réside dans la capacité des acteurs économiques à concilier performance et stabilité. « Le vrai défi n’est pas de prédire l’avenir, mais de s’y préparer », conclut Agbo-Bloua. Une maxime qui résume l’esprit de cette émission, où rigueur analytique et anticipation des imprévus guident les réflexions sur l’économie de demain.
Un « Cygne noir » est un événement rare, imprévisible et aux conséquences majeures, selon la théorie du statisticien Nassim Taleb. Ces phénomènes, comme la crise financière de 2008 ou la pandémie de Covid-19, échappent aux modèles traditionnels de gestion des risques, d’où l’importance de les intégrer dans les stratégies de résilience.
La Value at Risk (VaR) est critiquée car elle suppose une distribution normale des risques et ne prend pas en compte les événements extrêmes. Elle a ainsi sous-estimé les pertes potentielles lors de crises comme celle de 2008, où les marchés ont connu des chutes bien supérieures aux prévisions des modèles classiques.