« Nous avons fait des choix difficiles, mais nécessaires », a déclaré Sophie Brocas, préfète de Gironde, dans un entretien accordé au Monde - Politique. Elle revient, aux côtés de Marc Vermeulen, directeur du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de Gironde, sur la gestion du mégafeu qui ravage le département depuis le 22 juillet 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Un incendie d’ampleur historique : le feu s’étend sur plus de 12 000 hectares, mobilisant des moyens humains et matériels exceptionnels.
  • La préfète Sophie Brocas et Marc Vermeulen, directeur du SDIS, détaillent leurs décisions stratégiques pendant dix jours de lutte.
  • Priorité à la protection des vies humaines et des biens, malgré des conditions météo défavorables.
  • Des évacuations massives ont été organisées, touchant plus de 5 000 personnes dans plusieurs communes.
  • Le bilan provisoire fait état de 3 blessés légers et de 25 habitations détruites.
  • Les autorités appellent à la vigilance, alors que les risques de reprise des flammes persistent.

Une gestion sous haute tension

Dès les premiers jours, Sophie Brocas et Marc Vermeulen ont dû composer avec un incendie d’une intensité rare. « Nous avons dû arbitrer entre sécurité des populations et préservation des moyens », a expliqué la préfète. Selon elle, la priorité absolue a été donnée à l’évacuation des zones menacées, notamment dans les secteurs de La Teste-de-Buch et de Saint-Julien-en-Born. « Chaque décision a été prise en coordination avec les maires, les pompiers et les services de l’État », a-t-elle précisé.

Marc Vermeulen, pour sa part, a souligné l’ampleur des moyens déployés. « Plus de 1 200 sapeurs-pompiers, 50 camions-citernes et 4 avions bombardiers d’eau ont été mobilisés en permanence », a-t-il indiqué. Le directeur du SDIS a également rappelé que les renforts nationaux, issus de 15 départements, ont permis de contenir, dans un premier temps, l’avancée des flammes.

Des choix stratégiques contestés ?

La gestion de cette crise a suscité des débats, certains élus locaux critiquant la lenteur des évacuations ou le manque de transparence. Sophie Brocas a reconnu que « certaines décisions ont pu être mal comprises », tout en défendant leur bien-fondé. « Nous avons évité le pire, c’est-à-dire des pertes humaines », a-t-elle affirmé. Marc Vermeulen a, quant à lui, rappelé que « les conditions météo, avec des vents changeants et des températures élevées, ont complexifié chaque intervention ».

Les deux responsables ont également évoqué les difficultés logistiques, notamment l’accès à certaines zones isolées. « Certaines routes ont été coupées pendant près de 72 heures, ce qui a retardé l’arrivée des secours », a expliqué le directeur du SDIS. Pour y remédier, des hélicoptères ont été utilisés pour ravitailler les équipes sur le terrain.

Un bilan provisoire lourd, mais maîtrisé

Au neuvième jour de lutte, le bilan provisoire faisait état de 3 blessés légers parmi les intervenants et de 25 habitations détruites. « C’est une tragédie pour les familles touchées, mais nous avons évité l’embrasement total de plusieurs communes », a commenté Sophie Brocas. Marc Vermeulen a ajouté que « le feu a détruit environ 12 500 hectares, principalement des forêts de pins maritimes, mais les zones urbaines ont été globalement épargnées ».

Les autorités ont également annoncé le déploiement de cellules psychologiques pour accompagner les sinistrés. « Nous savons que la reconstruction sera longue, et nous mettons tout en œuvre pour soutenir les populations », a conclu la préfète.

Et maintenant ?

La situation reste sous haute surveillance, avec un risque de reprise des incendies en raison des températures estivales et du vent. Les autorités prévoient de maintenir une partie des moyens déployés jusqu’à la fin du mois, au moins. Une enquête administrative sera également ouverte pour analyser la gestion de cette crise et en tirer des enseignements. Enfin, les premières estimations des dégâts matériels devraient être publiées d’ici la fin de la semaine.

Alors que les flammes ont enfin reculé, la question des causes de l’incendie reste en suspens. Les investigations se poursuivent, et les autorités n’excluent pas la piste criminelle. Une conférence de presse est prévue mardi pour faire un point complet sur la situation.