Alors que l’Italie, dirigée par la présidente du Conseil Giorgia Meloni, s’apprête à vivre une campagne électorale dominée par les thèmes identitaires, la cheffe du gouvernement d’extrême droite tente de s’imposer comme une figure européenne majeure sur la question migratoire. Une posture qui tranche avec l’aide reçue de Bruxelles il y a seulement trois ans, lors de la crise des arrivées massives à Lampedusa, selon Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien depuis octobre 2022, a bénéficié en 2023 d’un soutien financier et logistique de l’Union européenne pour gérer l’afflux de migrants sur l’île de Lampedusa.
  • En 2026, elle adopte désormais une ligne plus dure, cherchant à marginaliser l’Espagne dans les discussions européennes sur la gestion des flux migratoires.
  • Cette stratégie s’inscrit dans une campagne électorale italienne où les discours anti-immigration occupent une place centrale.
  • Les tensions entre Rome et Madrid illustrent les divergences croissantes au sein de l’UE sur la politique migratoire.

Fin septembre 2023, Lampedusa était submergée par l’arrivée de plus de 7 000 migrants en quelques jours, un afflux record qui a mis en lumière les limites des capacités d’accueil italiennes. Face à cette situation, la Commission européenne avait alors débloqué une aide d’urgence de 3,5 millions d’euros, tout en mobilisant des renforts de Frontex et des hébergements temporaires dans d’autres pays membres. Giorgia Meloni avait salué à l’époque ce « geste de solidarité européenne », soulignant que « sans l’UE, l’Italie n’aurait pas pu faire face », d’après les propos rapportés par Le Monde.

Trois ans plus tard, la donne a radicalement changé. La dirigeante, dont le parti Fratelli d’Italia est donné favori pour les prochaines élections italiennes, mise désormais sur une rhétorique de fermeté et de rejet des compromis. Lors d’un sommet européen en juillet 2026, elle a publiquement critiqué la politique migratoire espagnole, accusant Madrid de « ne pas assumer ses responsabilités » dans la gestion des arrivées en Méditerranée. Une attaque frontale qui s’inscrit dans une stratégie plus large visant à se positionner comme une leader incontournable sur le dossier, au risque d’isoler son pays au sein des institutions bruxelloises.

Ce revirement n’est pas passé inaperçu à Bruxelles. Plusieurs diplomates européens, cités par Le Monde, y voient une manœuvre politique destinée à séduire l’électorat de droite et d’extrême droite italien, dans un contexte où la question migratoire reste un sujet de clivage majeur. « Meloni joue sur les divisions européennes pour renforcer son image de rempart contre l’immigration, mais cela pourrait aussi nuire aux intérêts italiens à long terme », a expliqué un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat.

« En 2023, nous avions besoin de l’Europe. Aujourd’hui, Meloni veut montrer qu’elle n’a plus besoin de personne. C’est une posture à double tranchant. »

— Un responsable de l’UE, d’après Le Monde

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des tensions entre l’Italie et ses partenaires européens, notamment l’Espagne, dont le Premier ministre a déjà réagi en rappelant que son pays « assume pleinement ses obligations ». Un sommet extraordinaire sur la migration est prévu pour septembre 2026 à Bruxelles, où la question d’un mécanisme de solidarité permanent entre États membres devrait être au cœur des débats. Reste à voir si Giorgia Meloni acceptera de modérer sa ligne pour éviter une marginalisation de l’Italie dans les négociations.

Cette évolution illustre les contradictions d’une Europe tiraillée entre ses valeurs de solidarité et la montée des populismes. Si Meloni parvient à imposer sa vision, elle pourrait redéfinir durablement l’équilibre des forces au sein de l’UE sur un sujet aussi sensible que la migration. Une chose est sûre : le tournant opéré par Rome depuis 2023 marque une nouvelle étape dans la crise politique et identitaire qui traverse le continent.

La critique de l’Espagne permet à Giorgia Meloni de mettre en avant sa propre fermeté sur l’immigration, tout en créant un clivage avec un pays perçu comme plus laxiste. Cette stratégie vise à renforcer son image auprès de l’électorat de droite italienne, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté plus large de redéfinir les équilibres au sein de l’UE, où l’Italie cherche désormais à jouer un rôle dominant sur les questions de sécurité et de contrôle des frontières.