Le titre Orange a progressé de 42 % sur un an, bien au-delà de l’indice CAC 40 (+3,3 %), lorsque Goldman Sachs a publié ce mardi 5 mai une recommandation à l’achat assortie d’un objectif de cours revu à la hausse à 21,60 euros, soit un potentiel de près de 20 % par rapport au cours actuel de 18 euros. Selon la banque américaine, l’opérateur télécoms dispose encore de marges de progression significatives, notamment grâce à une baisse structurelle de ses investissements et à la dynamique de sa filiale espagnole MasOrange. À Paris, l’action a réagi positivement à cette annonce en gagnant 2 % vers 16h15, peu après la diffusion du rapport.
Ce qu'il faut retenir
- Goldman Sachs relève son conseil sur Orange de « neutre » à « achat » et relève son objectif de cours à 21,60 euros, impliquant un potentiel de +20 %.
- Sur un an, le titre a progressé de 42 %, contre une hausse de 3,3 % pour le CAC 40, selon BFM Bourse.
- La banque met en avant une baisse des dépenses d’investissement (« capex ») en France et en Espagne, grâce à l’optimisation des réseaux et à l’intelligence artificielle.
- Goldman Sachs anticipe une croissance annuelle de 3 % de l’Ebitda ajusté de MasOrange en Espagne entre 2027 et 2030, contre un consensus à 2 %.
- Orange vise une hausse moyenne de 12 % par an de son flux de trésorerie organique entre 2026 et 2028, et un bénéfice par action en progression de 10 % par an sur la même période.
Une performance boursière qui dépasse largement le marché
Orange confirme sa position de valeur phare du CAC 40, avec une performance annuelle de 42 % contre seulement 3,3 % pour l’indice parisien. Ce bond spectaculaire intervient dans un contexte de consolidation du secteur télécoms en France, où trois opérateurs – Bouygues, Iliad (Free) et Orange – négocient depuis le 17 avril l’acquisition des activités de SFR, détenues par Altice France. Selon les estimations de Citi, cette opération pourrait générer entre 800 millions et 1,6 milliard d’euros de synergies annuelles pour les trois acteurs, dont 200 à 400 millions pour Orange. Ces économies devraient se concrétiser sans recourir à des mesures de « réparation de marché », comme des baisses de prix ou des promotions agressives, précise BFM Bourse.
Lors de sa journée investisseurs du 19 février 2026, Orange a présenté des objectifs ambitieux pour les années à venir. Le groupe table sur une croissance moyenne de 12 % par an de son flux de trésorerie organique entre 2026 et 2028, et vise une progression annuelle de 10 % de son bénéfice par action sur la période 2025-2028. « Cela devrait placer Orange dans le top 3 du secteur en termes de croissance des bénéfices », a souligné Oddo BHF dans une note citée par BFM Bourse.
Goldman Sachs mise sur deux leviers de croissance : la baisse des investissements et l’Espagne
Pour justifier son changement de recommandation, Goldman Sachs s’appuie sur deux facteurs structurels. D’abord, la baisse attendue des dépenses d’investissement (« capex »). Après des années de lourds investissements pour le déploiement de la fibre optique, le pic des dépenses est désormais passé. La banque estime que les « capex » en France et en Espagne en 2028 seront respectivement inférieurs de 5 % et 9 % aux prévisions consensuelles des analystes. Cette optimisation s’explique par l’efficacité accrue des réseaux, rendue possible par l’intelligence artificielle et les logiciels, qui permettent de mieux anticiper les besoins de maintenance, de réduire la consommation énergétique ou d’accélérer le traitement des demandes clients.
En Espagne, où Orange détient 100 % de MasOrange depuis décembre 2025 (après le rachat des 50 % manquants), Goldman Sachs voit un fort potentiel de croissance. La filiale espagnole, qui opère dans un marché plus concentré que la plupart des pays européens, devrait voir son Ebitda ajusté (hors loyers) progresser de 3 % par an entre 2027 et 2030, contre 2 % selon le consensus. La banque souligne le positionnement technologique avancé de MasOrange, ainsi que les synergies potentielles issues d’une récente coentreprise avec Vodafone Espagne pour mutualiser des infrastructures et racheter d’autres acteurs. « Cela pourrait permettre de réaliser des gains d’efficacité significatifs à moyen terme », indique Goldman Sachs.
Des prévisions de trésorerie organique revues à la hausse de 4 % à 8 %
Sur la base de ces deux leviers – la baisse des « capex » et la dynamique espagnole –, Goldman Sachs a révisé en hausse ses prévisions de flux de trésorerie organique pour 2026 et 2028, les portant respectivement à 4 % et 8 % au-dessus des estimations consensuelles. « La valorisation d’Orange ne semble pas exagérée, même après la récente surperformance du titre liée à la consolidation en France, et sans tenir compte des perspectives de croissance liées à la finalisation de l’opération », estime la banque. Selon elle, Orange devrait dépasser les attentes lors de la publication de ses résultats semestriels en juillet 2026, ce qui pourrait servir de catalyseur à l’action.
Goldman Sachs précise que les investisseurs ont jusqu’ici surtout porté leur attention sur les opportunités liées à la consolidation du marché français. Or, la banque considère que des marges de progression existent également sur les performances organiques de l’entreprise, c’est-à-dire en excluant les avantages liés aux fusions-acquisitions.
Un secteur en mutation, entre consolidation et innovation
La dynamique actuelle du secteur télécoms en France illustre une tendance plus large en Europe : la réduction du nombre d’acteurs pour renforcer la rentabilité et investir dans les infrastructures. Avec seulement trois opérateurs majeurs après le retrait de SFR, le marché français pourrait atteindre une structure plus oligopolistique, favorable à une hausse des marges. Parallèlement, l’optimisation des réseaux via l’IA et les logiciels ouvre la voie à des économies d’échelle sans précédent, un phénomène qui dépasse largement le cadre hexagonal.
En Espagne, où MasOrange bénéficie d’un environnement moins concurrentiel qu’ailleurs en Europe, Orange mise sur des gains d’efficacité via des partenariats stratégiques, comme celui noué avec Vodafone. Cette approche pourrait inspirer d’autres opérateurs européens confrontés à des marchés fragmentés. Autant dire que la stratégie d’Orange, à la croisée de la consolidation sectorielle et de l’innovation technologique, pourrait servir de modèle pour le reste du continent.
Dans ce contexte, le pari de Goldman Sachs sur Orange repose autant sur des facteurs conjoncturels – la baisse des investissements – que structurels, comme l’évolution des marchés espagnol et français. Reste à voir si le marché accordera suffisamment de crédit à ces leviers, alors que le titre a déjà connu une année 2025 exceptionnelle.
La banque américaine justifie son changement de conseil par deux facteurs principaux : la baisse attendue des dépenses d’investissement (« capex ») grâce à l’optimisation des réseaux et à l’IA, ainsi que les perspectives de croissance de MasOrange en Espagne, où elle anticipe une progression annuelle de 3 % de l’Ebitda ajusté entre 2027 et 2030.
Les investisseurs devraient surveiller la finalisation de l’acquisition des activités de SFR en France, la publication des résultats semestriels en juillet 2026, ainsi que l’évolution des « capex » et des performances de MasOrange en Espagne.