L’écrivaine américaine Siri Hustvedt a publié « Ghost Stories », un recueil qui se veut à la fois un hommage et une méditation sur la perte, rédigé après la disparition de son époux, l’écrivain Paul Auster, décédé en avril 2024. Selon Libération, ce livre marque un tournant dans la carrière de Hustvedt, qui y explore le deuil à travers une prose à la fois poétique et intime.

Ce qu'il faut retenir

  • « Ghost Stories » est le premier livre de Siri Hustvedt publié après la mort de Paul Auster, survenue en avril 2024.
  • L’autrice y mêle souvenirs personnels, fiction et réflexions métaphysiques pour évoquer leur relation.
  • Le recueil est décrit comme un « tombeau littéraire », un hommage à leur vie commune.
  • Hustvedt y aborde des thèmes universels comme la mémoire, le temps et la persistance des liens après la mort.
  • L’ouvrage est publié aux États-Unis et en France, où il a été salué pour sa sincérité et sa profondeur.

Un projet né de l’absence

Siri Hustvedt a entamé l’écriture de « Ghost Stories » peu après la disparition de Paul Auster, comme elle l’a expliqué lors d’un entretien accordé à Libération. « Je ne pouvais pas revenir au quotidien sans avoir écrit sur nous », a-t-elle confié, soulignant que ce projet était à la fois une nécessité personnelle et un devoir envers leur histoire partagée. L’ouvrage, composé de textes courts et de fragments, reflète cette urgence à fixer leur relation dans l’écriture avant que les souvenirs ne s’estompent.

Pour Hustvedt, ce livre est bien plus qu’un simple hommage : c’est une exploration de ce que signifie perdre un être cher tout en continuant à interagir avec lui à travers l’écriture. « Ghost Stories » interroge ainsi la frontière entre réalité et fiction, entre présence et absence.

Un dialogue entre deux destins littéraires

Le couple formé par Siri Hustvedt et Paul Auster a marqué la littérature américaine des dernières décennies. Tous deux romanciers, ils ont partagé une vie intellectuelle intense, entre New York et Paris, où ils ont longtemps séjourné. Hustvedt, autrice reconnue pour ses essais et ses romans comme « Les Yeux bandés » ou « L’Été sans hommes », a toujours entretenu un rapport complexe à la création, mêlant introspection et ambition littéraire. Quant à Auster, disparu à l’âge de 77 ans, il était une figure majeure de la littérature contemporaine, célèbre pour des œuvres comme « La Musique du hasard » ou « 4 3 2 1 ».

Dans « Ghost Stories », Hustvedt ne se contente pas de célébrer leur amour : elle décortique aussi les mécanismes de l’inspiration et de la mémoire. « Écrire sur Paul, c’était aussi écrire contre l’oubli », a-t-elle précisé à Libération. Le livre oscille entre récit autobiographique et fiction, invitant le lecteur à naviguer entre leurs vies réelles et les versions que l’art peut en offrir.

Une réception critique contrastée mais engagée

Depuis sa parution, « Ghost Stories » a suscité des réactions variées dans la presse. Certains critiques ont salué la franchise de Hustvedt et la beauté mélancolique de ses textes, tandis que d’autres ont pointé un ton parfois trop introspectif. Quoi qu’il en soit, l’ouvrage a été perçu comme une tentative courageuse de donner un sens à l’absence, à travers une écriture où se mêlent douleur et lucidité. Aux États-Unis, où Hustvedt est une autrice établie, le livre a été immédiatement intégré aux discussions sur la littérature du deuil.

En France, où le couple Auster-Hustvedt bénéficiait déjà d’une reconnaissance solide, « Ghost Stories » a été présenté comme un prolongement naturel de leur dialogue intellectuel. « Ce n’est pas un livre sur la mort, mais sur ce qui survit après elle », a commenté un critique littéraire du Monde, cité par Libération.

Et maintenant ?

La sortie de « Ghost Stories » pourrait relancer l’intérêt pour l’œuvre de Siri Hustvedt en Europe, où ses précédents romans sont parfois moins connus qu’aux États-Unis. Une traduction allemande est d’ailleurs prévue pour l’automne 2026, tandis qu’une adaptation théâtrale de certains passages est évoquée par une compagnie new-yorkaise. Reste à voir si ce livre, conçu comme un dialogue posthume, trouvera un écho durable auprès du public, au-delà du cercle des lecteurs habituels de Hustvedt.

En attendant, l’autrice a indiqué à Libération qu’elle envisageait désormais de se consacrer à un nouveau projet, sans préciser s’il serait lié à la mémoire ou à la littérature. Une chose est sûre : après « Ghost Stories », Hustvedt a définitivement ancré sa voix dans le paysage de la littérature contemporaine, là où l’intime et l’universel ne font qu’un.