Depuis quatre ans, Giorgia Meloni dirige l’Italie au nom de Fratelli d’Italia, le parti qu’elle a fondé en 2012. Selon Le Figaro, son ascension politique marque un tournant historique pour une formation issue d’un courant néofasciste, aujourd’hui parvenue au sommet de l’État. Son leadership, marqué par un pragmatisme affiché, a non seulement rassuré les partenaires européens, mais aussi redéfini les contours de l’alliance entre le centre droit et les forces conservatrices en Europe.
Ce qu'il faut retenir
- Giorgia Meloni est la première dirigeante issue d’un parti néofasciste, le Mouvement social italien (MSI), à devenir présidente du Conseil italien, un poste équivalent à celui de Premier ministre.
- Son parti, Fratelli d’Italia (FdI), fondé en 2012, a brisé un « plafond de verre » qui avait jusqu’alors empêché toute arrivée au pouvoir des héritiers directs de l’Alliance nationale, scission modérée du MSI.
- Son pragmatisme en politique étrangère et intérieure a permis de désamorcer les critiques européennes, tout en inspirant d’autres conservateurs sur le continent.
- Son parcours politique s’inscrit dans une lignée remontant à l’après-Seconde Guerre mondiale, marquée par des divisions et des recompositions idéologiques au sein de l’extrême droite italienne.
Un héritage politique complexe et une trajectoire atypique
L’histoire de Giorgia Meloni est indissociable de celle du Mouvement social italien (MSI), créé en 1946 par des figures ayant collaboré avec le régime fasciste de Mussolini. Selon Le Figaro, ce parti, héritier direct de l’idéologie néofasciste, a longtemps été marginalisé par un « cordon sanitaire » l’excluant du jeu politique démocratique. Pourtant, c’est au sein de cette mouvance que Meloni a fait ses armes politiques, avant de s’en distancier progressivement.
Dès les années 1990, une partie de l’élite du MSI, dont Gianfranco Fini, a tenté de moderniser le parti en le transformant en Alliance nationale, une formation plus modérée. Fini, qui fut le premier à briser ce cordon sanitaire en participant à des gouvernements de centre droit, a lui-même été sidéré par la trajectoire de Meloni. Dans un entretien au Figaro, il confie avec une pointe d’admiration : « Je reconnais que je n’y croyais pas. » Pour lui, le choix de Meloni en 2012 de créer Fratelli d’Italia, un parti résolument national-conservateur, fut « un choix courageux ».
Fratelli d’Italia, ou la rupture avec les tabous de l’extrême droite
Fondé en décembre 2012, Fratelli d’Italia (FdI) se présente comme un parti conservateur, nationaliste et eurosceptique modéré. Selon Le Figaro, son programme s’inspire des valeurs traditionalistes, de la défense de la souveraineté italienne et d’une ligne dure sur l’immigration, tout en adoptant une posture plus pragmatique que ses prédécesseurs. Meloni a ainsi réussi à élargir son électorat en intégrant des franges modérées de la droite, tout en conservant un socle idéologique ancré dans l’héritage du MSI.
Son élection à la présidence du Conseil en 2022, après une décennie de montée en puissance, a marqué l’aboutissement de cette stratégie. Meloni est devenue la première femme à diriger l’Italie, mais aussi la première dirigeante issue d’un parti néofasciste. Une performance saluée par une partie de la droite européenne, qui y voit un modèle de « réalisme politique ».
Un pragmatisme qui désarme Bruxelles et inspire l’Europe
Depuis son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni a adopté une ligne plus modérée que ne le craignaient ses détracteurs. Selon Le Figaro, sa politique étrangère, bien que critique envers l’Union européenne sur certains dossiers (comme l’immigration ou les règles budgétaires), reste marquée par une volonté de collaboration avec Bruxelles. Cette approche a permis de réduire les tensions avec les institutions européennes, contrairement à d’autres gouvernements populistes comme celui de la Hongrie de Viktor Orbán.
Sur le plan intérieur, son gouvernement a mis en avant des mesures sociales conservatrices (soutien aux familles, défense des traditions) tout en maintenant une ligne dure sur l’immigration, avec des accords controversés avec des pays tiers pour limiter les arrivées. Cette combinaison a séduit une partie de l’électorat de centre droit, mais a aussi alimenté les critiques des opposants, qui dénoncent un « vernis modéré » masquant des idées radicales.
Son parcours, de l’ombre du « ghetto » néofasciste à la lumière du Palazzo Chigi, soulève une question : ce modèle de « droite réaliste » peut-il se reproduire ailleurs en Europe ? Pour l’instant, Meloni reste une exception, mais son expérience pourrait inspirer d’autres formations conservatrices en quête de respectabilité. Reste à savoir si son pragmatisme résistera aux pressions idéologiques et aux prochaines échéances électorales.
Fratelli d’Italia (FdI), fondé par Giorgia Meloni en 2012, est un parti national-conservateur qui s’inscrit dans la continuité idéologique du Mouvement social italien (MSI), tout en cherchant à se distancier de son héritage néofasciste. L’Alliance nationale, créée dans les années 1990 sous la direction de Gianfranco Fini, avait rompu avec ce passé en se modérant pour intégrer le jeu démocratique. FdI, en revanche, assume pleinement ce legs tout en adoptant une ligne plus pragmatique pour accéder au pouvoir.