Selon Franceinfo - Politique, le Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, propose une refonte majeure de l’organisation territoriale en Île-de-France. Son rapport, présenté ce jeudi 4 juin au Premier ministre Sébastien Lecornu, suggère la création d’une « Ville du Grand Paris », une collectivité unique regroupant 130 communes et 7,2 millions d’habitants. L’objectif ? Briser les frontières administratives héritées du XIXe siècle et adapter la capitale aux réalités d’aujourd’hui.

Ce qu'il faut retenir

  • Clément Beaune propose la création d’une Ville du Grand Paris, fusionnant Paris et sa petite couronne, pour 7,2 millions d’habitants sur 130 communes.
  • Cette réforme vise à supprimer les départements des Hauts-de-Seine (92), de la Seine-Saint-Denis (93) et du Val-de-Marne (94), ainsi que la Métropole du Grand Paris (MGP), créée en 2016.
  • L’organisation actuelle, figée depuis 1859, est jugée inadaptée à la croissance démographique et urbaine de l’agglomération parisienne.
  • La nouvelle collectivité serait organisée en 40 districts, avec un maire unique élu directement pour simplifier la gouvernance.
  • Clément Beaune insiste sur la nécessité d’un débat national avant la présidentielle de 2027, sans pour autant communiquer de chiffrage financier.

Un « big bang » territorial pour briser les frontières administratives

Dans une note publiée mercredi 3 juin et présentée ce jeudi au gouvernement, Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, esquisse une transformation radicale de l’Île-de-France. Il s’agit de dépasser le cadre actuel, où Paris, ville-centre de 2 millions d’habitants, reste enfermée dans les limites administratives fixées en 1859 et matérialisées par le périphérique. « Alors que le Grand Paris concret se développe, sur le plan institutionnel la capitale reste prisonnière de ses frontières du XIXe siècle », soulignent les auteurs du rapport, selon Franceinfo - Politique.

La proposition centrale repose sur la création d’une Ville du Grand Paris, une collectivité unique qui regrouperait Paris et les communes de la petite couronne — soit 130 villes accueillant 7,2 millions d’habitants. Cette fusion entraînerait la suppression des départements (92, 93, 94), des communes de la petite couronne et de la Métropole du Grand Paris (MGP), créée en 2016. L’enjeu ? Mettre fin à un « millefeuille administratif » jugé trop complexe et inefficace, avec ses multiples niveaux de décision : mairies, intercommunalités, département, région et métropole.

Quarante districts pour une gouvernance simplifiée

La future Ville du Grand Paris serait organisée en 40 districts, une structure qui remplacerait les 20 arrondissements actuels de Paris et les multiples entités administratives de la banlieue. Un maire unique, élu directement par les habitants, serait chargé de coordonner l’action publique sur l’ensemble du territoire. Il aurait la main sur des compétences clés comme les établissements scolaires, l’aide sociale, le RSA, l’aménagement du territoire, le développement économique ou encore la transition écologique. Aujourd’hui, ces missions sont éclatées entre la MGP, les départements et la région Île-de-France.

Cette réforme vise aussi à créer une identité commune et à réduire les inégalités entre Paris et sa banlieue. « Il faut casser le sentiment de déclassement entre Paris et sa banlieue », a déclaré Clément Beaune. La proposition s’inscrit dans la continuité des réflexions sur le Grand Paris, mais marque une rupture en proposant une refonte totale des institutions plutôt qu’une simple superposition de collectivités.

Une réforme motivée par l’inadéquation entre institutions et réalité urbaine

Le rapport de Clément Beaune met en lumière un paradoxe : l’agglomération parisienne a connu une croissance démographique et urbaine majeure depuis des décennies, notamment dans la petite couronne, tandis que Paris intra-muros voit sa population diminuer. Pourtant, ses limites administratives n’ont pas évolué depuis 167 ans, malgré l’inauguration du périphérique en 1973, perçu comme une frontière symbolique. « L’agglomération continue de se développer autour d’un périphérique encore perçu comme une véritable frontière, alors que le territoire doit être reconfiguré pour retrouver son unité », précise le document.

Les auteurs du rapport soulignent l’exception française de cette organisation territoriale, unique en Europe. Ils pointent du doigt un système où les compétences sont dispersées entre plusieurs niveaux de collectivités, ce qui nuit à l’efficacité et à la lisibilité de l’action publique. La création d’une collectivité unique permettrait, selon eux, de clarifier les responsabilités et de réaliser des économies d’échelle.

Un coût et des bénéfices encore indéterminés

Si Clément Beaune insiste sur la nécessité d’un « choix national » et d’une « forte implication de l’État », aucun chiffrage précis n’est communiqué dans son rapport. La question des coûts — qu’il s’agisse des dépenses de transition ou des économies potentielles — reste donc en suspens. Le Haut-commissaire a cependant appelé à un débat national rapide, avant la présidentielle de 2027, afin de préparer cette réforme structurelle. « Un tel changement nécessite un choix national, car il concerne toute la France », a-t-il plaidé.

La proposition soulève également des questions pratiques : comment seront gérés les biens et les personnels des collectivités supprimées ? Quels seront les impacts sur les finances locales, notamment pour les communes les plus modestes ? Autant de points qui devront être éclaircis avant toute mise en œuvre.

Et maintenant ?

Le rapport de Clément Beaune sera examiné par le gouvernement, qui devra trancher sur la suite à donner à cette proposition. Une concertation avec les élus locaux, les associations et les citoyens est annoncée, mais aucun calendrier précis n’a été dévoilé. La réforme pourrait s’inscrire dans le cadre d’une loi de décentralisation ou d’une loi spécifique au Grand Paris, mais cela reste à confirmer. Dans tous les cas, l’adoption d’une telle mesure nécessiterait un consensus politique large, alors que les prochaines élections présidentielles et législatives approchent.

Quoi qu’il en soit, cette proposition relance le débat sur l’avenir des métropoles françaises et la capacité du pays à réformer ses institutions pour les adapter aux réalités urbaines du XXIe siècle.

Les habitants de la petite couronne bénéficieraient d’une gouvernance unique avec Paris, ce qui pourrait simplifier leurs démarches administratives. Cependant, la réforme entraînerait la disparition des conseils départementaux actuels (92, 93, 94), dont les compétences seraient transférées à la nouvelle collectivité. Les élus locaux devraient donc s’adapter à cette nouvelle organisation.

La proposition de Clément Beaune nécessiterait une volonté politique forte, tant au niveau national que local. Les départements concernés pourraient s’opposer à leur suppression, tandis que Paris et certaines communes de banlieue pourraient craindre une perte d’autonomie. Un débat national sera donc indispensable pour rassembler un large consensus.