C’est une opposition frontale à la proposition de Gabriel Attal de légaliser la gestation pour autrui (GPA) en France. Quatorze personnalités politiques issues de divers horizons – de l’ancien ministre de la Santé Xavier Bertrand à la maire LR de Nice, David Lisnard, en passant par l’ex-ministre Agnès Buzyn ou encore la maire du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati – ont cosigné une tribune, à l’initiative de la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé. Selon Ouest France, ce texte dénonce une pratique qu’ils qualifient de « mise du corps des femmes à la disposition du désir d’autrui », et rejette toute notion de « GPA éthique » comme une contradiction dans les termes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune transpartisane publiée à l’initiative de la ministre Aurore Bergé, regroupant 15 personnalités politiques venues de la droite, du centre et de la gauche
  • Les signataires s’opposent à la légalisation de la GPA, y compris sous une forme qualifiée d’« éthique »
  • Cette initiative répond directement à la relance du projet de Gabriel Attal, candidat à la présidentielle, favorable à la GPA
  • Parmi les signataires figurent François Baroin, Xavier Bertrand, Agnès Buzyn, Rachida Dati et David Lisnard
  • Le texte dénonce une instrumentalisation du corps des femmes au profit du « désir d’autrui »

Lancée par la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, cette tribune marque une mobilisation inédite au sein de la classe politique. Selon Ouest France, elle rassemble des figures aussi variées que l’ancien ministre de l’Intérieur François Baroin, l’ex-secrétaire d’État à la Santé Agnès Buzyn, ou encore l’ancienne ministre de la Justice Rachida Dati. Leur message est sans ambiguïté : pour eux, la GPA, même encadrée, reste une exploitation des femmes. « On ne peut pas parler de GPA éthique », a souligné Aurore Bergé. « Ce n’est qu’un leurre pour faire accepter une pratique qui réduit le corps des femmes à un bien de consommation. »

Cette prise de position intervient alors que Gabriel Attal, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, a récemment relancé son projet de légalisation de la GPA en France. Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche en avril dernier, il avait défendu l’idée d’un encadrement strict, évoquant une possible inscription dans son programme. Les signataires de la tribune y voient, au contraire, une menace pour les droits des femmes. « La GPA n’est pas un droit, c’est une marchandisation », a affirmé Xavier Bertrand, qui a par le passé occupé les fonctions de ministre du Travail et de la Santé. Pour lui, cette pratique ouvre la porte à une logique de profit et de sélection des mères porteuses, souvent issues de milieux défavorisés.

Parmi les arguments avancés par les opposants à la GPA figure aussi la question de l’autonomie des femmes. Laurence Rossignol, ancienne ministre des Familles, a rappelé que « le corps des femmes ne saurait être un objet de transaction, quelle que soit la forme que prendrait cette transaction ». Le texte insiste sur le risque de précarisation accrue pour les femmes les plus vulnérables, poussées par des difficultés économiques à accepter de porter un enfant pour le compte d’autrui. « C’est une atteinte à la dignité humaine », a déclaré David Lisnard, maire LR de Nice et président de l’Association des maires de grandes villes de France.

« La GPA éthique n’existe pas. C’est une oxymore. On ne peut pas parler de consentement libre et éclairé quand la précarité pousse des femmes à accepter un acte qui engage leur santé et leur avenir. »
— Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes

Et maintenant ?

Cette tribune transpartisane pourrait peser dans le débat parlementaire à venir. Plusieurs projets de loi sur la bioéthique, incluant ou non la question de la GPA, sont en effet attendus d’ici la fin de l’année 2026. Le gouvernement n’a pas encore pris position officiellement sur le sujet, mais la ministre Aurore Bergé a d’ores et déjà confirmé que le texte gouvernemental ne prévoirait pas de légalisation de la GPA. Quant à Gabriel Attal, il devra désormais compter avec cette opposition unie, qui dépasse les clivages politiques traditionnels. Reste à voir si cette mobilisation suffira à bloquer toute tentative de légalisation dans les mois à venir.

Du côté des associations féministes, les réactions se multiplient. Certaines, comme le Collectif pour le respect de la personne, saluent cette initiative, tandis que d’autres, comme la Fondation des femmes, appellent à une mobilisation plus large. « Ce texte montre que le sujet dépasse les clivages politiques », a réagi une porte-parole de l’association, qui rappelle que la France s’est toujours opposée à la GPA sur le plan international.

La gestation pour autrui (GPA) est une pratique consistant pour une femme, appelée « mère porteuse », à porter un enfant pour le compte d’un tiers, qui en deviendra le parent légal à la naissance. En France, la GPA est interdite depuis 1994, au nom de la protection de la dignité humaine et de l’ordre public. Les opposants y voient une marchandisation du corps des femmes, tandis que ses défenseurs plaident pour un encadrement strict, notamment dans les cas de stérilité médicale. La question divise profondément, tant sur le plan éthique que juridique.