Deux ans après leur inauguration en grande pompe dans les Hauts-de-France, les gigafactories de batteries électriques du groupe français Verkor, à Dunkerque, et de l’alliance franco-allemande ACC, à Douai, peinent à atteindre leur rythme de croisière. Selon Le Monde, ces sites, qui devaient symboliser la renaissance industrielle française, sont confrontés à des retards persistants, des taux de rebut élevés et des coûts de production supérieurs aux prévisions, dans un contexte de concurrence accrue des industriels asiatiques.
Ce qu'il faut retenir
- Verkor et ACC, les deux projets phares des Hauts-de-France, enregistrent des retards dans leur montée en cadence malgré des investissements massifs.
- Les taux de rebut sur les chaînes de production restent élevés, ce qui impacte la rentabilité des usines.
- Les coûts de production dépassent les estimations initiales, rendant les batteries françaises moins compétitives face à la concurrence asiatique.
- Les concurrents coréens et chinois disposent d’une avance technologique et d’une industrialisation plus mature, selon les observateurs du secteur.
- Les deux gigafactories bénéficient de subventions publiques, mais leur viabilité économique à long terme est désormais questionnée.
Des promesses industrielles à l’épreuve de la réalité
Présentées comme les joyaux de la transition énergétique française, les gigafactories de Dunkerque et Douai devaient produire des batteries pour véhicules électriques à grande échelle. Pourtant, d’après Le Monde, les retards s’accumulent : Verkor, dont l’usine a été inaugurée en septembre 2024 par le président Emmanuel Macron, n’a pas encore atteint sa capacité nominale de 16 GWh par an. À Douai, le site d’ACC, coentreprise entre Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, affiche des résultats similaires, avec une production en deçà des objectifs initiaux.
Les difficultés techniques ne sont pas les seules en cause. Les deux projets subissent les conséquences d’une hausse des coûts des matières premières et d’un marché des véhicules électriques moins dynamique que prévu. « Nous avions sous-estimé la complexité de l’industrialisation à cette échelle », a reconnu un responsable de Verkor sous couvert d’anonymat. « Les concurrents asiatiques, eux, ont plusieurs années d’avance. »
Une compétitivité mise à mal par la concurrence asiatique
Alors que les gigafactories françaises visaient à réduire la dépendance européenne aux importations de batteries, leur avantage coût se réduit face à des acteurs comme le coréen LG Energy Solution ou le chinois CATL. Ces derniers, déjà bien implantés en Europe, proposent des prix plus attractifs grâce à des volumes de production bien supérieurs. À titre d’exemple, le coût moyen d’une batterie en Asie est estimé à 100 dollars par kWh, contre 130 dollars pour les projets français, selon les données sectorielles citées par Le Monde.
Cette différence de compétitivité s’explique aussi par des rendements de production moins optimisés. Plusieurs sources industrielles évoquent des taux de rebut pouvant atteindre 15 % sur certaines lignes, un niveau bien supérieur à la moyenne du secteur, où l’industrie vise moins de 5 %. « Ces chiffres pèsent sur la marge et rendent nos batteries moins compétitives, même avec les aides publiques », a souligné un cadre d’ACC.
Un soutien public qui ne suffit pas à rassurer
Les deux gigafactories ont bénéficié de subventions publiques, notamment via des fonds européens et des aides de l’État français. À Dunkerque, Verkor a reçu 650 millions d’euros d’aides, tandis qu’ACC a obtenu 1,3 milliard pour son site de Douai. Pourtant, ces financements ne suffisent pas à compenser les surcoûts actuels. Les syndicats locaux s’inquiètent : « Sans amélioration rapide de la productivité, les emplois promis pourraient être menacés », a déclaré un représentant de la CGT dans les Hauts-de-France.
Les pouvoirs publics, de leur côté, maintiennent leur confiance dans ces projets. « Les gigafactories sont un pari sur l’avenir, et nous avons encore le temps de rectifier le tir », a affirmé un conseiller du ministère de l’Industrie. Reste à savoir si ces ajustements suffiront à inverser la tendance avant que les pertes financières ne deviennent critiques.
Quant aux concurrents asiatiques, leur avance technologique et leurs coûts maîtrisés pourraient leur permettre de consolider leur domination sur le marché européen, à moins que les gigafactories françaises ne parviennent à combler leur retard.