La préfecture de Gironde a donné son feu vert à un projet de mégaferme à saumons d’une ampleur inédite en France, selon BFM Business. Porté par le fonds singapourien Pure Salmon, ce projet prévoit la construction d’une unité d’élevage terrestre en circuit fermé au Verdon-sur-Mer, sur une friche industrialo-portuaire de 14 hectares. Avec une production annuelle annoncée de 10 000 tonnes de saumons, cette installation, estimée à 280 millions d’euros, suscite à la fois l’espoir économique et des craintes environnementales.
Ce qu'il faut retenir
- Premier projet de mégaferme à saumons en circuit fermé en France, autorisé par la préfecture de Gironde.
- Production prévue de 10 000 tonnes de saumons par an, sur une surface de 14 hectares au Verdon-sur-Mer.
- Investissement de 280 millions d’euros, financé par un fonds singapourien, avec la promesse de 250 emplois directs.
- Opposition des ONG environnementales et d’une partie du gouvernement, malgré un cadre environnemental « strict » imposé.
- Un moratoire sur ces fermes-usines est réclamé par une proposition de loi déposée en mars 2025, non encore examinée.
Un projet industriel ambitieux sur une ancienne friche portuaire
Le projet porté par Pure Salmon s’inscrit dans la reconversion d’une friche industrialo-portuaire située à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, au Verdon-sur-Mer. Ce site, inutilisé depuis des années, doit accueillir une usine d’élevage en circuit fermé, une première en France pour une production de cette envergure. Selon la préfecture, ce choix répond à « plusieurs enjeux d’intérêt général » : la revitalisation d’un territoire enclavé, la création d’emplois et la réduction de la dépendance aux importations de saumon, actuellement à 99 % pour le marché français.
Le coût du projet, évalué à 280 millions d’euros, inclut non seulement les infrastructures d’élevage, mais aussi une unité de transformation. Les promoteurs assurent que leur « technologie éprouvée » garantit un « impact maîtrisé sur la biodiversité » et que le « bien-être animal est au cœur du projet ». L’alimentation des saumons sera, selon eux, « responsable et traçable », respectant des normes strictes.
Un feu vert sous conditions environnementales strictes
L’autorisation délivrée par la préfecture de Gironde s’accompagne de « prescriptions environnementales particulièrement exigeantes », encadrant aussi bien les travaux que l’exploitation future de l’installation. Ces mesures visent à limiter les rejets potentiels et à préserver l’écosystème de l’estuaire girondin, le plus grand et le plus sauvage d’Europe. En juillet 2026, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) avait déjà rendu un avis favorable, après celui de la commission d’enquête publique en mars 2026.
Pourtant, le projet n’est pas passé inaperçu. Une proposition de loi, déposée en mars 2025 par une centaine de députés, réclame un moratoire de dix ans sur les fermes-usines de saumons, sans avoir encore été examinée à l’Assemblée nationale. Dans un appel collectif publié en 2026, 27 ONG dénoncent un projet « complètement démesuré », craignant des rejets de boues néfastes pour la pêche et la conchyliculture dans la région.
Des divisions au sein du gouvernement et des promesses contestées
Le projet divise également au sein des autorités françaises. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, s’est dite opposée « à titre personnel » à ce projet lors d’une audition au Sénat en avril 2026. Elle a justifié sa position par les risques environnementaux encourus. À l’inverse, Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, a adopté un ton plus pragmatique lors d’un déplacement en Gironde en juin 2026 : « Dès lors que le projet respecte notre cadre, et je crois que c’est plutôt le cas, il n’y a aucune raison qu’il ne se fasse pas. »
Les opposants au projet pointent notamment les risques de pollution liés aux rejets d’eaux usées et aux déchets organiques, malgré les garanties avancées par Pure Salmon. Les ONG rappellent que l’estuaire de la Gironde abrite déjà des activités conchylicoles et de pêche, et que l’ajout d’une mégaferme pourrait perturber un équilibre écologique fragile. De leur côté, les porteurs du projet assurent que leur technologie en circuit fermé limite considérablement ces risques, avec un recyclage quasi total de l’eau et une filtration des effluents.
Un modèle en débat : entre souveraineté alimentaire et préservation des écosystèmes
Ce projet soulève une question plus large : celle de la production locale de protéines animales face aux enjeux climatiques et écologiques. Avec une consommation française de saumon à 99 % importée, principalement du Norvège, du Chili ou de l’Écosse, la France dépend largement de l’étranger. Une mégaferme comme celle prévue au Verdon-sur-Mer pourrait, en théorie, réduire cette dépendance et sécuriser une partie de l’approvisionnement.
Pourtant, le modèle des fermes en circuit fermé reste controversé. Si elles limitent les risques de pollution des milieux naturels comparées aux élevages en pleine mer, elles concentrent de grandes quantités de poissons sur de petites surfaces, ce qui pose des questions sur le bien-être animal et la gestion des déchets. En Europe, des pays comme la Norvège ou le Danemark ont développé des fermes terrestres de saumons, mais à une échelle moindre que celle envisagée en Gironde.
Ce projet illustre les tensions entre développement industriel et préservation environnementale, un équilibre que les autorités devront constamment réévaluer. Autant dire que l’enjeu dépasse largement les frontières de la Gironde.
Les principales critiques portent sur les risques environnementaux, notamment la pollution des eaux et des sols par les rejets de la ferme. Les ONG dénoncent aussi un projet « démesuré » qui menacerait l’écosystème de l’estuaire de la Gironde, ainsi que l’absence de transparence sur les méthodes d’élevage et d’alimentation des saumons. Certains élus et experts s’interrogent enfin sur la pertinence économique d’un modèle aussi centralisé, alors que des alternatives locales et moins intensives existent.
Théoriquement, oui. La France compte plusieurs friches industrialo-portuaires inutilisées, et le gouvernement encourage la reconversion de ces sites. Cependant, la réussite de ce projet dépendra de son impact réel sur l’environnement et de sa rentabilité économique. Si les promesses de Pure Salmon se confirment, d’autres régions pourraient s’inspirer de ce modèle. En revanche, en cas de problèmes environnementaux ou sanitaires, le projet pourrait être remis en cause et freiner l’essor de telles installations ailleurs en France.